Cambadélis prend les rênes d'un PS en crise

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JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS PREND LES RÊNES D'UN PS EN CRISE
JEAN-CHRISTOPHE CAMBADÉLIS PREND LES RÊNES D'UN PS EN CRISE

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - Le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis a été porté mardi à la tête d'un Parti socialiste en crise, qu'il a placé sous le signe d'une "confiance exigeante" vis-à-vis de l'exécutif et d'un retour de la parole militante, via des états généraux.

Le successeur de Harlem Désir, nommé secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, a recueilli 67% des suffrages exprimés lors d'une réunion du Conseil national du PS contre 33% au candidat présenté par l'aile gauche du parti, Sylvain Mathieu, responsable de la fédération de la Nièvre.

Ce changement à chaud de premier secrétaire est une des conséquences de la déroute du parti majoritaire aux élections municipales des 23 et 30 mars. Une débâcle que le PS craint de voir se répéter lors des européennes, le 25 mai.

"Les Français nous ont dit 'occupez-vous de nous', les militants nous ont dit 'occupez-vous de nous' : ce sera ça, ma feuille de route", a expliqué Jean-Christophe Cambadélis en conférence de presse au siège du parti.

A ceux qui ont vu dans l'élection du député ex-strauss-kahnien de 62 ans un fait du prince, en l'occurrence François Hollande, le nouveau patron des socialistes a fait voeu d'indépendance.

"Je veux construire un Parti socialiste rassemblé, combatif inventif, parfois insolent, mais qui soit en capacité d'aider le gouvernement et le président de la République", a-t-il expliqué. "C'est cela que j'ai résumé sous la formule d'une confiance exigeante".

VALLS INVITÉ AU PROCHAIN CONSEIL NATIONAL

Le Premier ministre, Manuel Valls, est invité à participer au prochain conseil national extraordinaire du PS, prévu en juin, après les élections européennes.

Et c'est à l'automne que devraient se tenir les états généraux, que le Conseil national a préféré au congrès extraordinaire réclamé par l'aile gauche du parti, qui a fait voter une motion pour exiger un vote de la base.

"Si nous voulons pleinement associer les militants, il vaut mieux la démarche des états généraux plutôt qu'un congrès", a expliqué Jean-Christophe Cambadélis.

"Cela permet aux militants d'être plus impliqués, de parler en dehors de nos querelles de bocal", a-t-il ajouté, précisant qu'un vote militant sur la feuille de route et la direction du parti serait effectivement organisé.

Parmi les nouveautés décidées par le Conseil national, le PS se dote de quatre porte-parole : Olivier Faure, Corine Narassiguin, Rafika Rezgui et Carlos Da Silva, un proche de Manuel Valls.

Jean-Christophe Cambadélis a aussi annoncé la mise en place d'une direction rajeunie de 30 membres, paritaire, avec une moyenne d'âge de 44 ans.

"REFORMULER, RÉNOVER, RASSEMBLER"

Au-delà du choix d'un nouveau chef, le Conseil national a analysé l'échec du PS aux élections municipales, marquées par une forte abstention et une poussée du Front national.

Dans son discours devant le "parlement" du PS, Jean-Christophe Cambadélis a reconnu que les Français doutaient que "la gauche applique son dessein de justice".

"Nous devons juguler la crise et ne pas transformer le PS en bateau ivre", a-t-il souligné, résumant son projet en une phrase : "Reformuler notre socialisme, rénover notre organisation, rassembler la gauche".

Candidat pour la troisième fois au poste de Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, 62 ans, s'est dit prêt à diriger un parti qui n'a pas ménagé les critiques contre son prédécesseur ni contre un gouvernement la politique jugée trop "droitière".

"Si je ne pensais pas que j'allais réussir, je ne me serais pas présenté au poste de premier secrétaire", a-t-il assuré.

La crise à la tête du PS a exacerbé les tensions suscitées par la nomination à Matignon de Manuel Valls, à qui une dizaine de députés PS ont refusé la confiance faute d'obtenir le changement de cap réclamé dans un "contrat de majorité" signé par 86 parlementaires PS.

Nombre de ces élus contestent la décision du président François Hollande, confirmée par Manuel Valls, de s'en tenir à l'engagement de la France de ramener ses déficits publics à 3% du PIB en 2015.

"Ce n'est pas souhaitable et pas réalisable. La vérité consiste à dire que nous n'aurons pas 3% fin 2015", a déclaré mardi la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann.

Pour le député Christian Paul, "le gouvernement, s'il souhaite que sa majorité fasse un bon résultat aux européennes, n'a pas intérêt à se caler aujourd'hui sur les seules attentes d'une Commission (européenne) finissante".

(Edité par Sophie Louet et Emmanuel Jarry)

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