Boxe: Jean-Marc Mormeck va combattre pour l'histoire

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JEAN-MARC MORMECK VA COMBATTRE LE CHAMPION DU MONDE WLADIMIR KLITSCHKO
JEAN-MARC MORMECK VA COMBATTRE LE CHAMPION DU MONDE WLADIMIR KLITSCHKO

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - A 37 ans, âge auquel le gong a déjà retenti pour de nombreux boxeurs, Jean-Marc Mormeck s'apprête à disputer le combat d'une vie.

Le 3 mars, il tentera de ravir à l'Ukrainien Wladimir Klitschko le titre de champion du monde des poids lourds et devenir ainsi le premier Français sacré dans cette catégorie.

L'ancien patron des lourds-légers, organisateur de ce combat, s'est façonné un défi sur mesure: entrer dans l'histoire de la boxe française, mais aussi prouver, à lui-même et aux autres, que rien n'est inaccessible.

"Pour moi, aujourd'hui, c'est le combat unique", lâche-t-il à l'issue d'une matinée d'entraînement à l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep), à propos du rendez-vous de Düsseldorf, en Allemagne.

Dans quinze jours se dressera dans le coin opposé un boxeur à peine plus jeune - presque 36 ans - mais au palmarès éloquent.

Wladimir Klitschko, colosse de 1m98 auquel le Français rend 17 cm sous la toise, compte 56 victoires en professionnel pour trois défaites, et détient les couronnes WBA, IBF et WBO, trois des quatre grandes organisations mondiales de boxe.

"On parle de combat de l'histoire parce qu'en France, il n'y a jamais eu de champion du monde des poids lourds. Il y a eu deux tentatives, je serai le troisième (...) On se dit que ça va être dur, mais ce n'est pas impossible", lâche Jean-Marc Mormeck.

Le Guadeloupéen, ancien mi-lourd qui a trouvé la gloire en lourds-légers dont il a été champion du monde WBA et WBC, se rêve un destin à la Evander Holyfield, géant américain de la boxe, sacré dans les deux catégories dans les années 1980 puis 1990.

"En rêvant un peu, j'espère bien avoir la même trajectoire puisque j'ai fait le même cursus", dit Jean-Marc Mormeck.

INFLUENCE AMÉRICAINE

Ce modèle en tête, il a puisé aux Etats-Unis la force de se projeter vers un défi que peu ont tenté avant lui.

Chez les lourds, l'histoire de la boxe se raconte sans la France, qui n'a pu compter que sur Georges Carpentier en 1921 et Lucien Rodriguez en 1983 pour s'y risquer.

"Je suis un mi-lourd qui monte, change de catégorie, qui travaille pour y être. J'ai cette influence américaine qui m'a permis de faire ça, parce que je suis parti pendant six ans", expose-t-il.

"Rien que la catégorie fait peur ! Les poids lourds, c'est Mike Tyson, c'est les grands noms comme ça, Lennox Lewis... Aujourd'hui c'est Klitschko et il n'y a pas beaucoup de monde qui a envie de s'y frotter, surtout nous (les Français, ndlr)."

Jean-Marc Mormeck l'a tellement voulu, lui, qu'il est donc devenu promoteur pour organiser son propre championnat du monde.

Y être arrivé lui procure une fierté tout aussi grande que celle d'écrire, peut-être, une belle page du sport tricolore.

"Je préfèrerais que les gens retiennent de moi que je suis le premier champion du monde, c'est le but", assure-t-il.

"Mais en fin de compte, je voudrais qu'on retienne que si on veut faire quelque chose, avec du courage, de l'abnégation et si on se donne les moyens, on réussit", poursuit l'homme arrivé de Guadeloupe à l'âge de six ans, à Bobigny (Seine-Saint-Denis) et qui a découvert la boxe adolescent, à Drancy.

"Tout ce que, entre guillemets, j'ai prédit, je l'ai fait (...) Mon départ aux Etats-Unis c'était pour réunifier, j'ai fait la réunification. Je voulais devenir promoteur, je le fais (...) En négociant avec la télévision pour revenir, je leur ai dit 'c'est quatre combats et le 4e ce sera un championnat du monde', donc on est dans les clous"

"JE NE DORS PAS BOXE"

L'oeil de Mormeck s'illumine au récit de ce parcours, celui d'un champion qui s'est pris en main et vit aujourd'hui par son sport, mais pas uniquement pour lui.

"J'ai besoin de faire plein de choses. Je ne dors pas boxe, je ne mange pas boxe", affirme-t-il.

Promoteur, commentateur et engagé dans d'autres affaires, Jean-Marc Mormeck revendique n'être pas seulement un athlète.

"Je fais partie de cette nouvelle génération. Avant, les sportifs se contentaient de courir vite et taper fort, sans savoir trop parler. Aujourd'hui, on essaie de comprendre les choses autour, de s'y intéresser pour pouvoir être le plus indépendant possible."

Ainsi s'exprime un besoin débordant d'activité, dont il se défend qu'il puisse l'empêcher d'être prêt le jour J.

"L'entraînement, c'est l'entraînement. Mais cela n'empêche pas qu'on puisse en sortir un peu. J'ai toujours fonctionné comme ça, plaide-t-il. C'est un plaisir d'avoir négocié, de le faire... C'est tout le projet. C'est quelque chose!"

Quelque chose qu'il ne fera peut-être qu'une fois dans sa vie.

Edité par Pascal Liétout

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