Brexit-Onde de choc chez les expatriés des deux côtés de la Manche

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    * Incertitudes sur le statut des expatriés 
    * Certains Britanniques cherchent un autre passeport 
européen 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 24 juin (Reuters) - Le choix du Royaume-Uni de sortir 
de l'Union européenne a provoqué une onde de choc dans la 
communauté britannique de France, mais aussi chez les Français 
installés outre-Manche, qui s'interrogent sur l'impact de cette 
décision sur leurs vies.  
    Au 31 décembre 2015, 400.000 Britanniques vivaient en 
France, et environ 350.000 Français au Royaume-Uni, selon les 
estimations du ministère français des Affaires étrangères.  
    Autant d'expatriations qui pourraient être fragilisées après 
la victoire des partisans du "Brexit", jeudi. 
    "Ce qui m'inquiète le plus, c'est qu'on puisse me retirer la 
liberté de mouvement", dit Imogen Roy, 26 ans. 
    Depuis onze ans, cette Écossaise née à Londres vit hors du 
Royaume-Uni. Pendant six ans, elle a habité en Allemagne et, 
depuis cinq ans, elle a élu domicile à Paris. 
    "Pour nous, c'est très naturel de bouger d'un pays à 
l'autre", ajoute celle qui dit se sentir européenne d'abord, 
écossaise ensuite, et britannique enfin.  
    Convaincue de la nécessité de rester dans l'Union 
européenne, Imogen s'est rendue mercredi à Londres armée de 600 
croissants et cartes postales portant des messages d'amour de la 
part de Français. Objectif : convaincre ses compatriotes. "Je 
suis très choquée. Je pensais que le vote serait serré, mais que 
le 'Bremain' passerait malgré tout". 
     
    "LE DÉBUT DE LA FIN DU PROJET EUROPÉEN ?"  
    Inquiet comme elle des possibles conséquences du "Brexit", 
notamment sur sa liberté d'installation, Iain McKenny a déjà 
cherché un moyen de rester membre de l'UE.  
    Cet Anglais de 41 ans, en France depuis huit ans, a appelé 
l'ambassade d'Irlande, et eu confirmation que, grâce à ses 
grands-parents irlandais, il pouvait le devenir lui-même.  
    "La meilleure nouvelle que j'ai eu ce matin c'est quand ils 
m'ont dit 'Bienvenue en Irlande'", raconte-t-il. "Je vais 
postuler immédiatement." 
    Mais à terme, Iain McKenny, "honteux" du résultat du 
référendum, dit ne pas savoir s'il restera dans l'Union. "Si 
c'est le début de la fin du projet européen, j'ai un passeport 
canadien, et je l'utiliserai."  
    A 70 ans, et après plus de vingt ans passés à Marseille, 
Michael Irish a, lui aussi, décidé de se procurer un autre 
passeport, français en l'occurrence. "Les partisans du 'Brexit' 
pensent qu'ils ont ouvert la porte vers un pays merveilleux, 
mais c'est une fable, c'est 'Alice au pays des merveilles'."   
    Prudent, Mark Harris, 45 ans, dit vouloir "laisser la 
poussière retomber" pendant quelques mois.  
    Mais il craint de possibles "représailles" de la part des 
autorités françaises, et regrette de ne pas avoir eu voix au 
chapitre, le droit de vote étant ôté aux Britanniques installés 
depuis plus de 15 ans à l'étranger.  
    Comme d'autres, il se demande s'il va rester en France ou 
s'il devrait demander la nationalité française. "C'est la 
dernière chose que je souhaite", dit-il toutefois. "Je suis 
Britannique et fier de l'être." 
     
    "FRACTURE IDENTITAIRE" 
    Un sentiment partagé par Anne Wilding, retraitée de 63 ans 
qui réside à La-Breille-les-Pins (Maine-et-Loire). "Je suis née 
Britannique, je préfèrerais garder ma nationalité", dit-elle.  
    La peur de perdre son droit de séjour est toutefois bien 
présente. "Assise dans la maison qui est la mienne depuis quinze 
ans, je me suis soudainement sentie comme une immigrée, c'est 
très étrange." 
    Seule voix discordante parmi tous les témoignages recueillis 
en France par Reuters, Duncan Evans, 58 ans, a voté pour le 
"Brexit", sans croire que son camp gagnerait. Aujourd'hui, loin 
d'être déçu ou inquiet, il dit ne pas croire à un impact négatif 
de cette décision sur ses affaires, parmi lesquelles une maison 
d'hôte haut de gamme dans le sud de la France.  
    "Je paie mes taxes en France, je ne peux pas croire une 
seule seconde que ce pays refusera du jour au lendemain ma 
contribution à son économie parce que je suis un citoyen 
britannique", dit-il.   
    Mais des deux côtés de la Manche, l'inquiétude semble 
dominer chez les expatriés Français et Britanniques.  
    "Pour le moment, tout le monde essaye de nous rassurer, en 
nous disant que rien ne devrait changer dans les deux prochaines 
années, mais personne ne sait ce qui va se passer", souligne la 
Française Dominique Akhoun, bibliothécaire universitaire en 
Angleterre depuis 13 ans. 
    Ses deux enfants, nés à Londres d'une mère Française et d'un 
père Suisse, "se sentent très Londoniens". Dominique, elle, se 
dit bien intégrée, et confie avoir une "profonde affection pour 
la mentalité Britannique."  
    "C'est difficile à expliquer, cette fracture identitaire." 
 
 (avec Ingrid Melander, Richard Lough et John Irish, édité par 
Yves Clarisse) 
 
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  • dcouplet il y a 6 mois

    ah oui ? et les contrats des footballeurs ? Ils ne sont plus valables