Bras de fer entre Bercy et la Défense sur le budget

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NOUVEAU BRAS DE FER SUR LE BUDGET DE LA DÉFENSE
NOUVEAU BRAS DE FER SUR LE BUDGET DE LA DÉFENSE

par Marine Pennetier

PARIS (Reuters) - Un an après une première épreuve de force, le ministère de la Défense engage un nouveau bras de fer avec Bercy sur le budget alloué aux armées sur fond de rumeurs de menaces de démission d'officiers généraux et d'inquiétudes des industriels.

Face au mécontentement grandissant, le Premier ministre Manuel Valls s'est efforcé vendredi d'apaiser les tensions en assurant que les inquiétudes n'avaient pas lieu d'être et que la loi de programmation militaire serait "totalement préservée".

A l'Elysée, on indique que François Hollande rendra ses arbitrages "dans les prochaines semaines".

Le gouvernement doit présenter le 11 juin son projet de budget rectificatif pour 2014 et fixera parallèlement les efforts budgétaires que chaque ministère devra consentir dans le cadre de la préparation du budget 2015, année pour laquelle une vingtaine de milliards d'euros d'économies est prévue au total.

Dans une lettre adressée le 9 mai à Manuel Valls, Jean-Yves le Drian met en garde le Premier ministre contre les graves conséquences militaires, industrielles et sociales qu'auraient de nouvelles coupes budgétaires.

"La Défense ne peut absorber une perte de crédits en 2014, ni sur sa masse salariale, ni sur ses crédits de fonctionnement", dit le ministre dans cette lettre révélée par Le Figaro et dont le contenu a été confirmé à Reuters.

De telles contraintes "impactent l'entraînement des armées, déjà inférieur aux normes internationales", ajoute-t-il, évaluant à 355 millions d'euros les efforts réalisés cette année par son ministère et les 82.000 emplois qui auront été supprimés dans la défense en 2019.

DES "RUMEURS" SELON VALLS

Interrogé à ce sujet vendredi, Manuel Valls a estimé qu'il était temps de "tourner la page de ce débat, de ces rumeurs".

"Ces inquiétudes n'ont pas lieu d'être", a-t-il dit la presse, soulignant que la souveraineté nationale s'exerçait à la fois à travers le budget de la Défense et la lutte contre l'endettement de la France.

"Mais dans ce cadre-là, les armées ont déjà fait beaucoup d'efforts. Des efforts sont prévus, mais la loi de programmation militaire doit être totalement préservée de ces nouveaux efforts", a-t-il dit.

Depuis plusieurs semaines, le mécontentement gronde dans les rangs de l'armée face à la perspective d'une éventuelle révision de la loi de programmation militaire 2014-2019, qui avait fait l'objet d'une longue et intense négociation.

"Il est évident que si les règles du jeu sont changées en cours de route, il y aura des conséquences", dit un militaire. "Dès lors que le costume a été taillé au plus juste, il y aura des choix à faire, c'est donc effectivement une préoccupation".

Adoptée en décembre, la LPM octroie 190 milliards d'euros de crédits sur la période 2014-2019 et acte 7.881 suppressions de postes en 2014. Le budget annuel est de 31,4 milliards d'euros jusqu'en 2016 et progressera légèrement par la suite.

Bien que François Hollande se soit engagé à plusieurs reprises à sanctuariser les budgets prévus par la LPM, des rumeurs circulent depuis quelque temps sur une réduction des crédits militaires qui pourraient aller jusqu'à 2,3 milliards d'euros d'ici 2017 selon Les Echos.

Le ministre des Finances Michel Sapin, il a admis récemment que les armées auraient à fournir un effort qu'il n'a pas chiffré, dans le cadre de la politique de maîtrise des dépenses publiques engagée par le gouvernement.

LES INDUSTRIELS INQUIETS

Des déclarations qui n'ont de toute évidence pas rassuré les officiers généraux dirigeant les trois armées (terre, air, marine) qui auraient quelques jours plus tôt envisagé de démissionner, selon Le Canard Enchaîné.

Face à cette fronde qui intervient au moment où la France est notamment engagée en Centrafrique et au Mali et où elle s'apprête à se déployer plus largement dans le Sahel pour lutter contre le "terrorisme" à échelle régionale, l'Elysée assure que rien n'a encore été tranché.

Du côté des industriels, on ne cache pas ses inquiétudes.

Dans sa lettre, Jean-Yves Le Drian anticipe en cas de coupes budgétaires la nécessité d'avoir à reporter à 2016 des programmes prévus en 2014 et 2015, "soit un total d'environ 7 milliards d'euros de commandes non passées".

Les dirigeants des principaux groupes industriels concernés ont été reçus vendredi matin au ministère de la Défense, selon un porte-parole de l'un d'entre eux.

Le 15 mai dernier, les dirigeants d'Airbus Group, Dassault Aviation, DCNS, MBDA, Nexter, Safran et Thales avaient adressé une lettre au chef de l'Etat pour le mettre en garde contre les "conséquences dramatiques" de nouvelles coupes budgétaires.

"Des considérations de court terme menacent de briser aujourd'hui ce fragile équilibre", écrivaient-ils, dans un secteur déjà touché de plein fouet par des "licenciements, décrochage technologique, perte de compétitivité et de souveraineté, déclassement et désindustrialisation".

(Avec Elizabeth Pineau, Jean-Baptiste Vey et Cyril Altmeyer, édité par Yves Clarisse)

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  • g.marti4 le vendredi 23 mai 2014 à 19:23

    En Alsace ce sont surtout les élus eux-même qui ont voté, la population, elle, ayant zappé. Et comme les élus ne voulaient pas se voir leur gamelle supprimée, ils ont voté "contre". Voilà ce qui explique l'échec du regroupement des deux régions. Cette réforme doit venir "d'en haut", il ne faut pas consulter la population. Quand les départements ont été crées croyez vous qu'il y a eu un référendum ? Un référendum n'est valable que lorsqu'on est sûr du résultat, ce qui enlève tout son intérêt.

  • jean-648 le vendredi 23 mai 2014 à 19:14

    Quand on veut supprimer les départements et garder que des grandes régions (plusieurs régions actuelles) ce qui aurait comme avantage de réduire de quelques milliers de fonctionnaires (copains de politiciens qui ont perdu des élections et autres) et que l'on propose un référendum, résultat les gens votent contre. Voir en Alsace en 2013. Comprenne qui pourra.

  • gl060670 le vendredi 23 mai 2014 à 18:23

    que font ils de notre pays !!! j'espère que cela ne sera pas une nouvelle page d'histoire .

  • g.marti4 le vendredi 23 mai 2014 à 18:19

    Des économies ??? Nous pouvons en faire parmi cette foule de politicards et d'élus qui passent leur temps à se bouffer le Q et à se gaver sur notre dos. Comme ils sont juges et partis c'est presque du domaine de l'impossible de les réduire. Alors la solution ? Que l'Armée prenne le pouvoir, s’occupe du mille feuilles, lance des élections pour réduire députés et sénateurs. L'Armée sait comment s'y prendre, les politiques le lui ont imposé depuis 1981 et elle a réussi à le faire.

  • M940878 le vendredi 23 mai 2014 à 17:42

    plus de budget pour protéger les français , seulement une redistribution aux étrangers africains qui nous polluent avec leurs mosquées

  • leisenb1 le vendredi 23 mai 2014 à 15:59

    Faut bien trouver de l'argent pour payer les sénateurs qui ne servent à rien, les députés véreux et les dizaines de milliers d'élus planqués.

  • bordo le vendredi 23 mai 2014 à 14:47

    C'est évidemment facile pour les occupants de Bercy. L'armée ne se plaint pas, est la seule administrion française à s'être profondément réformée, et de leur point de vue, ne sert à rien. En plus, de nombreux fonctionnaires, du moins ceux ayant connu le service militaire se seraient fait réformer en prétextant des "troubles psychologiques graves". Et si c'était vrai ?

  • M940878 le vendredi 23 mai 2014 à 14:19

    politique socialiste oblige , on ne veut plus protéger les français mais donner de l'argent aux parasites venus d'ailleurs