Cahuzac ou la "contradiction" entre l'homme privé et public

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    * Cahuzac dit ne pas avoir voulu diminuer son train de vie 
    * Il explique avoir eu un "électrochoc tardif" en 2010 
    * Une remise d'espèces avant la présidentielle de 2012 
    * On était conscients de l'illégalité, dit sa femme 
    * Elle justifie son compte en Suisse par ses problèmes de 
couple 
    * Reyl dément tout blanchiment généralisé 
 
 (Actualisé avec interrogatoire de son ex-femme) 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 12 septembre (Reuters) - Jérôme Cahuzac a expliqué 
lundi sa chute par son incapacité à lever la "contradiction" 
entre ses vies publique et privée, avec des responsabilités 
accrues, des revenus moindres, mais une volonté de conserver un 
certain train de vie.  
    Son "électrochoc tardif" est intervenu en 2010, avec son 
élection à la présidence de la commission des Finances de 
l'Assemblée nationale, a assuré l'ex-ministre du Budget au 
quatrième jour de son procès pour fraude fiscale, blanchiment et 
fausse déclaration de patrimoine. 
    "Je n'ai pas voulu que l'homme privé, parce qu'il avait fait 
un choix de vie publique, ne puisse assumer ce qu'il avait 
toujours assumé vis-à-vis de sa famille", a-t-il déclaré. 
    "Je n'ai pas su lever cette contradiction entre l'homme 
privé et l'homme public", a-t-il ajouté. "J'ai voulu garder ces 
responsabilités et conserver ce train de vie (...) J'ai échoué." 
    "Mon élection à la présidence de la commission des Finances 
sera l'électrochoc. Là, j'arrête de frauder."  
    Mais le blanchiment, lui, n'est pas terminé.  
    Un an et demi plus tard, en septembre 2011, des espèces - 
20.800 euros selon la banque, 10.000 selon le prévenu - sont en 
effet mises à sa disposition à Genève via un intermédiaire, le 
directeur adjoint de la banque suisse Reyl & Cie.  
    Il s'agit du dernier retrait sur son compte caché, quelques 
mois avant l'élection présidentielle de 2012 qui le propulsera 
au poste de ministre du Budget. "N'y a-t-il pas quelque chose 
qui vous retient de le faire?", lui demande le président.  
    "Lorsque ces opérations se déroulent, je ne me dis pas 'tu 
fais ça alors que tu vas rentrer au gouvernement'", assure le 
ministre déchu. Et de rappeler qu'à l'époque, la primaire de la 
gauche n'a pas encore eu lieu.  
     
    ON ÉTAIT "CONSCIENTS DE L'ILLÉGALITÉ" 
    Ce sont aussi les comptes frauduleux de son ex-femme, sur 
l'Ile de Man puis en Suisse, que le tribunal a examinés lundi.  
    A la barre, Patricia Ménard, 61 ans, raconte la genèse de sa 
propre fraude, qui commence par un compte commun, assure-t-elle, 
et continue en solitaire, sur fond de brouille avec son époux.  
    Dès 1996, Jérôme Cahuzac lui dit que la médecine l'ennuie 
"horriblement". Il entend se consacrer à la politique et se 
présenter aux législatives dans le Lot-et-Garonne. 
    Pour lui permettre de "s'épanouir", elle rejoint la clinique 
d'implants capillaires dans laquelle il exerce et reprend le 
flambeau, en particulier celui de la clientèle anglaise.  
    C'est là que la "possibilité" d'ouvrir un compte sur l'Ile 
de Man lui est "présentée" par le directeur de la clinique, 
aujourd'hui décédé. Elle y ouvre ainsi un premier compte en 
1997. Une forme d'"épargne pas autorisée" alors "banalisée" dans 
plusieurs spécialités médicales, jure-t-elle. 
    "S'il y avait du rab' (dans nos revenus, NDLR), il passait 
soit en Angleterre, soit sur le compte de ma belle-mère", 
dit-elle simplement.  
    "On était très conscients de l'illégalité de tout ça." 
    En 2007, les relations du couple se compliquent. Patricia 
Cahuzac ouvre alors un compte en Suisse à l'insu de son époux. 
Son objectif : "constituer une cagnotte", "pour le cas où" elle 
se retrouverait seule avec ses trois enfants.  
    "On peut ne plus s'aimer, mais de là à se spolier ou à se 
voler, il y a un chemin que, pour ma part, je n'ai jamais 
imaginé", déplore Jérôme Cahuzac.  
     
    RECONNAISSANCE DE CULPABILITÉ 
    L'ex-ministre assure avoir cru le compte de Man fermé dès 
2003 et ne jamais en avoir reparlé avec sa femme. Fin 2013, le 
compte de la dermatologue est crédité de 2,7 millions d'euros. 
    Outre la fraude "familiale" des Cahuzac, qui sera encore au 
coeur des débats mardi avec l'examen de leur utilisation des 
comptes de la mère de l'ancien ministre, le tribunal s'est aussi 
penché lundi sur les pratiques de la banque suisse Reyl § Cie, 
où a été hébergé le compte du principal prévenu dès 1998. 
    Poursuivie pour avoir "organisé" le transfert de ses avoirs 
en 2009 à Singapour via des sociétés offshore à Panama et aux 
Seychelles, elle conteste tout délit. 
    En janvier dernier, elle a toutefois accepté, sur 
reconnaissance préalable de culpabilité, de s'acquitter d'une 
amende de 2,8 millions d'euros pour blanchiment de fraude 
fiscale en ce qui concerne les avoirs de six autres 
ressortissants français à Singapour.  
    "Quelle est l'articulation de ces deux procédures?" a ainsi 
demandé à son représentant le président de la 32e chambre du 
tribunal correctionnel de Paris, Peimane Ghaleh-Marzban. 
    Réponse : cette procédure, qui a fait suite aux accusations 
de l'ex-employé de la banque Pierre Condamin-Gerbier, n'a mené à 
une condamnation que pour six comptes sur treize cités.  
    Faux, assure l'avocat du fisc français. L'absence de 
condamnation concernant les sept autres est tout simplement liée 
au fait qu'ils n'étaient pas enregistrés chez Reyl, assure-t-il. 
    Les cinq prévenus - Jérôme Cahuzac, Patricia Ménard, Reyl § 
Cie, François Reyl et un avocat suisse - risquent jusqu'à sept 
ans de prison et un million d'euros d'amende. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
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