Brève incursion turque en Syrie pour évacuer des soldats

le
0

(Actualisé avec condamnation de la Syrie §§3-4) par Orhan Coskun ANKARA, 22 février (Reuters) - L'armée turque est entrée brièvement en territoire syrien dans la nuit de samedi à dimanche pour évacuer une quarantaine de soldats encerclés depuis plusieurs mois par des djihadistes de Etat islamique (EI) alors qu'ils gardaient le mausolée d'une figure de l'ex-Empire ottoman. L'opération qui a mobilisé des chars, des drones, des avions de reconnaissance et près de 600 soldats au sol, constitue la première incursion importante de troupes turques en Syrie depuis le début de la guerre civile il y a près de quatre ans. L'armée a déclaré que l'opération n'avait donné lieu à aucun combat mais qu'un soldat avait été tué dans un accident. Le gouvernement syrien a fustigé une "agression flagrante" et indiqué qu'Ankara serait tenu responsable des conséquences. Dans un communiqué lu à la télévision d'Etat, le gouvernement syrien explique que le gouvernement turc a bien informé le consulat syrien à Istanbul de l'opération mais qu'il n'a pas attendu que Damas donne son feu vert. Les 38 soldats qui gardaient la tombe de Souleiman Shah, grand-père du fondateur de l'Empire ottoman, ont été rapatriés sains et saufs. Le mausolée, situé sur le sol syrien mais que la Turquie considère comme relevant de sa souveraineté, a été déplacé. Le détachement affecté à sa garde est habituellement relevé tous les six mois mais le dernier envoyé sur le site était encerclé depuis huit mois par les combattants de l'EI. Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré lors d'une conférence de presse que son pays n'avait demandé ni autorisation, ni assistance pour cette mission mais qu'il avait informé la coalition internationale contre l'Etat islamique une fois l'opération entamée. Une source au sein des services de sécurité turcs a déclaré que l'opération avait été lancée via la ville frontalière de Kobani, avec le soutien des autorités locales kurdes. Le ministère turc des Affaires étrangères a expliqué que la tombe de Souleiman Shah avait été temporairement transférée sur un nouveau site en Syrie, au nord du village d'Esmessi, proche de la frontière turque. Ahmet Davutoglu a précisé qu'une centaine de véhicules militaires, dont 39 chars, et 572 soldats, parmi lesquels des membres des forces spéciales, avaient participé à l'opération. Des avions de chasse sont restés en alerte pendant toute la mission mais n'ont pas eu à être déployés, a-t-il ajouté. Le gouvernement turc avait dit fin 2014 que des militants de l'Etat islamique s'approchaient du mausolée. Le tombeau a été déclaré territoire turc par un traité signé avec la France en 1921, alors que la Syrie, comme le Liban, était sous protectorat français. Ankara avait fait savoir à plusieurs reprises qu'elle défendrait le mausolée de Souleiman Shah en cas d'attaque. La Turquie est jusqu'à présent restée réticente à toute implication directe dans la campagne contre l'Etat islamique emmenée par les Etats-Unis, en partie parce qu'elle considère que cette campagne doit aussi viser les forces du régime de Bachar al Assad. L'Etat islamique et d'autres groupes islamistes ont détruit plusieurs tombeaux et mosquées en Syrie au nom d'une interprétation stricte de l'interdiction de la vénération des idoles par l'islam. (Avec Tom Perry à Damas, Daren Butler, Ayla Jean Yackley et Humeyra Pamuk à Istanbul, Seyhmus Cakan à Diyarbakir; Patrick Vignal, Marc Angrand et Danielle Rouquié pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant