Cameron creuse le déficit britannique à cinq mois des élections

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SÉRIE D'AMÉNAGEMENTS FISCAUX EN GRANDE-BRETAGNE
SÉRIE D'AMÉNAGEMENTS FISCAUX EN GRANDE-BRETAGNE

par William Schomberg et William James et David Milliken

LONDRES (Reuters) - Le gouvernement britannique a reconnu mercredi qu'il n'atteindrait pas ses objectifs de réduction du déficit budgétaire cette année et l'an prochain et il a annoncé une baisse des droits de mutation dans l'immobilier, une mesure emblématique d'allègement fiscal à cinq mois des élections législatives.

Le ministre des Finances, George Osborne, a réaffirmé que les finances publiques seraient ramenées à l'équilibre avant la fin de la décennie, un engagement qui suppose que les conservateurs emmenés par David Cameron remportent le scrutin de l'an prochain qui devrait avoir lieu le 7 mai.

Il a aussi annoncé de nouvelles mesures de lutte contre l'évasion fiscale, notamment une taxation exceptionnelle de 25% des profits artificiellement "délocalisés" à l'étranger. Parallèlement, les banques seront davantage imposées tandis que les compagnies pétrolières verront leur fiscalité légèrement réduite.

Dans son discours semestriel devant les députés, George Osborne a expliqué que le déficit budgétaire serait supérieur aux prévisions initiales sur l'exercice en cours (à fin septembre 2015) et le suivant mais qu'il se réduirait ensuite plus rapidement qu'anticipé jusque-là, le budget 2018-2019 devant être excédentaire.

Il s'agit de "sortir du rouge et passer dans le vert pour la première fois en une génération", a résumé le chancelier de l'Echiquier, parlant d'"un pays qui inspire confiance dans le monde parce qu'il s'efforce de vivre à la hauteur de ses moyens".

DES ALLÈGEMENTS POUR LES PARTICULIERS

Sur l'exercice en cours, le déficit budgétaire (basé sur le montant net des emprunts du secteur public, hors banques du secteur public) devrait être ramené à 5,0% du produit intérieur brut (PIB), après 5,6% en 2013-2014.

En mars, l'Office for Budget Responsibility (OBR), l'organisme indépendant de surveillance des finances publiques, avait dit tabler sur des emprunts publics ramenés à 4,9% du PIB.

La croissance britannique devrait avoisiner 3% cette année mais cette reprise ne s'est pour l'instant pas traduite par une hausse marquée des salaires, ce qui pèse sur les recettes fiscales, un facteur que prennent en compte les nouvelles prévisions.

Parmi les mesures mises en avant par George Osborne figure entre autres la refonte des droits de mutation sur l'immobilier: selon le ministre, 98% des acquéreurs soumis à ce prélèvement verront son montant diminuer, la taxation des transactions n'augmentant que pour les biens d'une valeur supérieure à 937.000 livres (1,19 million d'euros).

Le gouvernement va par ailleurs supprimer la taxe sur les billets d'avions pour les enfants, une décision saluée par une hausse des valeurs des compagnies aériennes à la Bourse de Londres. Le barème de l'impôt sur le revenu sera lui aussi revu, pour relever le seuil d'imposition minimale et celui de la tranche la plus élevée.

Aux entreprises, George Osborne a promis une refonte de la fiscalité immobilière, réclamée de longue date par les milieux patronaux.

Avant le discours de mercredi, le gouvernement avait déjà annoncé de nouveaux financements pour le service public de santé et les modalités d'un nouveau programme de construction de routes.

PONCTION SUR LES BANQUES, SOUTIEN AUX PÉTROLIERS

Les hausses d'impôt, elles, concerneront en premier lieu les banques, qui devraient payer au Trésor quelque quatre milliards de livres supplémentaires sur les cinq prochaines années.

George Osborne a en effet annoncé une modification des règles permettant aux établissements financiers de déduire de leur bénéfice imposable les pertes subies pendant la crise financière, une disposition qui aurait, dans sa forme initiale, exonéré entièrement certaines banques de l'impôt pendant 15 à 20 ans.

"Les banques ont reçu un soutien public dans la crise et elles doivent maintenant soutenir les finances publiques dans la reprise", a déclaré le ministre.

En revanche, les surtaxes imposées aux compagnies pétrolières ont été ramenées de 32 à 30%, une mesure de soutien à une industrie qui emploie quelque 450.000 personnes en Grande-Bretagne.

"La baisse des cours du pétrole est un véritable défi pour ce secteur vital", a dit George Osborne.

Les enquêtes d'opinion sur les intentions de vote aux législatives donnent pour l'instant un avantage à l'opposition travailliste, même si le gouvernement Cameron est mieux noté que le Labour sur les questions économiques.

"Désormais, la Grande-Bretagne doit choisir: est-ce que nous dilapidons la sécurité économique que nous avons gagnée (...) ou est-ce que nous finissons le travail en continuant de construire une économie sûre qui profite à tout le monde?", a dit George Osborne.

Les travaillistes ont immédiatement critiqué son discours, lui reprochant de ne pas avoir tenu les engagements pris en 2010 et de ne pas lutter contre les effets inégalitaires de la reprise.

"La situation de la population se dégrade et le fait est qu'il a échoué à équilibrer les comptes durant cette législature", a déclaré Ed Balls, membre du cabinet fantôme du Labour en charge des Finances.

(James Davey, Karolin Schaps, Sarah Young et Matt Scuffham, Juliette Rouillon pour le service français, édité par Véronique Tison)

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