Brésil-Démission du ministre du Tourisme, Michel Temer fragilisé

le
0
    par Lisandra Paraguassu 
    BRASILIA, 17 juin (Reuters) - Le ministre brésilien du 
Tourisme, Henrique Eduardo Alves, visé dans l'enquête sur des 
faits de corruption liés à la compagnie pétrolière publique 
Petrobras  PETR4.SA , a démissionné jeudi. 
    Il est le troisième ministre du gouvernement mis en place 
par le président par intérim Michel Temer, qui a pris ses 
fonctions le 12 mai dernier, à démissionner pour son implication 
présumée dans l'affaire Petrobras, après le ministre du Plan 
Romero Juca et le ministre de la Transparence Fabiano Silveira. 
    Michel Temer a lui-même été mis en cause pour la première 
fois par un témoignage rendu public mercredi par la Cour suprême 
et a démenti toute implication.   
    Ex-sénateur centriste et ancien chef de la branche 
transports de Petrobras, Transpetro, Sergio Machado multiplie 
les aveux impliquant amis et alliés depuis qu'il est aux mains 
des autorités. Le ministre du Tourisme fait partie d'une 
vingtaine de responsables mis en cause par ses révélations. 
    Sergio Machado a rapporté que Henrique Eduardo Alves, 
parlementaire depuis une quarantaine d'années, avait sollicité 
une contribution à la campagne du Parti du mouvement 
démocratique brésilien (PMDB) d'un montant de 1,55 million de 
réals (400.000 euros).  
    La somme a selon lui été versée légalement par des groupes 
industriels, mais était le résultat de dessous-de-table sur des 
contrats avec Petrobras. 
    Henrique Alves a démenti les accusations et a déclaré 
mercredi soir que les contributions à ses campagnes avaient été 
faites dans les règles et avaient été déclarées aux autorités. 
    Sa démission accroît encore les difficultés que connaît le 
ministère du Tourisme à l'approche des Jeux olympiques de Rio, 
qui s'ouvrent le 5 août. La campagne de marketing mondiale de 
l'événement a été repoussée de plusieurs mois à cause de la 
valse ministérielle que connaît Brasilia, avec la suspension de 
la présidente Dilma Rousseff. 
    "Je ne veux pas créer de gêne ou de difficultés pour le 
gouvernement", a dit Henrique Alves dans une lettre adressée au 
président par intérim, expliquant qu'il quittait ses fonctions 
pour mieux se défendre des accusations dont il fait l'objet. 
     
    "UNE SUGGESTION INSENSÉE" 
    Sergio Machado a également mis en cause Michel Temer 
lui-même, l'accusant d'avoir sollicité des fonds pour la 
campagne municipale du parti centriste de 2012 à Sao Paolo à 
travers un montage financier similairement lié à Petrobras, où 
le versement légal des sommes a été fait par le conglomérat 
industriel Queiroz Galvao. 
    Temer a rejeté les accusations de corruption à son égard, 
les qualifiant d'"irresponsables, ridicules, mensongères et 
criminelles" et a promis jeudi dans un discours à la nation que 
son gouvernement ne se laisserait pas détourner des réformes 
qu'il entend mener pour restaurer l'économie. 
    "Nous ne tolérerons pas les affirmations de cette nature", 
a-t-il dit dans le discours préparé à la hâte. "Une suggestion 
insensée comme celle-là peut perturber le travail du 
gouvernement. Mais je veux affirmer que rien n'entravera notre 
désir, notre mission et notre volonté de faire ce que le 
président doit faire, dès maintenant." 
    Les accusations apportent une lueur d'espoir pour la 
présidente suspendue Dilma Rousseff et ses alliés du Parti des 
travailleurs, qui accusent Michel Temer d'avoir organisé la 
procédure de destitution à son encontre pour masquer leur propre 
implication dans le scandale Petrobras. 
    Soupçonnée d'avoir manipulé les comptes publics pour 
faciliter sa réélection en 2014, Dilma Rousseff fera l'objet 
d'un procès en destitution au Sénat au mois d'août. 
    Sur les 55 sénateurs qui se sont prononcés le mois dernier 
pour sa suspension en vue du procès, plusieurs dizaines seraient 
maintenant indécis quant à l'idée de la condamner, rapportent 
les médias brésiliens. 
    Il suffirait qu'un petit nombre d'entre eux basculent et le 
camp de Michel Temer n'aurait plus les 54 voix nécessaires, soit 
deux-tiers des 81 sièges que compte le Sénat, pour faire 
condamner Dilma Rousseff. 
    Si elle est condamnée, ce que de nombreux experts prévoient, 
la présidente de gauche devra quitter définitivement ses 
fonctions et Michel Temer assurera l'intérim jusqu'aux 
prochaines élections, en 2018. 
    Cherchant à s'allier le plus grand nombre, Dilma Rousseff a 
proposé la semaine dernière l'organisation d'un référendum sur 
une éventuelle élection présidentielle anticipée si elle échappe 
à la procédure de destitution qui la vise.   
 
 (Jean-Stéphane Brosse et Julie Carriat pour le service 
français, édité par Danielle Rouquié) 
 

Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant