Bras de fer autour du groupe Doux à Quimper

le
0

par Pierre-Henri Allain

QUIMPER, Finistère (Reuters) - Les deux principaux candidats à la reprise du groupe Doux - son PDG Charles Doux et le consortium réuni par Sofiprotéol - se sont livrés vendredi par avocats interposés une rude bataille au tribunal de commerce de Quimper (Finistère) où se tenait une audience pour examiner leurs offres respectives.

La décision du tribunal de commerce a été mise en délibéré au 1er août.

Le consortium dirigé par Sofiprotéol a fait une offre prévoyant le maintien de 2.707 salariés et 371 reclassements sur un total de 4.195 salariés.

Charles Doux présente quant à lui un plan de continuation qui prévoit la prise de contrôle du groupe par la banque Barclays à hauteur de 80% et la préservation d'environ 3.100 emplois au cas où le pôle frais serait repris par deux sociétés concurrentes.

Les syndicats sont divisés sur les deux offres, tandis que les éleveurs préfèrent le plan de continuation de Charles Doux.

"Le plan de continuation présenté par Charles Doux est un plan cohérent sur l'emploi, sur le maintien de la filière et sur la relation d'intégration avec les éleveurs", a déclaré Me Maurice Lantourne, représentant les intérêts du volailler, en marge de l'audience.

L'avocat n'a pas ménagé ses attaques envers le projet de reprise présenté par une dizaine d'entreprises réunies autour de Sofiprotéol, organisme financier spécialisé dans les huiles et protéines végétales.

"Il s'agit d'une somme de petits intérêts particuliers qui n'ont rien à voir avec l'intérêt général, c'est un démantèlement organisé, une spoliation", a-t-il estimé, jugeant que son "indivisibilité" n'était qu'une façade.

S'exprimant à la barre, Philippe Tillous-Borde, président de Glon-Sanders, filiale de Sofiprotéol, a défendu son projet en expliquant qu'il s'agissait "d'un tout" recouvrant l'ensemble de la filière, et qu'aucune candidature n'avait été écartée pour y participer.

"Il y a une logique, une cohérence économique dans ce que l'on a fait, c'est pourquoi on ne peut plus dissocier les offres de notre projet", a dit à Reuters Thierry Cotty, avocat de Sofiprotéol.

DISSOCIATION DES OFFRES?

Devant les juges, Me Guilhem Bremond, qui représente Sofiprotéol, a répété que les offres du consortium se partageant une bonne partie du groupe Doux était "indissociables" tout en reconnaissant que ces sociétés n'étaient pas pour autant "solidaires".

Régis Valliot, administrateur judiciaire chargé du redressement du groupe depuis son dépôt de bilan le 1er juin, a appelé de ses voeux une dissociation de ces offres pour pouvoir céder le pôle frais, très déficitaire, et poursuivre l'activité des pôles export et produits élaborés.

"La trésorerie ne permet pas de continuer en l'état l'activité du groupe", a t-il déclaré aux juges, soulignant que les apports d'argent supplémentaires annoncés par Charles Doux ces derniers jours, notamment par la banque Barclays, étaient seulement destinés aux pôles export et produits élaborés.

L'administrateur judiciaire a salué l'offre de Sofiprotéol dans la mesure où elle offre d'après lui une perspective de "pérennité satisfaisante" compte tenu de "la mutualisation des risques". Il a toutefois regretté l'abandon de "4 ou 5 sites" et "la décapitation" du groupe, dont la centaine d'emplois administratifs et de direction du siège seraient sacrifiés.

Régis Valliot a indiqué que le groupe était au 27 juillet "plus qu'exsangue", avec une "insuffisance" de trésorerie estimée entre 7 et 9 millions d'euros.

Le procureur de la République, Eric Tuffery, s'est pour sa part interrogé sur la validité de l'offre de reprise de Sofiprotéol.

"Cette offre de cession me déçoit. Le volet social y est assez souvent massacré. Il y aura des morts (...) Des efforts plus significatifs auraient dû et pu être faits", a t-il dit.

Edité par Marine Pennetier

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant