Brexit-La droite française sera ferme avec Londres

le
0
    * Pour Juppé, "Brexit is Brexit" et "out is out" 
    * Sarkozy prend acte du Brexit après avoir proposé une issue 
    * Les deux candidats de droite exigent de la "cohérence" 
    * Ils divergent sur les moyens de refonder l'Europe 
 
    par Emmanuel Jarry 
    PARIS, 19 octobre (Reuters) - Si les Français élisent au 
printemps 2017 Alain Juppé, comme le prédisent les sondages, le 
gouvernement conservateur britannique doit s'attendre à une 
attitude au moins aussi ferme dans la gestion du "Brexit" que 
celle affichée par Paris aujourd'hui. 
    Son principal rival à droite, Nicolas Sarkozy, avait, lui, 
suggéré avant le référendum britannique de juin d'en profiter 
pour proposer un nouveau traité européen et offrir ainsi au 
Royaume-Uni une autre issue que sortir de l'Union européenne. 
    Une "occasion manquée", convient aujourd'hui l'entourage de 
l'ancien chef de l'Etat, contraint de prendre acte de la volonté 
exprimée par une majorité de Britanniques, même s'il juge plus 
que jamais nécessaire et urgente une "refondation de l'Europe". 
    "Pour lui, l'Europe doit d'abord se refonder pour elle-même, 
parce que c'est une question de survie", souligne son conseiller 
diplomatique, Pierre Régent. "Pas pour les Britanniques." 
    Les deux principaux candidats à la primaire de droite 
affichent donc une même exigence de "cohérence" : pas question 
de permettre au Royaume-Uni de continuer à bénéficier des 
avantages du marché unique européen tout en s'affranchissant 
notamment de la libre circulation des personnes. 
    "Theresa May dit 'Brexit is Brexit'. Nous disons 'out is 
out'", souligne l'ancien ministre des Affaires européennes Alain 
Lamassoure, le "Monsieur Europe" d'Alain Juppé. 
    "Il ne s'agit pas de punir les Anglais (...) Mais on ne 
sacrifie pas les principes sur lesquels la famille est fondée 
pour rendre le divorce moins douloureux à celui qui s'en va." 
    Les deux hommes souhaitent en outre attirer en France les 
sociétés internationales aujourd'hui installées à Londres et 
enjamber le plus vite possible l'étape ouverte par le référendum 
britannique, pour se pencher sur les maux de l'UE réduite à 27. 
    "Je suis prêt à une négociation pragmatique, organisant de 
manière ordonnée la sortie du Royaume-Uni (de l'UE) mais non à 
un marchandage interminable, qui absorberait toute l'énergie des 
Européens", a déclaré Alain Juppé lundi à l'Institut Montaigne. 
     
    UNE DIPLOMATIE BRITANNIQUE "REDOUTABLE" 
    Il est urgent que les 27 exposent clairement leurs lignes 
rouges, explique l'eurodéputé Alain Lamassoure, un inspirateur 
de l'article 50 du traité européen de Lisbonne, que Londres doit 
invoquer pour déclencher la procédure de retrait de l'UE. 
    "Il ne faut pas se contenter d'attendre ce que sera la 
position du gouvernement britannique", souligne-t-il. "Ce serait 
tactiquement une très grave erreur" compte tenu de "l'habileté 
redoutable" de la diplomatie du Royaume-Uni. 
    Le principal enjeu des négociations à venir est le maintien 
ou non du Royaume-Uni dans le marché unique européen.  
    L'exigence de respect de la liberté de circulation des 
personnes, pendant de celle des biens, des services et des 
capitaux fait déjà l'objet d'un quasi-consensus à 27. 
    Il serait par ailleurs "totalement inacceptable" que Londres 
parvienne à "continuer d'inspirer la législation européenne de 
l'extérieur alors que les Britanniques ont choisi de partir", 
explique Alain Lamassoure. 
    Selon lui, ils feront tout pour rester dans le marché unique 
tout en prétendant "participer au processus de décision", fût-ce 
indirectement par le biais d'un processus de consultation sur 
les sujets touchant à leurs intérêts. 
    Un "danger" selon lui encore mal perçu, alors que c'est le 
type de disposition "qu'on signe assez facilement après 48 
heures de négociation non stop, à deux heures du matin". 
    Pour Alain Juppé, le maintien dans le marché unique n'est 
acceptable que sous la forme accordée aux Norvégiens et aux 
Suisses, avec une cotisation annuelle au budget européen (qui 
pourrait être plus élevée que la contribution britannique 
actuelle) et le respect de toutes les législations européennes 
présentes et futures sans participer à leur élaboration. 
     
    NOUVEAU TRAITÉ OU TRAITÉ DE LISBONNE ? 
    Pour Nicolas Sarkozy, il ne s'agit pas non plus de "laisser 
le Royaume-Uni conserver ce qui l'arrange et se débarrasser de 
ce qu'il ne veut plus", explique à Reuters Pierre Régent. 
    L'ex-chef de l'Etat estime cependant que "la vraie priorité 
pour l'Europe aujourd'hui c'est de se refonder" et entend aller 
à Berlin proposer cette refondation après son élection, s'il 
revient à l'Elysée, confie son conseiller. 
    "Sa conviction est que beaucoup d'autres peuples européens 
interrogés dans les mêmes circonstances que les Britanniques 
auraient pu donner une réponse similaire", ajoute-t-il. 
    Il a aussi promis d'aller à Londres après son éventuelle 
élection pour négocier un nouvel accord sur les migrants qui 
affluent à Calais dans l'espoir de se rendre au Royaume-Uni. 
    "A cette occasion, il sera bien entendu amené à parler aussi 
du Brexit (...) et de sa proposition de refondation de l'UE avec 
Theresa May", souligne Pierre Régent. 
    Nicolas Sarkozy défend toujours l'idée d'un nouveau traité 
instaurant une "Europe des frontières" et un gouvernement de la 
zone euro, tout en ramenant les compétences de la Commission et 
de l'Union européenne à un nombre réduit de priorités. 
    "Libre aux dirigeants du Royaume-Uni, le moment venu, une 
fois l'Europe refondée, de reposer s'ils le souhaitent aux 
Britanniques la question de leur appartenance à l'Union", fait 
valoir son conseiller diplomatique.  
    Là réside une des principales divergences entre l'ancien 
chef de l'Etat et le maire de Bordeaux, qui juge un nouveau 
traité inutile et trop long à négocier et à ratifier. 
    "Le traité de Lisbonne est une boîte à outils sous-utilisée 
dans laquelle nous avons tout ce qu'il faut pour conduire les 
politiques dont nous avons besoin", dit Alain Lamassoure.  
    Selon lui, Alain Juppé estime que la sortie du Royaume-Uni 
de l'UE rendra possible des avancées européennes jusqu'ici 
impossibles à cause de l'opposition des Britanniques. 
    Si Alain Juppé remporte la primaire le 27 novembre, à 
quelques mois d'élections générales en Allemagne, il souhaite 
ainsi sceller avec la chancelière Angela Merkel un accord sur 
"au moins deux ou trois points" européens afin "d'avoir des 
éléments de programme commun avec la CDU", dit Alain Lamassoure. 
 
 (Edité par Yves Clarisse) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant