Bouygues coupe dans les emplois pour tenter de survivre en solo

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NOUVEAU PLAN DE RESTRUCTURATION CHEZ BOUYGUES TELECOM
NOUVEAU PLAN DE RESTRUCTURATION CHEZ BOUYGUES TELECOM

par Gwénaëlle Barzic et Leila Abboud

PARIS (Reuters) - Bouygues Telecom prévoit de supprimer plus de 1.500 postes dans le cadre d'un nouveau plan de restructuration afin de lui permettre de subsister en solo dans un marché français des télécoms éprouvé par deux années de guerre des prix.

Réduire la voilure, simplifier le maquis des offres mobiles et enfoncer le clou dans l'offensive sur le fixe : telle est la feuille de route tracée par le PDG de l'entreprise, Olivier Roussat, pour assurer l'avenir du numéro trois français du mobile dans un marché à quatre acteurs dont la consolidation se fait attendre.

Esseulée après l'échec de sa tentative de rachat de SFR, la filiale de Bouygues s'est retrouvée ces deux derniers mois au centre de discussions portant sur son possible rachat par les opérateurs concurrents Iliad et Orange mais elles n'ont pas été fructueuses, selon le dirigeant.

"Manifestement, elles (les discussions) n'ont pas abouti", a expliqué Olivier Roussat à des journalistes.

"Notre projet c'est de faire un Bouygues Telecom qui vit durablement à quatre. Au présent, c'est le projet de Bouygues Telecom, je n'en ai pas d'autre".

Deux personnes au fait de la situation ont expliqué que les discussions avaient achoppé sur le prix, sans exclure cependant qu'elles puissent reprendre par la suite.

Selon ces deux sources, le PDG de Bouygues, Martin Bouygues, demandait une valorisation de huit milliards d'euros pour sa filiale, soit neuf fois son résultat opérationnel 2013, comme point de départ des discussions avec Iliad comme avec Orange.

Iliad était prêt à débourser entre quatre et cinq milliards d'euros. Le montant envisagé par Orange n'a pas pu être déterminé.

L'action de Bouygues a accéléré ses pertes après la publication de ces informations et clôturé en repli de 6,29% à 32,02 euros. Le titre affichait auparavant une hausse de près de 25% depuis le début de l'année, soutenu par le redressement de ses activités dans la construction et par les spéculations sur des ventes d'actifs. Orange de son côté a perdu 3,29% et Iliad a dégringolé de 6,81%.

PRÈS DE 17% DES EFFECTIFS SUPPRIMÉS

Lors d'un comité central d'entreprise, le PDG a dévoilé les détails du plan de transformation qui doit permettre au groupe d'économiser 300 millions d'euros sur ses coûts à l'horizon 2016, comme annoncé le mois dernier.

Bouygues, qui avait déjà supprimé un peu moins de 550 postes via des départs volontaires il y a deux ans, va cette fois réduire ses effectifs de 1.516 sur un total de 9.000, soit 17%.

L'informatique et le marketing seront les fonctions les plus touchées par cette nouvelle cure d'austérité qui pourrait nécessiter des départs contraints, une première dans l'histoire de la filiale de Bouygues.

Une partie des effectifs pourrait toutefois bénéficier de reclassements au sein de la maison mère qui a recruté l'an dernier 3.800 personnes.

"Nous ne sommes pas un opérateur low-cost", a cependant assuré Olivier Roussat, selon lequel le plan de restructuration ne se réduit pas à des diminutions de coûts et prévoit une refonte du modèle de l'opérateur, en perte de vitesse depuis l'arrivée de Free (Iliad) dans le mobile avec des offres à prix cassés en janvier 2012.

BOUYGUES TEL SE DÉFEND DE FAIRE DU LOW-COST

Les effectifs dédiés aux boutiques (2.500 personnes) et à la relation client (2.000) seront ainsi préservés par l'opérateur qui compte également demander à ses centres d'appel prestataires de relocaliser en France leurs prestations dans le mobile. Elles avaient été délocalisées il y a deux ans dans le cadre du précédent plan d'économies.

Bouygues Telecom prévoit en outre d'opérer une simplification radicale de ses offres dans le mobile, qui se comptent aujourd'hui par centaines, entraînant un manque de lisibilité pour les consommateurs.

L'autre axe de reconquête porte sur le fixe, segment sur lequel l'entreprise compte poursuivre la stratégie de prix agressive engagée depuis la fin d'année dernière avec une offre téléphone-internet-télévision à moins de 20 euros, vue par des experts du secteur comme une pierre dans le jardin de Free dont les marges approchent 40% dans le fixe.

Pour atteindre cet objectif, Bouygues Tel prévoit de maintenir inchangés ses investissements dans les réseaux, qui avoisinent en moyenne 500 millions d'euros par an.

"Nous sommes capables de recréer à un horizon de deux, trois ans les conditions dans lesquelles nous étions jusqu'en 2012. C'est ça notre objectif", a assuré Olivier Roussat, estimant qu'il était "triste" que l'opérateur soit acculé à supprimer des emplois malgré l'explosion des usages dans le secteur.

Face à la perspective des suppressions d'effectifs chez Bouygues Telecom, le ministre de l'Economie avait, lui, plaidé il y a quelques semaines pour une alliance de la filiale de Bouygues avec un autre opérateur.

"Bouygues peut parfaitement imaginer des solutions avec d'autres opérateurs, je l'ai dit à M. Bouygues, il le sait", avait déclaré mi-mai Arnaud Montebourg lors d'une visite d'entreprise.

(Edité par Jean-Michel Bélot)

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  • callamos le mercredi 11 juin 2014 à 17:09

    Les salariés de Bouygues sont dociles et ils partiront tous avec un bon PDV.