Cambodge: des centaines de partisans aux obsèques d'un ex-ministre khmer rouge

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Des centaines de villageois et d'ex-Khmers rouges ont assisté jeudi à la crémation de Ieng Sary, ancien chef de la diplomatie du régime, considéré dans son fief comme un patriote alors qu'il était jugé pour génocide et crimes contre l'humanité.

Ieng Sary comparaissait depuis juin 2011 pour sa responsabilité dans une machine totalitaire qui a fait, entre 1975 et 1979, quelque deux millions de morts, d'épuisement, de faim, sous la torture ou dans des exécutions sommaires.

Mais après avoir passé plus de cinq ans en prison, il est mort jeudi dernier à l'âge de 87 ans dans une chambre d'hôpital, sans avoir donné d'explication sur son rôle au sein du régime marxiste, dont il était le visage public.

Les cérémonies ont commencé à l'aube par des prières de moines bouddhistes à Malai, ancien bastion khmer rouge et ville natale de l'ancien ministre, située tout près de la frontière thaïlandaise.

Sa veuve Ieng Thirith, en larmes, a assisté à une partie des funérailles. La ministre des Affaires sociales des Khmers rouges, arrêtée en même temps que lui, avait été l'an dernier considérée inapte à être jugée, en raison de sa déficience mentale, puis libérée.

Elle s'est retirée avant que le cercueil doré ne soit incinéré et qu'un feu d'artifice ne soit tiré sous les yeux d'un millier de personne.

"Il est un héros pour la population de Malai", a déclaré l'ancien combattant khmer rouge Long Run, 78 ans, décrivant l'octogénaire comme un "patriote" qui a défendu le pays contre l'invasion vietnamienne. "Nous sommes désolés de l'avoir perdu".

"J'ai été avec lui toute ma vie. Je ne l'ai jamais vu tuer personne, mais j'ai entendu les rumeurs", a ajouté Choun Sao, chef d'un village voisin et ancien cadre khmer rouge, qui a perdu un oeil et une jambe sur une mine en 1990.

La dépouille du patron de la diplomatie du "Kampuchéa démocratique" avait été rapatriée dès jeudi dernier à Malai, d'où il avait continué à diriger ses troupes après la chute du régime, jusqu'à sa défection en 1996.

De nombreux Khmers rouges sont restés dans l'administration et au gouvernement après la chute du régime de Pol Pot et la pacification du pays. Le Premier ministre Hun Sen est lui même un ancien Khmer rouge qui avait fait défection.

Si la ferveur entourant le décès du ministre dans son fief a mis en lumière la persistance de partisans du régime, sa mort a aussi privé le peuple cambodgien d'un jugement qui aurait pu l'aider à tourner la page sur cette période noire de l'histoire.

"Ieng Sary est mort et son dossier est clos (...). La justice pour les victimes s'évanouit donc, petit à petit", a regretté par téléphone Bou Meng, 72 ans, survivant de la prison de Tuol Sleng où 15.000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées.

"C'est un tueur", a-t-il insisté. "Le voir comme un héros est totalement erroné".

Le tribunal de Phnom Penh parrainé par l'ONU, très critiqué pour sa lenteur, n'a prononcé qu'un seul verdict - une perpétuité pour "Douch", patron de la prison de Tuol Sleng, à Phnom Penh.

Seuls deux autres hauts responsables politiques -- l'idéologue Nuon Chea et le chef de l'Etat du "Kampuchéa démocratique" Khieu Samphan -- sont encore jugés. Mais les craintes sont grandes que les deux octogénaires ne disparaissent également avant d'entendre un verdict.

Les appels se sont multipliés ces derniers jours pour une accélération des procédures, alors que les audiences ont été suspendues en raison d'une grève d'employés cambodgiens non payés depuis novembre.

Ils ont suspendu leur mouvement après avoir reçu une partie de leurs arriérés de salaires, mais le procès n'a pas repris. "Je mérite une quelconque justice pendant que je suis encore vivant", a insisté Bou Meng.

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