Brexit-La France pour un divorce rapide, l'Allemagne prudente

le , mis à jour à 15:34
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 (Actualisé tout du long) 
    par John Irish et Jean-Baptiste Vey 
    BERLIN/PARIS, 25 juin (Reuters) - La France et l'Allemagne 
ont demandé samedi à la Grande-Bretagne d'entamer les 
négociations en vue de sa sortie de l'Union européenne, le 
gouvernement français mettant en garde contre le risque d'une 
contagion populiste qui pourrait s'exprimer dans d'autres Etats 
tentés de suivre l'exemple britannique. 
    Les ministres des Affaires étrangères des six pays 
fondateurs de la communauté européenne - Allemagne, France, 
Italie, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg - se sont retrouvés 
samedi à Berlin pour dégager une position commune après le 
référendum de jeudi. 
    Les positions de la France et de l'Allemagne, couple moteur 
de la construction de l'Europe, ont paru diverger sensiblement 
sur le rythme à suivre dans cette procédure de divorce entre 
Londres et Bruxelles. 
    Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc 
Ayrault a plaidé pour une ouverture rapide des négociations 
tandis que son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier se 
montrant plus prudent. 
    Le chef de la diplomatie française a insisté sur la 
nécessité de "redonner du sens" à l'Europe sous peine de voir 
"le populisme s'enraciner". 
    "Il faut dire aux Britanniques qu'on ne peut pas attendre. 
Il faut s'organiser dans l'intérêt commun", a dit Jean-Marc 
Ayrault dans l'avion qui le menait à Berlin, avant une réunion 
des dirigeants allemand, français et italien lundi à Berlin et 
un conseil européen mardi et mercredi. 
    En Slovaquie, le parti du peuple (extrême droite) a lancé 
une pétition en faveur d'un référendum semblable à celui 
organisé en Grande-Bretagne. "Les citoyens de Grande-Bretagne 
ont refusé le diktat de Bruxelles. Il est grand temps pour la 
Slovaquie de quitter également le Titanic européen", écrit le 
parti sur son site. 
    "La procédure doit être mise en oeuvre dès que possible afin 
que nous ne restions pas dans l'incertitude et que nous nous 
concentrions sur l'avenir de l'Europe", a reconnu Frank-Walter 
Steinmeier. 
     
    MERKEL NE VEUT RIEN PRÉCIPITER 
    La chancelière Angela Merkel s'est montrée, elle, encore 
plus prudente, affirmant ne pas vouloir précipiter la procédure 
de sortie de la Grande-Bretagne et souhaitant lui accorder une 
marge de manoeuvre dans les négociations. 
    "Tout à fait franchement, il ne faudrait pas que cela prenne 
des années, c'est vrai, mais je ne vais pas militer pour un 
calendrier serré", a dit la dirigeante allemande devant la 
presse lors d'une réunion de son parti, la CDU, près de Berlin. 
    A Paris, François Hollande a de son côté insisté sur la 
nécessité d'adopter une position ferme, afin d'éviter que les 
Britanniques fassent traîner les négociations pour obtenir 
davantage de l'UE.  
    Le président français, qui a multiplié les contacts depuis 
vendredi avec ses partenaires européens, s'est entretenu samedi 
au téléphone avec le Premier ministre grec, Alexis Tsipras. 
    "L'un et l'autre ont convenu qu'il ne pouvait pas y avoir de 
période d'incertitude pour l'Europe, qu'il fallait qu'il puisse 
y avoir une totale clarté à la fois sur le calendrier et les 
procédures" de sortie du Royaume-Uni de l'UE, a-t-on appris 
auprès de la présidence de la République.  
    "Nous devons en tirer toutes les conclusions et toutes les 
conséquences", avait auparavant déclaré François Hollande à 
l'Elysée. "Nous devons maintenant organiser cette séparation 
mais nous devons le faire en bon ordre et avec les règles qui 
sont celles prévues par les traités qui doivent être mises en 
oeuvre." 
    Cette position est également partagée par le président de la 
Commission européenne Jean-Claude Juncker. "Attendre jusqu'en 
octobre (date de la démission annoncée de Cameron) pour négocier 
les termes de leur départ n'a pas de sens", a dit Juncker. 
    Ce dernier a enregistré samedi la démission du commissaire 
aux Services financiers, le Britannique Jonathan Hill, et a 
confié ce portefeuille au Letton Valdis Dombrovskis, en charge 
de la monnaie unique au sein de la Commission européenne. 
     
    CAMERON ET JOHNSON PAS PRESSÉS 
    Evoquant le Conseil européen qui s'ouvrira mardi à 
Bruxelles, Jean-Marc Ayrault a estimé qu'il y aurait une "forte 
pression" sur David Cameron pour qu'il notifie officiellement 
l'UE de l'intention de son pays d'en sortir en invoquant 
l'article 50 du traité européen de Lisbonne sans attendre 
octobre date de la prochaine convention du parti conservateur 
britannique qui devrait choisir son successeur. 
    David Cameron a annoncé vendredi qu'il laisserait le soin à 
son remplaçant d'invoquer l'article 50 qui déclenchera jusqu'à 
deux ans de négociations sur la sortie de son pays de l'UE. 
    Quant à Boris Johnson, son possible successeur qui a fait 
campagne pour le "Brexit", il a jugé qu'"il n'y avait 
actuellement nul besoin de se hâter (...). Il n'y a aucune 
raison de se précipiter à invoquer l'article 50". 
    Pour être sur la même ligne que l'Allemagne et l'Italie, sur 
la sortie du Royaume-Uni et les nouvelles propositions pour 
l'Europe, François Hollande dînera avec le président du conseil 
italien, Matteo Renzi, samedi à Paris, avant que les trois 
dirigeants se retrouvent lundi à Berlin. 
    Le Conseil européen mardi et mercredi sera, selon lui, la 
première étape de la reconquête de la confiance des concitoyens 
dans l'Union. 
     
 
 (John Irish à Berlin, Jean-Baptiste Vey à Paris, édité par 
Tangi Salaün) 
 
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