Brésil-Dilma Rousseff se défend devant le Sénat

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    par Anthony Boadle 
    BRASILIA, 29 août (Reuters) - Dilma Rousseff, la présidente 
brésilienne suspendue de ses fonctions, se défendra lundi devant 
le Sénat brésilien pour la dernière audience de son procès en 
destitution, susceptible de mettre fin à son second mandat et à 
treize ans de gouvernements de gauche. 
    Rousseff, accusée d'avoir engagé des dépenses sans 
l'approbation du Congrès et d'avoir maquillé les comptes publics 
pour dissimuler l'ampleur du déficit budgétaire lors de la 
campagne présidentielle de 2014, a démenti tout abus.  
    Elle dénonce le processus de destitution lancé à son 
encontre en décembre comme une conspiration contre le Parti des 
travailleurs (PT) et ses politiques en faveur des Brésiliens les 
plus modestes. 
    Mais depuis sa réélection en 2014, Dilma Rousseff a vu 
fondre sa popularité auprès des Brésiliens, en lien avec le 
scandale de corruption de l'entreprise d'Etat Petrobras, et sur 
fond de récession économique. 
    Le vote final devrait avoir lieu dans la nuit de mardi à 
mercredi. Si la destitution est votée, le vice-président Michel 
Temer, âgé de 75 ans, qui assure l'intérim à la tête de l'Etat 
depuis mi-mai en attendant le procès, sera confirmé à la 
présidence pour le reste du mandat de Rousseff, jusqu'en 2018. 
    Issu du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), de 
centre-droit, il promet de mettre en oeuvre des mesures 
d'austérité impopulaires pour limiter le déficit brésilien. 
    "Elle va demander aux sénateurs indécis de respecter la 
démocratie et de mettre fin au coup qui est en cours", a dit à 
Reuters un porte-parole de la présidente. "Elle a bon moral", 
a-t-il ajouté. 
    Dans un discours d'une demi-heure, Rousseff va évoquer selon 
son porte-parole son combat personnel pour la démocratie et 
notamment, bien avant son élection à la présidence, son 
arrestation par la dictature militaire en 1970 et les tortures 
subies alors qu'elle était membre d'un mouvement de résistance. 
    Vingt de ses anciens ministres, ainsi que son mentor et 
fondateur du Parti des travailleurs, l'ex-président Luiz Ignacio 
Lula da Silva, seront présents au Sénat pour la soutenir. 
    Ses chances d'échapper à une destitution étant minces, Dilma 
Rousseff pourrait chercher à dénoncer ce qu'elle conçoit comme 
un putsch aux apparences légales, plutôt que de se défendre des 
accusations qui pèsent à son encontre. 
     
    54 VOTES REQUIS  
    Le président par intérim Michel Temer est convaincu 
d'obtenir le vote de deux tiers des sénateurs, nécessaire pour 
révoquer Rousseff. Il a prévu de s'adresser aux Brésiliens 
mercredi, avant de s'envoler pour le sommet du Groupe des Vingt 
en Chine. 
    "Il nous faut 54 votes, et nous nous attendons à en obtenir 
au moins 60", a dit à Reuters son porte-parole, Marcio de 
Freitas. Un grand nombre de votes contre Dilma Rousseff sera 
interprété par Michel Temer comme un signal d'encouragement pour 
mettre en oeuvre son programme d'austérité, a-t-il poursuivi. 
    Selon un sondage publié dimanche par le quotidien El Globo, 
53 sénateurs voteront contre Dilma Rousseff et 18 la 
soutiendront, bien en-dessous des 28 nécessaires pour lui éviter 
d'être révoquée. Dix sénateurs n'ont pas fait part de leur 
position, ou n'ont pas été interrogés dans cette étude. 
    Même parmi certains sénateurs peu convaincus du motif 
invoqué pour sa destitution, certains comptent voter contre 
Dilma Rousseff, jugeant que son retour ne ferait que prolonger 
la crise politique qui frappe le Brésil. 
    "Je vais voter contre elle, même si je pense que c'est une 
tragédie de destituer un président élu, mais deux ans et demi 
supplémentaires de gouvernement Rousseff seraient pires", a dit 
le sénateur centriste Cristovam Buarque, joint par téléphone. 
    Roussef a perdu ses soutiens au Parlement et à la Chambre 
des députés, juge le sénateur, estimant qu'elle n'est plus en 
mesure de diriger le pays. 
    Helio Jose, sénateur du PMDB et ex-porte parole du 
gouvernement de Rousseff au Sénat, n'a pas révélé pour qui il 
voterait. Contacté par téléphone, il juge cependant que Temer 
fait un travail honnête pour restaurer la stabilité. 
    "Je ne pense pas que le retour de Dilma Rousseff soit une 
bonne chose pour le pays. Temer a construit des soutiens au 
Congrès pour faire passer les mesures d'austérité dont nous 
avons besoin pour reprendre confiance et attirer les 
investissements au Brésil", juge-t-il. 
 
 (Julie Carriat pour le service français) 
 
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