"Bourse et économie, le divorce ?" - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Agnès Bénassy-Quéré)

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Alors que l'économie française est officiellement entrée en récession et que le chômage ne cesse d'augmenter, le dynamisme du CAC 40 ne cesse de surprendre. Cette déconnexion peut choquer mais s'explique de manière rationnelle, selon Agnès Bénassy-Quéré.

Le prix théorique d'une action, c'est la somme actualisée des dividendes auquel elle donne droit. Dans une période économique sombre, on s'attend à ce que les entreprises dégagent peu de bénéfices, donc peu de dividendes. Selon ce premier raisonnement, le prix des actions devrait plutôt diminuer. Mais c'est sans compter l'effet de la politique monétaire. L'opération d'actualisation consiste à raboter la valeur des dividendes à recevoir dans une, deux, trois années, en fonction du taux d'intérêt, selon le bon vieux dicton : « un tiens vaut mieux que deux tu l'auras ». Si le taux d'intérêt est de 4%, 100 euros à recevoir dans un an ne valent que 100/1,04= 96 euros aujourd'hui. En effet, si l'on me donne 96 euros aujourd'hui, je peux les placer à 4% et je récupèrerai dans un an 96×1,04=100 euros.

A partir de ce petit exemple, on peut voir facilement l'effet d'une baisse du taux d'intérêt : si le taux d'intérêt chute à 2%, la valeur actuelle de 100 euros à recevoir dans un an n'est plus de 96 euros, mais de 100/1,02=98 euros : elle est plus élevée de 2%. Ainsi, la baisse du taux d'intérêt fait mécaniquement augmenter le prix des actions. Cet effet est amplifié aujourd'hui par la perspective que les taux d'intérêt restent faibles pendant longtemps en Europe, mais aussi par le fait que pour combattre la crise, les grandes banques centrales telles que la BCE, la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre et surtout la Banque du Japon inondent les banques en liquidités. Ces liquidités, il faut bien les placer quelque part, et la bourse paraît intéressante lorsque les rendements sur les actifs dits « sûrs » (tels que les bons du Trésor) sont faiblement rémunérés. A l'appui de cette thèse, on peut remarquer que la hausse des cours boursiers n'est pas propre à la France. Depuis janvier, le CAC 40 a fait moins bien que les indices américains, anglais et surtout japonais.

A côté de ces phénomènes monétaires, il faut garder à l'esprit que les entreprises cotées au CAC 40 ne tirent pas principalement leurs bénéfices de leurs activités en France. Depuis de nombreuses années, les grandes entreprises françaises se sont positionnées sur les marchés émergents. Or pour 2013, le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 5,3% en moyenne pour les pays émergents, contre 1,2% pour les pays dits avancés, et -0,3% pour la seule zone euro. Cette internationalisation est d'ailleurs une source de malentendu en France : comment des entreprises peuvent-elles à la fois licencier et faire du profit ? Réponse : c'est parfaitement compatible (bien que très douloureux) si le profit n'est pas réalisé dans notre pays, car les entreprises ont généralement intérêt à se rapprocher de leurs marchés.

Agnès Bénassy-Quéré


Pour poser vos questions à Agnès Bénassy-Quéré, cliquez ici. Elle vous répondra mardi 28 mai à 17h.

Agnès Bénassy-Quéré est professeur à l'Ecole d'économie de Paris (Université Paris 1). Elle est également présidente-déléguée du Conseil d'analyse économique et membre de la Commission économique de la nation. Tous les jeudis matins vous pouvez l'entendre sur France Culture où elle tient une chronique.
Ses principaux domaines d'expertise sont les taux de change, le système monétaire international, l'intégration européenne et la politique économique.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • jdestail le mercredi 29 mai 2013 à 10:54

    Enfin j'ajouterai, que le thème même de ce débat est démagogique, voir toxique "Alors que l’économie française est officiellement entrée en récession et que le chômage ne cesse d’augmenter, le dynamisme du CAC 40 ne cesse de surprendre"Que va ainsi penser un neuneu populiste du front de gauche ? Que les actionnaire s'en mettent plein les poches, pendant qu'on licencie ?Or le Cac est passé de 7000 à 4000 depuis juillet 2000 ! ça on ne le dit pas !!!!!!

  • anakin56 le mercredi 29 mai 2013 à 10:53

    (fin) Au niveau actuel très bas des taux d'intérêt, ces derniers peuvent être tentés de diversifier leurs assets des traditionnelles obligations publiques vers des placements plus risqués mais plus rémunérateurs. L'opération sur le Club Med illustre probablement cette logique.

  • anakin56 le mercredi 29 mai 2013 à 10:52

    (suite) Enfin, les politiques monétaires accommodantes des banques centrales, notamment les quantitative easing US, sont souvent mis en avant pour expliquer la hausse récente des actions et y ont certainement contribué. Mais, au delà de cette explication, il ne faudrait pas oublier le rôle majeur joué par le recyclage des excédents massifs de la balance extérieure de certains émergents.

  • anakin56 le mercredi 29 mai 2013 à 10:50

    Les arguments avancés par Madame Bénassy-Quéré convainquent à des degrés divers. Les taux d'intérêt sont déjà très bas depuis plusieurs années et ne peuvent donc expliquer à eux seuls les gains boursiers de ces derniers mois. L'internationalisation semble une explication plus probante mais même les pays émergents, notamment la Chine, ont vu leur économie marquée par un certain ralentissement qui ne peut qu'affecter les débouchés et la rentabilité de leurs fournisseurs étrangers.

  • jdestail le mercredi 29 mai 2013 à 10:47

    Une très grosse bourde que je dois quand même souligner : "Le prix théorique d’une action, c’est la somme actualisée des dividendes auquel elle donne droit." => C'est complétement FAUX !Quid d'une entreprise rentable, à la croissance régulière, qui ne distribue pas ou peu de dividende, mais investit l'essentiel de ses bénéfices? vaut-elle zero?Et la fiscalité ? Les dividendes réellement perçus (après ponction fiscale) sont en chute libre! La raison de la hausse n'est donc pas là

  • jdestail le mercredi 29 mai 2013 à 10:41

    Bah, dans quelques semaines, si la bourse devait chuter fortement, on nous abreuva de propos complétement opposés à ces derniers. Tout ceci est à prendre avec beaucoup de circonspection !

  • heimdal le mercredi 29 mai 2013 à 10:23

    Elle commence par une leçon pour les neuneus et elle a dû rater quelques cours de maths .En gros la France est foutue (la zone Euro avec ) et elle va nous le dire à sa manière .

  • sebperne le mercredi 29 mai 2013 à 08:22

    C'est juste l'argument "fait mecaniquement monter le prix des actions"Ce n'est pas vrai, cela envoi un signal aux operateurs de marché et ces derniers se placent aur les actions...Mais ces derniers pourraient ne pas acheter et les prix ne monteraient pas...En tout cas le cac est encore bon marché.

  • sebperne le mercredi 29 mai 2013 à 08:18

    Juste une remarque 96 fois 1,04 ne font pas 100. Elle a arrondit.Aussi je ne vois pas pourquoi le fait que les taux d'interets baissentFerait mecaniquement monter la valeur des actions!!! Pour que les actions montentIl faut des acheteurs et la seconde partie de l'argument est valable. Ou placer son argent quand emprunt d'etat et obligation ne rapporte rien = les actions

  • grinchu1 le mardi 28 mai 2013 à 21:59

    sophisme complètement ignorant de la bourse...