Bussereau écarte la menace d'une pénurie d'essence

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Raffineries bloquées, nouvel appel à la grève lancé à Reichstett et consommation d'essence en hausse de 50% la semaine dernière : Dominique Bussereau, secrétaire d'Etat aux Transports, a toutefois assuré ce jeudi sur LCI qu'«il n'y aura pas de pénurie d'essence à la pompe». Avec une vidéo iTélé.

«Il n'y aura pas de pénurie d'essence à la pompe.» Dominique Bussereau, le secrétaire d'Etat aux Transports, a fermement répondu, ce jeudi matin sur LCI, à cette question, qui taraude l'opinion publique depuis quelques jours. «On a fait le point avec (le ministre de l'Ecologie) Jean-Louis Borloo, avec le Premier ministre et les collaborateurs du président de la République. Nous avons ce qu'il faut pour au moins un mois», si les automobilistes continuent d'acheter de l'essence comme d'habitude. «Je dis surtout aux automobilistes: N'allez pas remplir votre réservoir, ou remplir des stocks d'essence, vous n'en avez pas besoin!», a assuré Dominique Bussereau.

Mais la consommation de carburant a déjà augmenté de 50% cette semaine, preuve que les automobilistes craignent une pénurie. Et, hier, le mot d'ordre syndical dans le secteur du pétrole demeurait plutôt alarmant: «On va vers un durcissement du mouvement», a ainsi expliqué un responsable CGT, alors que dix des douze raffineries de métropole sont affectées par le mouvement social contre la réforme des retraites ou par la grève des terminaux pétroliers de Marseille, qui les prive de pétrole brut à traiter. Huit d'entre elles sont à l'arrêt ou en cours d'arrêt, et Reichstett pourrait rejoindre le mouvement : les syndicats de cette raffinerie Petroplus appellent en effet à la grève vendredi.

Les salariés de la raffinerie Total de Feyzin, près de Lyon, ont décidé mercredi de reconduire leur mouvement de protestation, et le processus d'arrêt de production a dû être lancé par la direction faute de personnel. Sur le site de Donges, la grève est reconduite jusqu'à lundi prochain. En plus de Feyzin et de Donges, tous les autres sites Total, à savoir Gonfreville L'Orcher, La Mède, Grandpuits et Flandres, sont à l'arrêt. Pour cette dernière raffinerie, où la production est arrêtée depuis septembre 2009, ce sont les expéditions de produits finis stockés sur place qui sont perturbés par la grève.

 

La grève au port du Havre pourrait clouer des avions au sol

 

«Avec les raffineries, on peut bloquer en deux jours l'alimentation en carburants de la France», a dit à Reuters Yvon Scornet, responsable CGT à Petit Couronne (Seine-Maritime).

Si dans la majorité des raffineries ce sont les grèves des salariés qui ont entraîné le processus d'arrêt des unités de production, en revanche, à la Mède, près de Marseille, les unités ont débrayé dès dimanche, «faute d'approvisionnement en brut», les terminaux pétroliers de Fos-Lavera étant bloqués par les dockers en grève. Mehdi Rachid, élu CGT Total à la raffinerie de La Mède décrit la situation:

 

  Plus d'infos en vidéo sur itélé.fr

 

Total n'est pas la seule entreprise pétrolière touchée. Le site de production d'Ineos dans la région de Berre, qui ne distille plus de pétrole brut faute d'approvisionnement en provenance du port de Marseille. Même problème à la raffinerie LyondellBasell. «On fonctionne au minimum technique et l'usine devrait attaquer sa phase d'arrêt jeudi, faute de matière première», a précisé Fabien Astier de la CGT. Le site d'Esso à Fos-sur-Mer poursuit la production mais à débit réduit.Le site Petroplus de la Petit-Couronne, près de Rouen, les syndicats CGT et CFDT ont commencé à consulter le personnel en vue d'un arrêt complet des installations. Le site Esso de Port-Jérôme/Gravenchon fonctionne, lui, normalement.

Dans le secteur pétrolier, la mobilisation a commencé il y a 17 jours dans le port de Marseille sous la conduite de la CGT. Les installations touchées par le blocage représentent au total 40% de la capacité française. 57 cargos dont 37 pétroliers, sont actuellement en attente de déchargement au large des terminaux de Fos-Lavera. Au port du Havre, la situation est également bloquée. Les personnels de la Compagnie industrielle et maritime (CIM), qui gère les terminaux pétroliers, sont également entrés en grève reconductible mardi, d'après la CGT. Ces terminaux alimentent les raffineries de la vallée de la Seine et livrent en kérosène les aéroports de Roissy et Orly.

 

Des pénuries «sporadiques et ponctuelles»

 

Sur la possibilité et l'échéance d'une pénurie, les discours divergent. Pour la CGTdu groupe Total, «la pénurie de carburant est bien à l'ordre du jour dans un très proche avenir contrairement aux propos de l'Ufip (industries pétrolières) et du gouvernement». Jean-Louis Schilansky, le président de l'Ufip, de son côté, affirmait lundi que si le mouvement persistait, «à partir du 20 octobre, en gros, nous commencerons à avoir des problèmes d'approvisionnement localisés, notamment dans le Sud-Est». Jean-Louis Schilansky a toutefois rappelé qu'en cas de «crise de distribution» de carburants, le gouvernement pouvait utiliser les stocks de réserve: avec ces stocks, «on a trois mois de consommation devant nous sur la France entière».

Chez Total on se veut rassurant. «Nous n'avons pas de problème d'approvisionnement pour l'instant», a déclaré un porte-parole du groupe. Tout en expliquant: «il peut apparaître de façon sporadique et ponctuelle des pénuries qui sont réglées au fur et à mesure». «Il n'y a pas de raison qu'il y ait de pénurie sauf si les gens se ruent sur les stations-services», a quant à lui fait valoir une porte-parole d'Esso.

De fait, en Loire-Atlantique, l'annonce de l'arrêt de la production de la raffinerie de Donges a entraîné un réflexe de précaution des habitants et des ruptures de stock de certaines stations-service. Cette ruée vers les pompes se remarque aussi à Rennes (Ille-et-Vilaine), où plusieurs files de voitures d'une longueur inhabituelle ont été constatées lundi et mardi à l'entrée des stations-service. A Marseille, la caissière d'une station Agip parlait des «gens venus faire des pleins et remplir des jerricans». Selon un porte-parole de Total dans la région, il y a des embouteillages dans les dépôts pour charger le carburant.

La question porte désormais sur les dépôts. Ce matin, Jacques Cocheux, de la CGT Puy-de-Dôme, annonçait que «environ 80 militants bloquent le dépôt de carburants de Cournon-d'Auvergne». La multiplication de ce genre de blocages aurait, elle, un impact direct sur l'approvisionnement des stations-service.

 

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