Brésil-Rousseff cherche jusqu'au bout à éviter sa destitution

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    par Marcela Ayres et Anthony Boadle 
    BRASILIA, 16 avril (Reuters) - La présidente brésilienne, 
Dilma Rousseff, s'est lancée samedi dans des tractations de la 
dernière chance avec les députés de son camp, pour tenter de 
s'assurer leur soutien à la veille d'un vote au Congrès 
susceptible de conduire à sa destitution.  
    La crise politique qui divise le Brésil depuis des mois sur 
fond de soupçons de corruption s'est peu à peu mué en un conflit 
ouvert entre la présidente et son vice-président centriste 
Michel Temer, qui lui succéderait si elle était destituée.  
    Dilma Rousseff a annulé son intervention à un meeting 
anti-destitution pour aller rencontrer, à huis clos, une partie 
des députés appelés à se prononcer dimanche pour ou contre sa 
destitution au motif qu'elle aurait enfreint les règles 
budgétaires en vigueur en maquillant les compte publics pour 
faciliter sa réélection en 2014. 
    Ces discussions suggère que le vote de dimanche pourrait 
être plus serré qu'attendu initialement. On estime que Dilma 
Rousseff doit trouver 20 voix en sa faveur pour empêcher la 
destitution de réunir la majorité des deux tiers à la chambre 
basse, qui compte 513 sièges.  
    Un conseiller de Michel Temer a déclaré que Rousseff, 
soutenue par son prédécesseur Luis Iñacio Lula da Silva, qui 
reste l'homme politique le plus influent du pays, était parvenue 
à faire changer de camp une "poignée" de députés mais pas assez 
pour faire pencher la balance en sa faveur.  
    Dans une vidéo et une tribune publiée dans la presse, Dilma 
Rousseff, première femme à diriger le plus grand pays d'Amérique 
latine, a de nouveau nié avoir commis des actes justifiant sa 
destitution, présentant la procédure visant à la chasser du 
pouvoir comme "la plus grosse fraude juridique et politique" de 
l'histoire du Brésil. 
    "Nous sommes face à la menace d'un coup d'Etat, un coup 
d'Etat sans armes qui utilise des méthodes plus destructrices, 
comme la fraude et le mensonge, pour tenter de détruire un 
gouvernement légitimement élu", a-t-elle écrit dans le grand 
quotidien Folha de S.Paulo samedi.  
     
    "SI ELLE PERD, NOUS DESCENDRONS DANS LES RUES" 
    Outre les accusations de manipulation du budget, Dilma 
Rousseff se voit reprocher par une partie de l'opinion publique 
d'avoir laissé le pays s'enfoncer dans sa pire crise économique 
depuis un quart de siècle.  
    Son pouvoir a en outre été affaibli par l'affaire Petrobras, 
un dossier de corruption présumée à grande échelle impliquant le 
puissant groupe pétrolier public.  
    La crise politique, qui a fait éclater la coalition 
gouvernementale, est d'autant plus profonde que l'héritière de 
"Lula" a conservé le soutien d'une partie des classes 
populaires, reconnaissantes au Parti des travailleurs, sa 
formation d'origine, pour avoir amélioré la qualité de vie de 
dizaines de millions de personnes en 13 ans de pouvoir.  
    "Si elle perd et que Temer la remplace, nous descendrons 
dans les rues et nous aurons la force d'y rester aussi longtemps 
que nécessaire", a déclaré Marco Antonio Baratto, coordinateur 
du mouvement des paysans sans terre MST lors d'un meeting 
réunissant plusieurs milliers de supporters de Rousseff sur le 
parking du stade de football de Brasilia. 
    Lula, l'air fatigué, a brièvement pris la parole lors de ce 
meeting avant d'expliquer qu'il devait retourner participer aux 
discussions avec les députés.  
    Si la chambre basse se prononce en faveur de la destitution 
dimanche, il appartiendra ensuite au Sénat de se prononcer sur 
le renvoi de la présidente devant la justice pour infraction aux 
règles budgétaires. Si elle perd ce vote, qui pourrait avoir 
lieu le 10 ou le 11 mai, elle sera automatiquement suspendue et 
remplacée par Michel Temer.  
    Ce dernier, qui assurerait la présidence jusqu'en 2018 si 
Dilma Rousseff était jugée coupable par le Sénat, n'a que peu de 
soutiens politiques.  
    Si elle survit au vote de dimanche, la présidente restera 
très affaiblie et les observateurs estiment que sa promesse de 
former alors un gouvernement d'union nationale a peu de chances 
d'être tenu au vu des divisions profondes créées par la crise.  
     
 
 (avec Eduardo Simoes et Alonso Soto; Marc Angrand pour le 
service français) 
 

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