Bravant les taliban, les Afghans désignent leur président

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LES AFGHANS AUX URNES MALGRÉ LES MENACES DES TALIBAN
LES AFGHANS AUX URNES MALGRÉ LES MENACES DES TALIBAN

par Mirwais Harooni et Praveen Menon

KABOUL (Reuters) - Le second tour de l'élection présidentielle s'est déroulé dans un calme relatif, samedi, en Afghanistan, où les électeurs étaient appelés à choisir le successeur d'Hamid Karzaï, au pouvoir depuis la chute des taliban, en 2001.

Le scrutin oppose l'ex-ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah, ancien conseiller d'Ahmed Shad Massoud, à Ashraf Ghani, anthropologue et économiste passé par la Banque mondiale.

Au premier tour, le 5 avril, Abdullah est arrivé en tête avec 45% des voix et Ghani en a obtenu 31,6%.

Les taliban s'étaient jurés de multiplier les actes de guérilla à l'occasion du scrutin, mais, comme au premier tour, la flambée de violence redoutée n'a pas eu lieu.

A Kaboul, des tirs de roquettes qui ont fait un blessé n'ont pas dissuadé les électeurs de se rendre aux urnes. De longues files d'attente se sont formées devant les bureaux de vote, qui ont fermé leurs portes à 16h00 (11h30 GMT).

Le dépouillement a débuté immédiatement, mais les résultats ne sont pas attendus avant le 2 juillet. En ce qui concerne la participation, elle se situe aux alentours de 60%, comme au premier tour, selon Ahmad Yousuf Nuristani, président de la commission électorale. Sept des douze millions d'inscrits sont allés voter, a-t-il précisé.

"Sur la base de ce que j'ai vu, cette journée électorale a été très calme et les services de sécurité ont été vigilants", s'est félicité Thijs Berman, chef de la mission d'observation de l'Union européenne, interrogé par Reuters.

Deux dignitaires tribaux ont toutefois été tués dans la province de Kunar pour avoir bravé l'appel des taliban au boycott du scrutin. Au total, 150 attentats et autres tirs de roquettes ont été signalés à l'échelle nationale, selon le ministère de l'Intérieur.

"Aujourd'hui, l'Afghanistan fait un pas vers la stabilité, le développement et la paix. Sortez et choisissez votre destin", avait lancé Hamid Karzaï en début de journée après avoir voté.

"UNE NOUVELLE ÈRE"

Son successeur devra gérer le départ de l'essentiel des forces étrangères déployées en Afghanistan.

Il y a aujourd'hui 33.000 soldats américains en Afghanistan, auxquels s'ajoutent les 17.000 militaires détachés par d'autres pays sous le drapeau de l'Isaf, la Force internationale d'assistance à la sécurité sous commandement de l'Otan, dont la mission arrivera à terme à la fin de l'année.

Au plus fort de la présence militaire américaine, en 2011, le contingent était de 100.000 hommes. Après le retrait programmé pour la fin de l'année, il ne devrait plus en rester que 9.800, chargés de former les forces afghanes et de mener des opérations de contre-terrorisme.

"La sécurité est une inquiétude mais le peuple Afghan a jusqu'ici déjoué les menaces", a estimé Abdullah Abdullah.

Coté américain, l'ambassadeur James Cunningham, a assuré que Washington coopérerait avec le vainqueur, quel qu'il soit. "Ce jour marque le début d'une nouvelle ère pour l'Afghanistan et les Afghans peuvent être fiers de ce qu'ils ont accompli", dit-il dans un communiqué.

La plus grande inquiétude serait que le vote débouche sur un résultat serré susceptible de fournir au battu un prétexte pour contester la régularité du scrutin. Dans le pire des cas, les fracture ethniques risqueraient de se rouvrir.

"Nous demandons à tout le monde de prévenir et de dissuader la fraude et le bourrage des urnes afin que nous puissions avoir un scrutin transparent, libre et équitable", a déclaré Ghani.

Les deux candidats ont toutefois taxé à plusieurs reprises le personnel électoral d'incompétence et des plaintes sont à prévoir.

(Avec Hamid Shalizi et Jessica Donati,; Henri-Pierre André, Nicolas Delame et Jean-Philippe Lefief pour le service français)

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