Brexit-La place de Francfort fait profil bas mais pousse ses pions

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    * La hausse des investissements chinois attire les banquiers 
    * Plusieurs responsables sectoriels relocalisés à Francfort 
    * Pas de grandes campagnes promotionnelles 
 
    par Anjuli Davies 
    FRANCFORT, 7 novembre (Reuters) - Les grandes banques 
d'investissement renforcent discrètement leurs équipes de 
banquiers d'affaires à Francfort pour tirer parti d'un marché 
allemand des fusions-acquisitions qui se réveille, renforçant 
les chances de la place d'être l'une des premières bénéficiaires 
d'une relocalisation des activités financières en Europe après 
la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union européenne. 
    La forte augmentation des investissements directs chinois en 
Allemagne et une accélération attendue des fusions-acquisitions 
dans la chimie-pharmacie et l'industrie manufacturière ont 
poussé plusieurs banques d'investissement à y renforcer leurs 
équipes de banquiers d'affaires, habituellement installées à 
Londres.  
    Cette tendance met Francfort en bonne position pour profiter 
d'éventuels déplacements d'activités de la City vers l'Europe 
continentale avec le Brexit d'autant que la ville est déjà le 
siège de la Banque centrale européenne et qu'elle occupe le 
deuxième rang des places financières en Europe, estiment des 
représentants de la communauté bancaire francfortoise. 
    "L'Allemagne devient un marché beaucoup plus important parce 
qu'elle représente une part croissante du marché mondial des 
commissions liées aux activités des banquiers-conseils", a dit 
Alexander Doll, directeur général de Barclays en Allemagne, à 
Reuters.  
    Pour les établissements bancaires implantés en 
Grande-Bretagne, le Brexit risque de se traduire par la perte du 
"passeport européen" qui leur permet de proposer leurs services 
dans n'importe quel autre pays de l'Union européenne.  
     
    PAS DE TAPIS ROUGE 
    Contrairement à d'autres pays comme la France, l'Allemagne 
n'a toutefois pas déroulé le tapis rouge aux banquiers de la 
City pour qu'ils viennent s'établir à Francfort. 
    En France, Paris Europlace, l'association de promotion de la 
place financière de Paris, pousse pour un statut spécial pour 
les financiers et les autorités françaises ont mis en place un 
"guichet unique" pour faciliter l'implantation en France, lancé 
des campagnes promotionnelles et multiplié les appels du pied 
aux candidats à une installation à Paris.  
    Francfort préfère plaider sa cause dans les couloirs feutrés 
des grandes banques à travers le monde.  
    "Nous avons une approche de partenariat avec ceux qui 
pensent déplacer des activités. Nous ne ferons pas de marketing 
massif comme d'autres pays", a dit Oliver Wagner de 
l'Association des banques étrangères en Allemagne.  
    "Nous ne voyons pas des responsables politiques nationaux 
aller faire campagne à Londres pour vanter les mérites de la 
place de Francfort." 
    Les activités promotionnelles sont prises en charge par les 
représentants des autorités régionales. Le ministre de 
l'Economie du Land de Hesse, dont Francfort est la capitale, est 
ainsi allé récemment au Japon et en Corée du Sud pour y plaider 
auprès de banques et de grandes entreprises les avantages de 
Francfort dans un monde post-Brexit.  
     
