Brexit-Veillée d'armes avant un possible "Vendredi Noir"

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 (Actualisé avec préparation d'établissements français) 
    par Julien Ponthus 
    PARIS/LONDRES, 23 juin (Reuters) - Le secteur financier 
européen se met en ordre de bataille jeudi pour faire face, 
d'ici moins de 24 heures, à la panique qui pourrait s'emparer 
des marchés si les Britanniques choisissaient de quitter l'Union 
européenne.  
    En cas de Brexit, la livre chuterait encore plus lourdement 
que lors du "Mercredi Noir" du 16 septembre 1992, où la monnaie 
britannique avait dû sortir de force du mécanisme de change 
européen, estime par exemple le milliardaire George Soros.  
    Les premiers résultats du référendum sont attendus, 
circonscription par circonscription, à partir de minuit, ouvrant 
une période d'incertitude de plusieurs heures propice à de 
violents mouvements sur les marchés des changes, 
particulièrement sur la livre sterling. 
    Si les derniers sondages donnent les camps du "leave" et 
"remain" au coude à coude, les opérateurs de marchés ont 
effectué des arbitrages qui démontrent, avec notamment un 
renchérissement de la livre par rapport au dollar, une 
anticipation d'un maintien dans l'UE.     
    Pour Saxo Banque la situation n'en reste pas moins très 
dangereuse.    
    "Un retour dans le rouge des marchés est possible à tout 
moment, à la faveur de la publication de sondages défavorables 
au camp du maintien dans l'Union", écrivait mercredi dans une 
note l'intermédiaire qui a, comme nombre de ses pairs, relevé le 
niveau des dépôts de garantie exigés à ses clients.    
    "S'il y a bien un moment de l'année où il ne faut pas être 
présent sur le marché, c'est celui-là car les risques sont trop 
élevés", estime Saxo Banque, qui appelle les investisseurs à la 
prudence.   
    Signe de la nervosité, ETF Securities, spécialisé dans les 
produits indiciels cotés, a annoncé mercredi un record de 
collecte pour des instruments financiers servant à se protéger 
contre une baisse de la livre.  
     
    LES CLIENTS AVERTIS 
    Les conditions de marchés s'annoncent particulièrement 
difficiles pendant la nuit et de nombreuses dispositions ont été 
prises afin de parer aux difficultés attendues.      
    "En cas de forte volatilité, on a prévu pendant la nuit de 
suspendre les cotations électroniques" explique à Reuters un 
responsable d'une salle de marché parisienne. 
    Les spécialistes du marché des changes redoutent des délais 
dans la fixation des prix et des écarts de cours comparables à 
ceux qui avaient suivi un mouvement de panique en janvier 2015, 
lorsque la Banque Nationale Suisse (BNS) avait renoncé au cours 
plancher du franc suisse face à l'euro.  
    "Nous avons envoyé des 'disclaimers' (notes d'informations)  
à tous les clients pour leur dire de ne pas être surpris", 
précise le responsable parisien, qui prévient qu'un certain 
nombre d'ordres automatiques ne pourront peut-être pas être 
exécutés, comme ce fut le cas lors de la crise du franc suisse.  
        
    D'autres banques comme ING  ING.AS  et Société générale 
 SOGN.PA  ont prévenu leurs clients que les conditions de marché 
devraient être difficiles et leur ont demandé à l'avance de 
faire preuve de patience car les infrastructures technologiques 
qui leur permettent de fonctionner seront mises à rude épreuve. 
    Une source au sein d'une banque de financement française 
confirme l'envoi de lettres aux clients mais précise aussi que 
ces derniers auront accès à un service d'aide 24h sur 24h du 23 
au 24 juin. 
    Un gérant d'actif basé à Paris indique de son côté avoir 
organisé des conférences téléphoniques avec ses clients et que 
son comité de pilotage des investissements ferait un point sur 
la situation à 22h30 jeudi et qu'il se réunirait 
exceptionnellement tous les matins à 08h00 du vendredi 24 juin 
au vendredi 1er juillet.  
    Si les banques françaises n'ont guère communiqué sur les 
mesures techniques prévues, elles font part en privé d'une 
coordination étroite avec la BCE et précisent qu'elles ont 
limité au maximum des positions sur les actifs les plus exposées 
à une victoire du camp pro-Brexit. 
    A Londres,  les grands noms de la finance internationale ont 
prévu d'avoir des équipes à pied d'oeuvre dès les premiers 
résultats connus dans la nuit. 
    "Tous les traders seront là (...) Ils n'aiment pas rater des 
grands moments et s'il doit y en avoir un, ils veulent être au 
bureau", avait dit la semaine dernière un responsable d'une  
banque installée dans le quartier de la finance de Canary Wharf. 
     
    ÉTROITE COORDINATION DES BANQUES AVEC LA BCE 
    L'ouverture des marchés actions européens à 9h00 sera 
également très surveillée. 
    Une source au sein du London Stock Exchange a dit que 
l'opérateur de la Bourse de Londres s'était doté d'une solution 
de secours pour le suivi des transactions afin de faire face à 
une hausse des volumes qui menacerait d'engorger ses systèmes.  
    La plateforme boursière Euronext  ENX.PA  a déclaré avoir 
pris les mesures nécessaires pour faire face à une hausse 
significative des volumes et de la volatilité avant et après le 
référendum. 
    "Nous avons mis en place tous les systèmes de redondance, de 
volumétrie capables d'absorber un nombre de transactions qui a 
déjà commencé à augmenter depuis le début de la semaine et qui  
va continuer à s'accroître", a souligné jeudi Stéphane Boujnah, 
président du directoire d'Euronext, sur Radio Classique. 
    Au niveau institutionnel, des équipes seront présentes à la 
Banque d'Angleterre dans la nuit et les responsables monétaires 
britanniques joignables en cas de besoin. Plusieurs sources ont 
déclaré à Reuters que la Banque centrale européenne (BCE) et la 
Banque d'Angleterre agiraient de concert si le camp du "Leave" 
l'emportait le 23 juin.  
    Même si le Royaume-Uni fait un choix pro-européen, le répit 
pourrait être de courte durée:  une victoire de l'alliance de 
gauche Unidos Podemos aux élections législatives de dimanche en 
Espagne pourrait aussi rallumer les feux sur les marchés. 
 
 (Avec la contribution de Raphaël Bloch et Joseph Sotinel à 
Paris et du bureau de Reuters à Londres, édité par Jean-Michel 
Bélot) 
 

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