Bradley Manning risque une longue peine de prison

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BRADLEY MANNING JUGÉ NON COUPABLE D'INTELLIGENCE AVEC L'ENNEMI
BRADLEY MANNING JUGÉ NON COUPABLE D'INTELLIGENCE AVEC L'ENNEMI

par Medina Roshan

FORT MEADE, Maryland (Reuters) - Une cour martiale américaine a reconnu mardi le soldat Bradley Manning coupable de 19 des 21 chefs d'inculpation retenus contre lui, sans toutefois retenir le plus grave, celui d'"intelligence avec l'ennemi".

Le jeune homme de 25 ans, accusé d'avoir fourni des centaines de milliers de documents confidentiels au site internet WikiLeaks, risque toutefois une longue peine d'emprisonnement.

La juge, la colonelle Denise Lind, a estimé que le première classe de l'US Army était, entre autres, coupable de cinq chefs d'espionnage pour avoir remis au site de Julian Assange une telle masse de documents "sensibles" concernant des vidéos de combats et des télégrammes diplomatiques censés rester confidentiels.

Les défenseurs de Bradley Manning ont toutefois été soulagés de constater que le chef d'inculpation d'intelligence avec l'ennemi n'avait pas été reconnu, même si WikiLeaks a réagi en dénonçant "un nouveau précédent extrêmement grave".

Le jeune homme, en poste comme analyste subalterne à Bagdad au moment de son arrestation il y a trois ans, reste passible de pas moins de 136 années de prison militaire.

La présidente Denise Lind devrait aborder la question de la sentence mercredi.

Le gouvernement fédéral, qui estime que cette affaire porte sérieusement atteinte à la sécurité nationale, était partisan d'une sentence de réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.

L'avocat de Bradley Manning a rejeté vendredi l'accusation de trahison invoquée par Washington. "C'est quelqu'un qui veut informer l'opinion publique américaine", avait déclaré David Coombs au cours de sa plaidoirie.

MANNING ET SNOWDEN

L'intelligence avec l'ennemi est un crime passible de la peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.

Depuis le début du procès, la défense du prévenu s'est efforcée de faire apparaître Bradley Manning comme un garçon naïf, plein de bonnes intentions et désireux de montrer aux Américains la réalité des guerres d'Afghanistan et d'Irak.

Le ministère public avait prononcé la semaine dernière un réquisitoire de cinq heures, soutenant pour sa part que Bradley Manning avait porté atteinte à la sécurité nationale des Etats-Unis en fournissant des documents confidentiels à WikiLeaks, notamment des vidéos d'attaque de l'hélicoptère de combat Apache, des télégrammes diplomatiques ainsi que des détails secrets sur les prisonniers détenus à Guantanamo.

Une trentaine de partisans du jeune homme se sont rassemblés mardi devant la cour martiale de Fort Meade avant la lecture du verdict du tribunal.

Pour Michael Bochenek, directeur des affaires juridiques à Amnesty International, "le verdict fait certainement froid dans le dos aux tenants du journalisme d'investigation, à tous ceux qui pourraient disposer d'informations devant, selon eux, être portées à la connaissance de l'opinion publique". "Le message donné est que le gouvernement ne vous lâchera pas", a-t-il dit.

L'affaire Manning n'est pas unique en son genre aujourd'hui aux Etats-Unis: un ancien analyste de l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA), Edward Snowden, est bloqué depuis plus d'un mois dans la zone internationale d'un aéroport moscovite après avoir révélé l'ampleur du programme d'espionnage sur internet et par téléphone des Etats-Unis dans le monde.

Jean-Loup Fiévet et Hélène Duvigneau pour le service français

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