Burkini-La droite veut légiférer, Valls en porte-à-faux

le , mis à jour à 19:45
1
    * La droite va déposer une proposition de loi 
    * Valls a soutenu les arrêtés anti-burkini 
    * Le Premier ministre est désavoué par le Conseil d'Etat 
    * La crise du burkini divise le gouvernement et la gauche 
 
 (Actualisé avec nouvelles réactions) 
    PARIS, 26 août (Reuters) - La droite et l'extrême-droite ont 
appelé vendredi à modifier la loi et à bannir les signes 
religieux de l'espace public après la suspension d'un arrêté 
anti-burkini par le Conseil d'Etat, qui sonne comme un désaveu 
pour le Premier ministre. 
    Des représentants musulmans ont salué comme une victoire de 
la sagesse cette décision, qui a vocation à faire jurisprudence 
mais place en porte-à-faux Manuel Valls, lequel a soutenu ce 
type d'arrêtés, pris cet été par plusieurs dizaines de maires, 
sans pour autant juger nécessaire de légiférer. 
    Cette ordonnance "est une claque pour le Premier ministre", 
a déclaré à Reuters le secrétaire général du Conseil français du 
culte musulman (CFCM), Abdallah Zekri.  
    Deux ministres, Najat Vallaud-Belkacem (Education) et 
Marisol Touraine (Santé), des membres de la majorité et du Parti 
socialiste se sont opposés au chef du gouvernement au sujet des 
arrêtés interdisant de baignade les musulmanes portant des 
costumes de bains intégraux.   
    Le chef de l'Etat, François Hollande, s'est abstenu de 
trancher, se bornant à appeler "chacun" à se conformer aux 
règles communes "sans provocation ni stigmatisation". 
    Comme lors du débat avorté sur la déchéance de nationalité 
pour les auteurs d'actes terroristes début 2016, le gouvernement 
et la gauche se retrouvent pris au piège d'une polémique qui les 
divisent et les affaiblit.  
    Le Conseil d'Etat a suspendu l'arrêté interdisant au motif 
d'un risque de trouble à l'ordre public l'accès aux plages de 
Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes) aux baigneurs portant des 
vêtements religieux.   
     
    "FAIRE RECULER LES ISLAMISTES" 
    Dès l'annonce de cette décision, des élus du parti Les 
Républicains (LR), principale formation de l'opposition de 
droite, ont dit qu'ils déposeraient une proposition de loi pour 
"sécuriser" les décisions des maires prenant de tels arrêtés. 
    "Cette proposition de loi sera présentée à l'Assemblée 
nationale lors de la rentrée parlementaire en septembre", a dit 
Guillaume Larrivé, député et porte-parole de LR sur BFM-TV. "Les 
islamistes veulent faire reculer la République. C'est la 
République qui doit faire reculer les islamistes." 
    Pour Guillaume Larrivé, le Parlement dont jouer pleinement 
son rôle en la matière : "Nous sommes convaincus (...) que le 
pouvoir politique doit prendre ses responsabilités. C'est à la 
Nation d'affirmer un choix et ce choix, ce doit être le refus 
absolu de la régression islamiste." 
    Cette proposition de loi permettra aux maires "de ne plus 
être invalidés lorsqu'ils prennent des arrêtés qui préviennent 
tout trouble à l'ordre public", a précisé le maire LR de 
Villeneuve-Loubet, Lionnel Lucas. 
    Christian Estrosi, premier adjoint LR du maire de Nice, a 
tenté d'enfoncer un coin dans la majorité et le gouvernement, à 
huit mois de l'élection présidentielle, dont les questions 
identitaires et de sécurité seront sans doute des thèmes 
centraux, sous la pression de la droite et de l'extrême-droite.  
    "Manuel Valls, qui a soutenu ces arrêtés, doit passer de la 
parole à l'acte et déposer un projet de loi afin de fixer un 
cadre législatif qui s'appliquera à l'ensemble de notre pays", 
écrit-il dans un communiqué. 
    "Il est nécessaire aujourd'hui de faire évoluer le droit 
comme je ne cesse de le demander au Premier ministre depuis le 
16 août. La France ne doit pas être divisée et le gouvernement 
doit cesser de faire preuve de faiblesse", ajoute-t-il. 
     
    "UN CLIMAT IDÉOLOGIQUE (QUI) PUE" 
    Le président de LR, Nicolas Sarkozy, candidat à la primaire 
de la droite et du centre pour la présidentielle, a demandé pour 
sa part jeudi une loi interdisant sur tout le territoire 
français le port du burkini, vêtement de bain recouvrant 
l'essentiel du corps, porté par des femmes musulmanes. 
    Marine Le Pen a également estimé en réaction à la décision 
du Conseil d'Etat que le législateur était seul habilité à agir. 
    "La balle est donc dès ce soir dans le camp du législateur 
français, qui doit faire voter au plus vite une loi d'extension 
de la loi de 2004 à l'école, pour bannir les signes religieux 
ostensibles dans l'espace public", écrit la présidente du FN 
dans un communiqué. "Le burkini en fera évidemment partie.",  
    Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, a 
estimé que la décision du Conseil d'État ouvrait la voie à 
l'instauration de la "charia".  
    "Si on accepte le burkini aujourd'hui, on finira avec la 
charia demain", écrit-il sur Twitter. 
    A l'inverse, à gauche du PS, Olivier Dartigolles, 
porte-parole du Parti communiste, a dénoncé un "climat 
idéologique (qui) pue" et accusé la droite et Manuel Valls de 
"jouer avec le feu", tout en déplorant le "silence" de François 
Hollande. 
    "On voit comment Manuel Valls, récidiviste en la matière, 
s'est aussi prêté à ce jeu très dangereux dans un silence du 
président de la République, tout cela profitant au final à 
Marine Le Pen et aux islamistes", a-t-il déclaré à BFM TV.  
 
 (Gérard Bon, avec Chine Labbé, édité par Emmanuel Jarry) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • cavalair il y a 4 mois

    La meilleur des choses serait de supprimer le Conseil d'etat qui ne prends que des arretes politiques