    "A QUAND REMONTE VOTRE DERNIER WEEK-END A FRANCFORT?" 
    Tenant pour acquis que la City demeurera un centre financier 
majeur en Europe même après le Brexit, Francfort se positionne 
comme une place où certaines activités peuvent être localisées 
sans nécessairement nécessiter un transfert massif d'effectifs.  
    "Les banques envisagent de laisser l'essentiel de leurs 
opérations en Grande-Bretagne mais certaines veulent prendre une 
assurance en Allemagne", note Alex Howard-Keyes, associé du 
cabinet de chasseurs de têtes londonien Alderbrooke.  
    "Si elles vont devoir disposer d'une implantation au sein de 
la zone euro, Francfort apparaît comme le meilleur endroit", 
a-t-il dit, ajoutant : "Francfort est une assurance contre le 
Brexit, en plus situé dans la plus grande économie européenne." 
    Alasdair Warren, le responsable des activités de banque 
d'investissement pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique 
(EMEA) de Deutsche Bank a dit le mois dernier à Reuters qu'il 
envisageait de déplacer des banquiers d'affaires de Londres à 
Francfort pour couvrir le secteur industriel.  
    BNP Paribas a aussi annoncé le mois dernier la nomination à 
Francfort de deux banquiers d'affaires chevronnés pour diriger 
ses équipes dédiées aux secteurs de la chimie et de 
l'automobile, deux postes jusqu'alors basés à Paris. 
    Une grande banque d'affaires prévoit de relocaliser à 
Francfort plusieurs responsables sectoriels pour la région EMEA 
actuellement installés à Londres, a dit à Reuters l'un de ses 
cadres dirigeants qui a requis l'anonymat.  
    "Nous croyons dans la région, nous croyons dans le marché", 
a-t-il dit. "Cela n'était pas lié au Brexit mais je ne pense pas 
que cela nous désserve dans ce contexte", a-t-il poursuivi sans 
donner plus de détails sur le projet.  
    Le redémarrage des fusions-acquisitions et les 
investissements directs chinois en Allemagne sont pour beaucoup 
dans l'attirance des banquiers d'affaires pour Francfort.  
    "Le marché allemand des fusions-acquisitions s'est 
finalement réveillé", a dit un autre banquier qui a requis 
l'anonymat.  
    "L'Allemagne était à la traîne mais maintenant certaines de 
ses industries-clés comme la chimie et la pharmacie deviennent 
plus actives, actuellement l'environnement est favorable." 
    Francfort peut aussi se prévaloir d'une solide présence de 
banques étrangères. La plupart des grandes banques étrangères y 
sont déjà présentes et pourraient obtenir les autorisations leur 
permettant d'offrir leurs services en bénéficiant du passeport 
européen.  
    Pas moins de 159 banques étrangères pour un effectif total 
de 62.300 personnes sont installées à Francfort, selon des 
données de la Bundesbank.  
    Environ 30 établissements présents en Allemagne offrent 
leurs services dans le cadre du passeport européen depuis 
Londres actuellement et la moitié d'entre elles ont une filiale 
à Francfort, selon l'Association des banques étrangères en 
Allemagne.  
    Francfort est aussi l'une des rares villes allemandes qui 
autorise la construction de gratte-ciels, particulièrement 
appréciés des grandes banques d'investissement pour y réunir 
leurs équipes.  
    Il y a des banques qui ont décidé que c'était avantageux de 
faire de Francfort leur tête de pont en Europe et qui vont 
commencer à y déplacer des effectifs, a dit Oliver Wagner, sans 
donner d'exemples précis.  
    "Aucune des grandes banques n'attendra la fin des 
négociations (sur le Brexit). Il n'y aura pas des milliers 
(d'arrivants) à court terme et Francfort peut faire face, mais 
les scénarios alternatifs sont préparés maintenant." 
    Si Francfort ne manque pas d'ambition, la City est dans une 
toute autre dimension. Les banques d'investissement américaines 
n'emploient que 2,6% de leurs effectifs européens en Allemagne 
contre 88% en Grande-Bretagne, selon des données pays par pays 
compilées par le centre de réflexion européen Bruegel en 2014.  
     Et l'un des plus grands défis pour les représentants de la 
ville est de convaincre les banquiers qu'elle peut concurrencer 
Londres et d'autres capitales européennes en termes de qualité 
de vie. Paris ne s'y est pas trompé, sa dernière campagne pour 
s'assurer des retombées du Brexit se déclinant sur le thème : "A 
quand remonte votre dernier week-end à Francfort?"  
       
 
 (avec John O'Donnell, Marc Joanny pour le service français, 
édité par Véronique Tison) 
 
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