Cahuzac: l'exécutif veut tourner la page, Mélenchon pour un coup de balai

le
1

Un remaniement exclu, la faute de Jérôme Cahuzac étant imputée à la "faille" d'un homme: après une semaine d'une crise inédite pour lui, le pouvoir socialiste tente de contenir la forte pression de l'opinion et de l'opposition, sans convaincre Jean-Luc Mélenchon qui a souhaité vendredi un "grand coup de balai".

L'ex-candidat du Front de gauche à l'élection présidentielle entend célébrer à sa manière le premier anniversaire de l'élection de François Hollande en appelant pour le 5 mai à une "marche citoyenne pour la VIe République". "On ne peut accepter que le peuple français humilié (...) ne s'en mêle pas", a-t-il dit sur France Info, quatre jours après que l'ex-ministre du Budget a avoué détenir un compte bancaire non déclaré à l'étranger.

Décrivant le chef de l'Etat en "homme débordé par la situation", M. Mélenchon souhaite que "le peuple s'empare par une constituante du grand coup de balai qu'il faut donner pour purifier cette atmosphère politique absolument insupportable".

"Non, ce n'est pas une personne qui a failli, c'est un système qui révèle sa pourriture intrinsèque", a-t-il accusé, fustigeant une "oligarchie (qui) s'est constituée de tout puissants seigneurs et de leurs affidés dans le monde politique et médiatique".

"La chaîne du mensonge commence au Parti socialiste et finit au Front national, c'est absolument invraisemblable !", s'est indigné M. Mélenchon, devancé par Marine Le Pen aux législatives de 2012 à Hénin-Beaumont.

L'ancien sénateur PS faisait ainsi référence aux quatre mois de dénégations répétées avant les aveux spectaculaires de M. Cahuzac, sur la détention d'un compte ouvert dans un premier temps en Suisse par un proche de Mme Le Pen.

La présidente du FN a d'ailleurs accusé vendredi Le Monde, à l'origine de cette révélation, de s'être livré à "une véritable manipulation politique de diversion".

Elle a aussi estimé sur Radio Classique/Public Sénat que M. Hollande ne "pourrait pas s'en sortir en disant +Circulez, y a rien à voir+". Selon elle, MM. Hollande et Ayrault "étaient informés" depuis de "nombreuses semaines" des résultats de l'enquête visant l'ex-ministre, désormais mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale.

Face au diagnostic d'une France "au bord de la crise de régime", l'ex-candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly, a réclamé dans Métro "une autre politique" et renvoyé la droite à "l'affaire Bettencourt, bien plus grave" que celle du compte non déclaré de M. Cahuzac.

Rassurés par les déclarations de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, qui ont écarté jeudi soir tout remaniement à ce stade, les ministres ont tenté de leur côté de faire le dos rond et de ne pas être emportés par la vague Cahuzac.

Admettant que le quinquennat de M. Hollande connaissait un "moment extrêmement difficile", le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a tenté sur Europe 1 de battre en brèche l'idée que "parce que l'un d'entre nous a fauté, on serait tous pourris".

Pour ce fidèle du chef de l'Etat, il faut désormais, au terme d'une semaine qui a fortement ébranlé l'exécutif, se concentrer sur "la sortie de crise" et le redressement de "l'appareil productif".

L'opprobre jeté sur Jérôme Cahuzac ne doit pas rejaillir sur l'ensemble des responsables politiques, a mis en garde sur Canal+ Marisol Touraine, ministre de la Santé. "Il y a eu une faute, une faute absolument considérable" mais "c'est une faute qui lui appartient", a-t-elle dit.

Elle a appelé à "un peu de décence, un peu de retenue dans une période chahutée par le fait d'un homme, de sa faute et de sa trahison".

"On ne va pas faire un remaniement parce qu'un ministre, qui n'est plus membre du gouvernement, s'est comporté il y a plusieurs années de manière inadmissible, et en cachant la vérité, de manière coupable", a renchéri sur France 2 Michel Sapin.

Le ministre du Travail a pris la défense de son collègue de l'Economie, Pierre Moscovici, accusé par l'opposition de "complaisance" à l'égard de M. Cahuzac. "Il a donné des instructions pour que tous les documents possibles soient mis entre les mains de la justice (...), il a créé une muraille de Chine entre lui, qui était chargé de transmettre les informations à la Justice, et M. Cahuzac", a souligné M. Sapin.

"Chacun dans son parti, à droite comme à gauche, peut avoir des personnes qui ont des failles, c'est la nature humaine", a résumé sur LCI la ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • michel7n le samedi 6 avr 2013 à 11:42

    Ce n'est pas la faillite d'un homme mais celle d'un système, celui du PS qui contrôle tout de l'Elysée à Matignon en passant par les deux Assemblées, plus les régions, plus les départements, plus les villes.