Brésil-Nouvelles manifestations, Lula investi malgré la justice

le , mis à jour à 21:24
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 (Actualisé avec précisions sur les manifestations, sur 
l'enregistrement téléphonique) 
    par Anthony Boadle et Leonardo Goy 
    BRASILIA, 17 mars (Reuters) - L'ancien président brésilien 
Luiz Inacio Lula da Silva a été officiellement investi jeudi au 
poste de secrétaire général du gouvernement de la présidente 
Dilma Rousseff, malgré les manifestations contre cette 
nomination qui se sont poursuivies pour la deuxième journée de 
suite. 
    Les manifestants réclament aussi la démission de la 
présidente. 
    Peu après la cérémonie d'investiture de Lula, un juge 
fédéral a émis un ordre de suspension de sa nomination, au motif 
qu'elle était de nature à nuire à la "libre administration de la 
justice." Le gouvernement a annoncé son intention de contester 
cette décision judiciaire par le biais des services du parquet 
général. 
    Lula, qui reste un des politiques les plus influents du 
Brésil six ans après la fin de son mandat, a été inculpé la 
semaine dernière de blanchiment d'argent et de fraude dans le 
cadre d'une vaste affaire de corruption dont le centre est la 
compagnie pétrolière publique Petrobras  PETR4.SA . Le procureur 
fédéral a en outre réclamé son placement en détention. 
    Dilma Rousseff a demandé à son ancien mentor en politique 
d'entrer au gouvernement pour tenter de resserrer les rangs de 
la coalition au pouvoir alors qu'une procédure de destitution à 
son encontre devait être lancée jeudi. 
    L'entrée au gouvernement de l'ancien président lui 
accorderait une certaine immunité en matière de poursuites. Au 
Brésil, seule la Cour suprême peut juger les ministres. 
    Lors de la cérémonie d'investiture de Lula, Dilma Rousseff a 
fortement critiqué la diffusion d'une conversation téléphonique 
entre elle et Lula, rendue publique mercredi par un autre juge 
fédéral, le juge Sergio Moro, chargé de l'affaire de corruption. 
    Les dialogues enregistrés, a dit le juge Moro, ne donnent 
pas en eux-mêmes la preuve que Lula et Rousseff ont dressé des 
plans pour s'immiscer dans son enquête mais ils montrent qu'ils 
avaient discuté de la possibilité de pouvoir influencer le 
système judiciaire pour protéger l'ancien président. 
    Il a dit avoir décidé de publier l'enregistrement parce que 
les citoyens ont le droit de savoir comment ils sont gouvernés. 
        
    CIMENTER LA COALITION 
    Un des enregistrements rendus publics fait entendre Rousseff 
proposant à Lula de lui envoyer en urgence une copie de sa 
nomination "en cas de nécessité", référence possible au poste 
ministériel devant lui fournir une immunité immédiate. 
    "Ébranler la société brésilienne par des mensonges, des 
pratiques répréhensibles, viole les droits constitutionnels 
ainsi que les droits des citoyens", a déclaré la présidente, qui 
doit elle-même faire face à des demandes de démission. 
    Avant la cérémonie d'investiture, partisans et adversaires 
de Lula se sont affrontés devant le palais présidentiel à 
Brasilia. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour mettre 
fin à ces heurts et disperser 300 militants de l'opposition qui 
cherchaient à pénétrer sur le parvis, occupé par un nombre 
équivalent de partisans de la majorité. 
    Des manifestations ont également eu lieu à Sao Paulo et Rio 
de Janeiro. Dans le centre de San Paulo, capitale économique du 
pays, plusieurs centaines de manifestants favorables à la 
destitution de la présidente et à l'arrestation de Lula ont 
bloqué l'avenue Paulista. 
    La procédure de destitution devrait commencer jeudi au 
Congrès par la mise en place de la commission chargée 
d'auditionner les protagonistes à la chambre basse. 
    Les partisans du pouvoir comptent sur le retour de Lula au 
pour cimenter la coalition qui se fissure entre le Parti des 
travailleurs (PT, gauche), qui est le parti de Lula et de 
Rousseff, et les autres partis soutenant le gouvernement, le 
Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) et le Parti 
socialiste (PSB). 
    La Bourse de Sao Paolo était en hausse jeudi, les 
investisseurs pariant sur le départ de la présidente de gauche 
et sur son remplacement par un gouvernement plus favorable aux 
marchés. 
    Mercredi, la nomination de Lula au secrétariat général du 
gouvernement avait déclenché une série de manifestations dans 
plusieurs villes du pays, quelques jours seulement après les 
grandes manifestations de dimanche où plus d'un million de 
Brésiliens sont descendus dans la rue pour demander la démission 
de la présidente. 
 
 (Avec Caroline Stauffer; Jean-Philippe Lefief et Danielle 
Rouquié pour le service français) 
 

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