Brexit-La City se prépare à une nuit blanche

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    par William James, Freya Berry et Patrick Graham 
    LONDRES, 15 juin (Reuters) - Les grandes banques 
internationales présentes dans la City seront sur le pied de 
guerre dès la nuit du 23 au 24 juin pour faire face à une 
volatilité sur les marchés financiers qu'elles anticipent sans 
précédent depuis des décennies une fois connus les résultats du 
référendum britannique sur le maintien du Royaume-Uni au sein de 
l'Union européenne.  
    Tous les grands noms de la finance internationale ont prévu 
d'avoir des équipes à pied d'oeuvre ou à disposition dès que les 
premiers résultats seront connus à partir de 21h00 GMT le 23 
juin, ont dit des sources bancaires à Reuters.  
    "Tous les traders seront là (...) Ils n'aiment pas rater des 
grands moments et s'il doit y en avoir un, ils veulent être au 
bureau", a dit un responsable d'une grande banque installée dans 
le quartier de la finance de Canary Wharf.  
    Des équipes seront présentes à la Banque d'Angleterre dans 
la nuit du 23 au 24 et les respensables monétaires britanniques 
joignables en cas de besoin. Le ministère des Finances 
britannique n'a pas souhaité faire de commentaire sur ses 
dispositions.  
    Si toutes les classes d'actifs sont susceptibles de décaler 
fortement, les devises et tout particulièrement la livre 
sterling seront en première ligne.  
    La City représente 41% des quelque 5.300 milliards de 
dollars (4.715 milliards d'euros) d'échanges réalisés 
quotidiennement sur le marché des devises, plus du double des 
transactions effectuées aux Etats-Unis et sans commune mesure 
avec les 3% de part de marché de ses concurrents européens les 
plus importants, Paris et Zurich.  
    Le sterling, quatrième devise la plus traitée au monde, a 
déjà fortement décalé au gré des sondages sur l'issue du 
scrutin, le resserrement de l'écart entre les partisans d'une 
sortie et les tenants du maintien l'ayant poussé à la baisse. 
    Le taux de change de la livre pondéré par les échanges 
extérieurs a ainsi perdu plus de 10% depuis la mi-novembre.  
    La livre se négocie actuellement autour de 1,41 dollar, loin 
des niveaux où il est envisagé qu'elle pourrait se stabiliser en 
fonction des résultats du référendum et qui vont de 1,50 dollar 
si le camp du maintien dans l'UE est victorieux à 1,30 dollar 
voire en dessous, si celui du Brexit l'emporte.  
     
    "DE L'ARGENT A SE FAIRE" 
    Le réajustement quasi certain et très rapide du taux de 
change promet une des séances les plus animées depuis le fameux 
"mercredi noir" du 16 septembre 1992 qui s'était soldé par la 
sortie de la livre du mécanisme de change européen.  
    "Si Brexit il y a, il faut s'attendre à quelque chose qui 
sera au moins de l'ampleur du 'mercredi noir'", a dit Nick 
Parsons, qui co-dirige la stratégie sur les changes de National 
Australia Bank et qui a connu la crise du sterling de 1992. 
    Un responsable d'une grande banque de la City a dit que son 
établissement avait constitué d'importantes réserves en sterling 
pour les prêter à tout client qui se trouverait pris au dépourvu 
par de brusques décalages de valorisations.  
    Les courtiers spécialisés sur le change comme PhilipCapital 
UK et Saxo Bank ont relevé le niveau des dépôts de garantie 
exigés de leurs clients.  
    Des marchés très volatils peuvent aussi mettre à rude 
épreuve les infrastructures technologiques qui leur permettent 
de fonctionner. 
    Une source au sein du London Stock Exchange a dit qu'une 
flambée de volatilité n'était pas exclue le 24 juin et que 
l'opérateur de la Bourse de Londres s'était doté d'une solution 
de secours pour le suivi des transactions afin de faire face à 
une hausse des volumes qui menacerait d'engorger ses systèmes. 
Un porte-parole du LSE s'est refusé à tout commentaire.  
    En dépit des risques liés à l'envolée des volumes et de la 
volatilité, certains opérateurs se frottent les mains à la 
perspective d'une nuit et d'une séance riches en opportunités.  
    "Vous avez hâte de connaître des journées comme celles-là", 
a dit un trader obligataire d'une grande banque londonienne. "Il 
y a de l'argent à se faire (...). Il faut juste espérer se 
retrouver du bon côté."  
 
 (Marc Joanny pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 
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