Burkina-L'armée accusée de "confisquer" la transition

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* Le lieutenant-colonel Zida conduira la transition * Le général Traoré, chef d'état-major, avait auparavant dit assurer l'intérim * Le président démissionnaire Blaise Compaoré en Côte d'Ivoire (Actualisé avec département d'Etat américain) par Mathieu Bonkougou et Nadoun Coulibaly OUAGADOUGOU, 1er novembre (Reuters) - L'opposition burkinabé a refusé samedi que l'armée prenne le pouvoir après la démission du président Blaise Compaoré et appelle à manifester dimanche. L'état-major avait mis fin, un peu plus tôt, à vingt-quatre heures de confusion en désignant le lieutenant-colonel Isaac Zida, membre de la garde présidentielle, pour mener à bien la transition. Dans un communiqué diffusé samedi, l'armée annonce que "le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida a été retenu à l'unanimité pour conduire la période de transition ouverte après le départ du président Blaise Compaoré". La forme et le calendrier de cette transition seront précisées lors de consultations avec l'ensemble des acteurs de la société civile. Diffusée à l'issue d'une réunion des principaux chefs militaires du pays, cette déclaration clarifie la situation au sommet de l'Etat et tranche en faveur de Zida la lutte de pouvoir qui l'opposait au général Honoré Traoré, le chef d'état-major. Ce dernier avait pourtant proclamé vendredi après-midi, dans la demi-heure suivant l'annonce de la démission de Compaoré, qu'il assumait la responsabilité de chef de l'Etat. Mais sa déclaration avait suscité la colère des dizaines de milliers de manifestants rassemblés sur la place de la Nation, à Ouagadougou, épicentre du mouvement de contestation qui a entraîné le départ de Compaoré. Après la mise au point de l'armée, l'Union pour le progrès et le changement (UPC), principal parti d'opposition, a réclamé l'ouverture immédiate de consultations pour déterminer le calendrier de prochaines élections. "L'opposition politique et les organisations de la société civile ont réaffirmé que la victoire issue de l'insurrection populaire appartient au peuple. Et, par conséquent, la gestion de la transition lui revient légitimement et ne saurait être, en aucun cas, confisquée par l'armée", dit-elle dans un communiqué diffusé à l'issue de ces consultations. "Pour réaffirmer leur position commune, les organisations de la société civile et l'opposition politique ont décidé d'un meeting ce dimanche 2 novembre 2014, place de la Nation à 8h", ajoute-t-elle. Le président déchu, qui a quitté Ouagadougou après sa démission, a trouvé refuge en Côte d'Ivoire. En 27 ans de pouvoir, Blaise Compaoré, qui voulait modifier la constitution pour briguer un nouveau mandat fin 2015, s'est taillé le statut de médiateur régional. Le Burkina Faso est l'une des bases de l'opération Barkhane mise en place par la France pour contrer les groupes islamistes au Mali et dans le reste de la bande sahélienne. Vendredi, Paris a salué le départ de Compaoré "qui permet de trouver une issue à la crise" et a appelé à la "tenue rapide d'élections démocratiques". "PAS UN COUP D'ÉTAT, MAIS UN SOULÈVEMENT POPULAIRE" L'Union africaine a elle aussi fermement réclamé samedi une "transition civile et consensuelle". Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l'UA, "souligne le devoir et l'obligation des forces armées et de sécurité de se mettre à la disposition des autorités civiles qui seront chargées de conduire la transition et d'agir dans un esprit républicain", peut-on lire dans un communiqué. Le département d'Etat américain a quant à lui exhorté l'armée burkinabé à passer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles. Washington pourrait interrompre sa coopération militaire en cas de coup d'Etat avéré. Dans la nuit de vendredi à samedi, tandis que des échanges de tirs nourris étaient signalés près du palais présidentiel, le lieutenant-colonel Zida annonçait à la radio qu'il avait pris le pouvoir. "J'assume désormais, à partir d'aujourd'hui, les responsabilités de chef de cette transition et de chef de l'Etat pour assurer la continuité de l'Etat", a-t-il dit dans une allocution prononcée, en uniforme, dans un studio de la chaîne de télévision BF1. "Je salue la mémoire des martyrs de cette insurrection et m'incline devant les sacrifices consentis par notre peuple", a-t-il ajouté. Les violentes manifestations de jeudi, quand le bâtiment de l'Assemblée nationale a été incendié, ont fait au moins trois morts. C'est la septième fois qu'un officier de l'armée prend le pouvoir depuis l'indépendance en 1960 de l'ex-Haute Volta. Isaac Zida a toutefois assuré qu'il ne s'agissait "pas d'un coup d'Etat mais d'un soulèvement populaire". L'armée, a-t-il expliqué, est intervenue "pour éviter que s'installe l'anarchie" et "amorcer un processus de transition démocratique". Il a promis que l'ensemble des partis politiques et des organisations de la société civile y seraient associés et a également demandé la "compréhension" et le soutien de la communauté internationale et en particulier de l'Union africaine et de la Cédéao, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest. Un couvre-feu est entré en vigueur, de 19h00 GMT à 06h00 GMT. L'aéroport de la capitale et les frontières terrestres ont été fermées. Samedi, le calme est revenu dans les rues de Ouagadougou où des soldats patrouillaient. (avec Joe Penney à Ouagadougou, Ange Aboa à Abidjan et Daniel Flynn à Dakar; Agathe Machecourt, Marc Angrand et Henri-Pierre André pour le service français)

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