Bowie, de vive voix

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Portrait de David Bowie, devant le consulat de Grande-Bretagne, à Saint Petersbourg, le 11 janvier 2016.
Portrait de David Bowie, devant le consulat de Grande-Bretagne, à Saint Petersbourg, le 11 janvier 2016.

Réduire l’Anglais à son statut d’icône, maître des images et des attitudes, c’est minimiser l’immense chanteur qu’il fut.

Dans la cacophonie d’hommages qui chantent les louanges de David Bowie, beaucoup saluent l’incroyable photogénie du défunt, sa maîtrise des images, des attitudes, du visuel ; en un mot, sa faculté d’allier le geste à la parole, et la vision au son.

Cette lecture iconolâtre tend cependant à monter en épingle l’hétérogénéité de son œuvre, au détriment des lignes de cohérence et de continuité. A l’évidence, les images ont permis à Bowie de se représenter en éternel outsider, tantôt extraterrestre, tantôt pierrot lunaire, ici zombie, là Lazare ressuscité d’entre les morts, toujours drapé dans des habits d’étrangeté.

Mais, derrière cette distanciation de surface, vibre un Bowie plus proche ; sous la carapace de l’alien altier et hautain, un frère d’humanité crie, psalmodie, fredonne, brame, vocalise. Ce Bowie-là ne paraît, ni ne parade guère ; il se contente de chanter.

Grain rugueux et caressant Voilà, du reste, le principal fil rouge de sa carrière : ces cordes vocales proprement inouïes, reconnaissables entre toutes, ce grain à la fois rugueux et caressant, dont les accents cuivrés résistent à chaque avatar, chaque métamorphose, chaque virage conceptuel. Qu’elles assurent les parties principales, ou qu’elles harmonisent au second plan, ces cordes tiendront, vaille que vaille, le même cap, les mêmes inflexions.

D’album en album, malgré le travail du temps, elles garderont cet alliage d’élasticité et de tension, de flammes et de cendres, de théâtralité et de sincérité. Ce s...

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