Bruno Dumont, les prolos et les aristos

le
0
Bruno Dumont, à Paris, le 20 avril 2016.
Bruno Dumont, à Paris, le 20 avril 2016.

Récompensé en 1999 pour « L’Humanité », le réalisateur revient à Cannes avec « Ma Loute », en salles le– mai. Une comédie grinçante où des stars – Luchini, Binoche – côtoient des non-professionnels.

Il vient de Dreyer et de Bresson, des mystiques chrétiens, de la peinture flamande. Il cultive sans effort la simplicité, la rudesse tranquille, la mise à distance raisonnable d’autrui. Toutes choses qui le font paradoxalement passer pour un précieux dans le milieu légèrement histrioniesque du cinéma. Mais Bruno Dumont n’est pas vraiment du milieu. « Tu as remarqué comme ces gens n’arrêtent pas de s’embrasser ? », s’étonne-t-il tout à trac, avec cette fausse candeur qu’il affectionne.

Il a donc raté l’Idhec (devenue la Fémis), enseigné la philosophie, puis inventé un cinéma à nul autre pareil, d’une noirceur solaire, d’une monstrueuse beauté. Son œuvre, tellurique mais jamais déconnectée d’une trame sociale, arrache la tête, soulève l’âme. Inaugurée avec La Vie de Jésus en 1997, emportée par le vent du Nord, magnifiée par son horizon, tournée avec l’innocence et la foi de gars et de filles du cru, elle est une des plus puissantes du cinéma français. Quelques titres, pour la route : L’Humanité (1999), Flandres (2006), Hors Satan (2011). Cette méthode comme son succès ont suscité des détracteurs. On a pu parler, ajoutant l’infamie à la rumeur, de manipulation, de froideur, de misanthropie.

Et soudain, le surréaliste « P’tit Quinquin » Or voici qu’en deux coups de cuillère à pot, sans rien lâcher, Bruno Dumont déboulonne sa propre statue, se lance dans la comédie, tâte de l’acteur professionnel. A 58 ans, avec une œuvre sanctifiée dans les cénacles internationaux et un piéde...

Retrouvez cet article sur LeMonde.fr


Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant