Bruxelles va passer en revue l'excédent courant allemand

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BRUXELLES VA ÉTUDIER L'EXCÉDENT COURANT ALLEMAND
BRUXELLES VA ÉTUDIER L'EXCÉDENT COURANT ALLEMAND

par Jan Strupczewski

BRUXELLES (Reuters) - La Commission européenne a décidé mercredi de procéder à un bilan approfondi de l'excédent courant durablement élevé de la balance commerciale allemande pour voir s'il reflète des déséquilibres importants de la première économie de la zone euro.

Cette situation a déclenché les critiques des Etats-Unis et de l'Union européenne, qui reprochent à l'économie allemande d'être trop dépendante de l'exportation. Ils demandent à Berlin de soutenir davantage leur demande intérieure afin que la croissance du pays repose sur des bases plus saines et joue qu'elle son rôle de locomotive pour le reste de l'Europe.

L'Allemagne affiche depuis 2007 un excédent courant supérieur à 6% du produit intérieur brut (PIB), un niveau que Bruxelles juge excessif et qui peut constituer une menace pour la stabilité de la zone euro. En septembre, il a atteint 19,7 milliards d'euros, soit plus de 8% du produit intérieur brut de 2012, le niveau le plus élevé du monde.

La Commission va recommander à Berlin de prendre des mesures pour réduire ces déséquilibres si le bilan, qui sera bouclé l'an prochain, montre que cet excédent est nuisible.

"Un excédent élevé ne signifie pas nécessairement qu'il y a déséquilibre", a souligné le président de la Commission, Jose Manuel Barroso, lors d'une conférence de presse.

"Il nous faut examiner cela plus avant et comprendre si l'excédent élevé de l'Allemagne est quelque chose qui affecte le bon fonctionnement de l'économie européenne dans son ensemble."

Toutefois, la critique de l'excédent allemand est délicate dans la mesure où les responsables européens encouragent les pays de la zone euro à mener des réformes douloureuses dans le but même d'être plus compétitifs sur le marché mondial.

La Commission a ajouté dans son rapport annuel que l'amélioration de la compétitivité serait l'une des cinq priorités de tous les pays de l'Union européenne l'an prochain.

L'ASPECT NÉGATIF DES EXCÉDENTS

Quoiqu'il en soit, de nombreux Etats de l'Union européenne souhaitent depuis longtemps que l'Allemagne importe davantage, ce qui leur donnerait une chance d'exporter leurs propres produits et services sur le marché le plus prospère d'Europe.

Une économie trop dépendante des exportations peut rendre un pays vulnérable aux chocs externes dans la mesure où la demande intérieure ne peut pas compenser un recul des exportations.

Cela signifie aussi que les Allemands investissent leur épargne à l'étranger plutôt que dans leur propre économie.

A Berlin, les conseillers économiques du gouvernement s'opposent aux propositions de relance de la demande intérieure, via la fixation d'un salaire minimum ou un relèvement des pensions de retraite évoquées dans le cadre des négociations en cours pour la formation d'un gouvernement de coalition.

Ils disent que de telles mesures pourraient compromettre l'amélioration de la situation économique du pays, obtenue grâce à une réforme difficile de l'Etat providence il y a dix ans.

Ils notent aussi que le pays a divisé par deux son excédent courant avec la zone euro depuis 2007, en pourcentage du PIB.

Le bilan approfondi annoncé mercredi s'inscrit dans le cadre d'une nouvelle réglementation européenne en vigueur depuis la fin de 2011 qui impose aux pouvoirs exécutifs des 28 Etats de l'Union de s'assurer qu'ils ne développent pas des déséquilibres économiques qui pourraient finir par devenir problématiques.

Un déficit des comptes courants supérieur à 4% du PIB ou un excédent durablement supérieur à 6% du PIB figurent parmi les signaux d'alarme répertoriés par la Commission européenne, qui passe au radar une trentaine d'indicateurs économiques.

L'analyse devrait être bouclée en février ou mars 2014.

Si elle aboutit à la conclusion que l'excédent se traduit par des déséquilibres pour l'ensemble de l'Union et si Berlin ne met pas en oeuvre les mesures préconisées par la Commission, la procédure peut aboutir à une amende représentant 0,1% du PIB.

Avec Michelle Martin à Berlin, Juliette Rouillon pour le service français, édité par Véronique Tison

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