Cahuzac ou la "contradiction" entre l'homme privé et public

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    * Cahuzac dit ne pas avoir voulu diminuer son train de vie 
    * Une remise d'espèces avant la présidentielle de 2012 
    * L'erreur d'une personne, selon Reyl 
    * La banque dément tout blanchiment généralisé 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 12 septembre (Reuters) - Jérôme Cahuzac a expliqué 
lundi sa chute par son incapacité à lever la "contradiction" 
entre ses vies publique et privée, avec des responsabilités 
accrues, des revenus moindres, mais une volonté de conserver un 
certain train de vie.  
    L'ex-ministre du Budget, contraint à la démission en mars 
2013 après les révélations sur son compte caché à l'étranger, 
est jugé depuis le 5 septembre pour fraude fiscale, blanchiment 
et fausse déclaration de patrimoine. 
    "Je n'ai pas voulu que l'homme privé, parce qu'il avait fait 
un choix de vie publique, ne puisse assumer ce qu'il avait 
toujours assumé vis-à-vis de sa famille", a-t-il déclaré lundi 
devant le tribunal correctionnel de Paris. 
    "Je n'ai pas su lever cette contradiction entre l'homme 
privé et l'homme public", a-t-il ajouté. "J'ai voulu garder ces 
responsabilités et conserver ce train de vie (...) J'ai échoué." 
    Le tribunal est longuement revenu lundi, au quatrième jour 
de son procès, sur le retrait, en 2011, de 20.800 euros en 
espèces, mis à sa disposition à Genève via un intermédiaire, 
directeur adjoint de la banque suisse Reyl § Cie. 
    Il s'agit du dernier retrait effectué sur son compte caché. 
Or il est intervenu en septembre 2011, quelques mois avant 
l'élection présidentielle de 2012 qui le propulsa au poste de 
ministre du Budget, avec la victoire de François Hollande.  
    "N'y a-t-il pas quelque chose qui vous retient de faire (ce 
dernier retrait)?" lui a demandé le président. "On n'est pas 
dans le vital", ajoute-t-il, rappelant que les sommes ont servi 
à payer une partie du mariage de sa fille aînée.  
    "Lorsque ces opérations se déroulent, je ne me dis pas 'tu 
fais ça alors que tu vas rentrer au gouvernement'", assure le 
ministre déchu. Et de rappeler qu'à l'époque, la primaire de la 
gauche n'a pas encore eu lieu.  
     
    RECONNAISSANCE DE CULPABILITÉ  
    Pour la banque suisse Reyl § Cie, qui a transféré les avoirs 
de Jérôme Cahuzac vers Singapour en 2009, la remise des espèces, 
par l'un de ses employés était une "erreur dommageable." 
    Mais "c'est l'erreur d'une personne, pas l'erreur de 
l'institution", a assuré à la barre son représentant, qui nie 
toute pratique structurelle.  
    Poursuivie pour blanchiment en ce qu'elle aurait "organisé" 
le transfert des avoirs de Jérôme Cahuzac à Singapour via des 
sociétés offshore à Panama et aux Seychelles, Reyl dément les 
faits qui lui sont reprochés. 
    Pourtant, en janvier dernier, la banque a accepté, sur 
reconnaissance préalable de culpabilité, de s'acquitter d'une 
amende de 2,8 millions d'euros pour blanchiment de fraude 
fiscale concernant les avoirs de six autres ressortissants 
français à Singapour.   
    Prié par le président du tribunal d'expliquer cette 
incohérence apparente, le représentant de Reyl a souligné que 
cette procédure, qui a fait suite aux accusations de 
l'ex-employé de la banque Pierre Condamin-Gerbier, n'avait mené 
à une condamnation que pour six comptes, sur 13 cités.  
    Faux, assure l'avocat du fisc français. L'absence de 
condamnation concernant les sept autres comptes visés par 
Condamin-Gerbier, qualifié de "mythomane" par la défense, est 
tout simplement liée au fait qu'ils n'étaient pas enregistrés 
chez Reyl, assure-t-il.  
    Jérôme Cahuzac a déclaré jeudi dernier avoir "la conviction" 
que ses banquiers savaient qu'il ne déclarait pas ses avoirs en 
France, ajoutant qu'ils avaient été à "l'initiative" du montage 
"sophistiqué" qui a permis leur transfert vers Singapour, ce 
qu'ils démentent.   
    Les prévenus risquent jusqu'à sept ans de prison et un 
million d'euros d'amende. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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