« Budget 2015 : les marchés auront-ils confiance en la France ? » par Bertrand Jacquillat (Cercle des économistes)

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La dette nationale s'accroit sans que les marchés ne sanctionnent la France. La raison : l'Etat reste riche et l'épargne privée est élevée.
La dette nationale s'accroit sans que les marchés ne sanctionnent la France. La raison : l'Etat reste riche et l'épargne privée est élevée.

Critiqué dès sa publication, le projet de loi de finances 2015 ne répond pas, dans les détails, à toutes les interrogations concernant les économies réalisées. Moody's n'a pas dégradé la France et Paris continue de rembourser sa dette à des conditions confortables. Selon Bertrand Jacquillat, cette situation peut encore durer. Explication.

Avant que leur chiffre ne devienne controversé, Rogoff et Reinhardt estimaient à 90% le taux de dette publique par rapport au PIB à partir duquel un pays était passé dans un engrenage fatal, à l'issue incertaine, et en tout cas douloureuse d'une manière ou d'une autre. Ce niveau a été dépassé par la France. Il se situait à 93% début 2014, et ce n'est pas fini puisque ce taux devrait atteindre selon toute probabilité le chiffre emblématique de 100% dès 2016. Il est légèrement supérieur au taux global de la zone euro, mais inférieur à celui de l'Italie (132.6%), des Etats-Unis (104.5%) ou du Japon (243.2%...).

La dette publique française, en valeur absolue mais aussi en pourcentage du PIB, n'a pour ainsi dire jamais cessé d'augmenter. Elle était déjà supérieure à 55% en 1995. Et la situation ne peut qu'empirer puisque le budget de l'Etat affiche un solde primaire (qui correspond au solde budgétaire avant le paiement de la charge de la dette) négatif (de 31 milliards d'euros), soit environ 10% de son budget. En pourcentage du PIB, il se réduit certes quelque peu (1.49% en 2014 contre 2% en 2013), mais l'Allemagne affiche un excédent primaire de 2.2% de son PIB. Même l'Italie est en excédent.

Et pourtant, nul acteur pouvant faire pression sur la France ne semble s'inquiéter, du moins officiellement. Les agences de rating maintiennent à la France une notation élevée. La Commission Européenne est en train de s'installer, attendant que le nouveau Commissaire aux Affaires Economiques, le Français, Pierre Moscovici, donne des leçons de discipline. Le plus étonnant est que les marchés se taisent puisque la France n'a jamais emprunté à un taux aussi bas (avec un coût moyen de financement à un plus bas historique de 1.44% en 2014), ce qui n'est pas la marque d'une crainte particulière des investisseurs. D'ailleurs, la charge de la dette est aujourd'hui inférieure à ce qu'elle était en 2007, l'année où la crise a débuté.

Mais on ne peut pas oublier que 1 point de base d'augmentation du coût de la dette, ce sont 200M¤ supplémentaires à la charge du budget de l'Etat. Si les taux d'intérêt  revenaient à leur niveau de 2010, c'est de 40 milliards ¤ que s'alourdirait le budget de l'Etat (le montant du CICE). Mais les marchés ne s'en inquiètent pas et ceci pour deux raisons. L'Etat est encore riche de ses participations dans les entreprises cotées, possède un immobilier pléthorique, et les réserves d'épargne des Français constituent une poche profonde.

Bertrand Jacquillat

Bertrand Jacquillat est professeur à l'Université Paris-Dauphine et Président directeur général d'Associés en Finance.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • loto77 le mardi 7 oct 2014 à 09:04

    " poche profonde " , tout est dit , serve vous ..!Les Français ont une confiance absolue en leur épargne , livrets ou assurance vie dont ils ont même augmenté les dépôts en 2014 ! Ce qu'ils considéreraient comme une trahison pourrait coûter au gouvernement ... sa tête . Au sens strict . Ce sera donc défaut et les prêteurs étrangers ( et français ..) seront b. Tant pis pour eux , on ne prête pas n'importe comment .

  • nergen le lundi 6 oct 2014 à 21:46

    je ne suis plus un patriote, j'en ai marre de bosser 10 heures par jours et de payer toujours plu d'impots et toujours plus... je suis egoiste

  • olivie91 le lundi 6 oct 2014 à 19:19

    Un peu comme si l épargne s était constitué sur la dette. Ce qui n est pas tout à fait faux.Ma retraite sera comme pour d autres de la dette et ainsi mon épargne en partie que je laisserai en héritage.Hum et si on parlait de toutes les petites et grosses fraudes fiscales comme par ex les pseudo journalistes qui oublient d ajouter leurs remboursements de frais.. On en connaît tous des cas

  • M8603854 le lundi 6 oct 2014 à 16:52

    Quand il faudra choisir entre un défaut sur la dette de la France et une taxe de 20% sur les patrimoines privés,on verra les vrais patriotes!

  • c.voyant le lundi 6 oct 2014 à 15:35

    C'est quoi la croissance? C'est de l'argent virtuel injecté sous forme dette pour qu'il se convertisse imédiatement en activité productrice mais aussi que cet argent soit remboursé avec intérêts aux calanques Grecs, cet argent nous n'en voulons pas!Vivons selon nos moyens un point c'est tout!!!

  • c.voyant le lundi 6 oct 2014 à 15:31

    La dette des états est le plus juteux business jamais inventé par la finance pour convertir en esclaves les peuples..La meilleurs façon de se libérer est que les marchés ne nous accordent plus confiance de cette façon la France sera bien obligée de réduire sa dette et donc de retrouver son indépendance et sa souveraineté.

  • supersum le lundi 6 oct 2014 à 14:19

    L’épargne privé des français est privé aux français, à moins qu'ils veulent une seconde révolution en europe

  • LERINS le lundi 6 oct 2014 à 14:17

    Pour stimuler la croissance et redonner aux citoyens le pouvoir de ne plus se faire vider les poches par un secteur publique irresponsable, il serait grand temps que les contribuables réclament l'adoption immédiate du principe fiscal décrit dans le blog intitulé : REMBOURSER LA DETTE PUBLIQUE SANS APPAUVRIR LES CITOYENS.