Bourses-Début de normalisation en Europe malgré la récession

le
0

* Les actions européennes soutenues par la reprise mondiale

* La crise systémique évitée ne pèse plus sur les Bourses

* Le risque de déflation n'est pas écarté

par Raoul Sachs

PARIS, 7 juin (Reuters) - L'adage "sell in May and go away" ne s'est pas vérifié cette année : si le devenir de l'économie européenne et plus particulièrement de la zone euro inquiète, cela ne semble pas empêcher les marchés d'actifs risqués, notamment les Bourses, de monter.

Un consensus semble se dessiner parmi les acteurs du marché : la reprise est modérée aux Etats-Unis mais elle est bien là, le monde émergent, malgré des trous d'air, restera un des moteurs essentiels de l'économie mondiale tandis que la sortie de récession en Europe reste encore incertaine.

Au cours du mois de mai, les Bourses européennes ont connu une remontée significative. Le CAC 40 .FCHI a engrangé près de 6% et l'EuroStoxx 50 .STOXX50E des valeurs vedettes de la zone euro près de 5%, les deux indices ayant gagné respectivement 12,54% et 11,06% depuis le début du "rally" boursier le 18 avril jusqu'à la fin mai.

Depuis le début du mois de juin et l'apparition des craintes de voir les banques centrales commencer à freiner leurs politiques monétaires ultra-accommodantes, à commencer par la Réserve fédérale américaine, les deux indices ont "retracé" 50% de la dernière vague de hausse.

"Les marchés actions sont en train de basculer d'un régime de crise, dans lequel ils étaient installés depuis 2008, à un régime de normalisation", estime Christophe Donay, responsable de la recherche économique et de l'allocation d'actifs à la banque suisse Pictet.

Selon lui, malgré le "strabisme divergent" des économies américaine et européenne, les marchés d'actions du Vieux Continent devraient profiter de la reprise économique mondiale, d'autant que les composants de ses grands indices boursiers sont très largement exposés aux zones de croissance économique.

"PIÈGE À LA JAPONAISE"

Anton Brender, directeur des études chez Dexia Asset Management, constate de son côté que l'activité dans les régions émergentes accélère et qu'aux Etats-Unis "l'économie se rapproche d'une croissance auto-entretenue et semble maintenant capable de résister à la restriction budgétaire en cours".

A l'inverse, en Europe, Florence Pisani, économiste chez Dexia AM, constate que si l'annonce du dispositif OMT de rachats d'emprunts d'Etat de la zone euro par la Banque centrale européenne a permis de réduire les tensions sur les dettes des pays dits périphériques, l'activité économique n'en continue pas moins de faiblir.

Elle note que "les entreprises européennes disent ne pas trouver de clients", ce qui ne les encouragent pas à investir et contribue à peser sur une demande intérieure déprimée par un excès d'austérité.

"Le pire est derrière nous. Du côté financier, les choses s'améliorent. Mais il y a un risque de stagnation prolongée si le resserrement budgétaire étouffe la croissance. Si l'Europe veut éviter de tomber dans un piège à la japonaise, il faut changer de stratégie", ajoute-t-elle.

Pour Christophe Donay, "les prémices d'une déflation par les revenus est en train de se mettre en place en Europe".

Il note que sur les 20 dernières années, le revenu disponible des ménages est 71% plus élevé aux Etats-unis qu'en Europe et que, de 1980 à maintenant, le rythme de croissance moyenne a été de 2,6% aux Etats-Unis et de 1,8% en Europe.

Dans ce contexte, il surpondère les actions, y compris européennes, la classe d'actifs s'étant selon lui affranchie du risque systémique.

Des professionnels prévoient que la Fed, même si elle a commencé à communiquer sur un début possible de sortie de sa politique d'assouplissement quantitatif par achats d'obligations, veillera à maintenir les taux bas au moins jusqu'en 2014, et pourrait commencer à relever ses taux en 2015.

(Edité par Dominique Rodriguez)


Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant