Bombardements russes et exode des civils d'Alep s'accélèrent

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 (Actualisé tout du long) 
    par Humeyra Pamuk 
    ONCUPINAR, Turquie, 6 février (Reuters) - Les forces 
gouvernementales syriennes appuyées par les frappes aériennes 
russes continuaient samedi à progresser au nord d'Alep, poussant 
des dizaines de milliers de civils syriens à fuir vers la 
frontière turque. 
    L'offensive de grande ampleur lancée par Damas et ses alliés 
dans la région d'Alep, la deuxième ville du pays qui pourrait 
être bientôt totalement encerclée, a torpillé cette semaine le 
démarrage des pourparlers de paix à Genève sous l'égide des 
Nations unies. 
    Fort du soutien militaire russe et du renfort de combattants 
iraniens et libanais qui ont permis au régime de Bachar al Assad 
d'inverser la tendance sur le terrain, le chef de la diplomatie 
syrienne, Walid Moualem, a déclaré samedi qu'il n'y aurait pas 
de cessez-le-feu tant que toutes les frontières du pays ne 
seraient pas bouclées.   
    La manoeuvre d'encerclement lancée par les forces de Bachar 
al Assad vise à isoler les quartiers rebelles d'Alep où vivaient 
encore récemment quelque 350.000 personnes, contre environ un 
million dans la partie gouvernementale de la ville. 
    Ces quartiers rebelles étaient jusqu'à présent largement 
contrôlés par l'Armée syrienne libre (ASL), soutenue par les 
Occidentaux, qui avait réussi à en tenir à l'écart ou à en 
chasser les combattants djihadistes de l'organisation Etat 
islamique (EI) et du Front al Nosra. 
    Soumis aux pénuries croissantes et ces dernières semaines 
aux bombardements constants de l'aviation russe, plusieurs 
dizaines de milliers de civils ont déjà fui la ville et ses 
environs. 
    En déplacement à Amsterdam, où il s'est entretenu samedi 
avec ses homologues européens, le ministre turc des Affaires 
étrangères, Mevlut Cavusoglu, a indiqué que son pays s'attendait 
à devoir accueillir dans les prochains jours jusqu'à 55.000 
réfugiés syriens. 
    "Nous maintenons notre frontière ouverte pour les gens qui 
fuient. Nous en avons déjà accueilli 5.000, 50 à 55.000 autres 
sont en route et nous ne pouvons pas les abandonner car les 
bombardements (russes) ne s'arrêtent pas. Ils bombardent les 
écoles, les hôpitaux et les civils", a-t-il déclaré. 
    Tous les poste-frontières turcs ne sont cependant pas 
ouverts et celui d'Oncupinar, au nord d'Alep, où arrivent la 
plupart des réfugiés, était fermé samedi comme cela a été le cas 
depuis près d'un an pour des "raisons de sécurité". 
     
    "SI LA RUSSIE RÉUSSIT, NOUS SERONS TOUS MORTS" 
    Selon le gouverneur de la province de Kilis, dans laquelle 
se trouve Oncupinar, 35.000 réfugiés sont arrivés à la frontière 
au cours des dernières 48 heures et ils serait autant sur la 
route. 
    "Nos portes ne sont pas fermées mais pour le moment il n'y a 
pas lieu d'accueillir ces gens du côté turc de la frontière", a 
déclaré Suleyman Tapsiz, précisant que de la nourriture, des 
couvertures et des tentes leur sont distribuées. 
    Un responsable de l'agence humanitaire turque Afad a 
expliqué à Reuters que la situation était jugée suffisamment 
sûre du côté syrien de la frontière pour que les réfugiés y 
soient hébergés. 
    "Pour le moment, il n'y a pas de situation d'urgence là où 
les réfugiés attendent. Leur priorité est de trouver un endroit 
où ils sont en sécurité et cette zone frontalière (syrienne) est 
sûre (...) Pour l'instant leurs vies ne sont pas menacées", 
a-t-il assuré. 
    Un journaliste de Reuters présent à Oncupinar a rapporté que 
des explosions pouvaient être entendues de temps en temps côté 
syrien et que des ambulances turques franchissaient parfois la 
frontière. 
    Alors que les civils convergent vers la frontière, des 
Syriens déjà réfugiés en Turquie tentent de la franchir dans 
l'autre sens pour mettre leurs familles restées en Syrie à 
l'abri. 
    Assis dans sa voiture avec ses quatre enfants, Ahmet Sadul, 
43 ans, espère pouvoir revenir en territoire syrien pour 
retrouver les membres de sa famille.  
    Natif d'Azaz, il vit actuellement dans la ville turque de 
Kilis, à quelques km d'Oncupinar.  
    "Il y a aujourd'hui des milliers de gens d'Azaz qui 
attendent de l'autre côté de la frontière. Ils fuient les 
Russes. Je veux y aller et retrouver mes proches. Ils bombardent 
les Syriens en permanence", dit-il.  
    "Beaucoup de gens ont quitté Alep. Mais il reste encore 
beaucoup de civils là-bas. Si la Russie réussit, nous serons 
tous morts." 
    Abdulkerim Hannura, un employé des douanes syriennes âgé de 
32 ans, déclare que les Russes bombardent les villages de sa 
région depuis quinze jours.  
    "Les gens viennent à la frontière et veulent repartir en 
Syrie avec l'espoir de ramener leurs proches en Turquie. Nous 
essayons de sauver nos proches, nos familles", explique-t-il. 
 
 (Avec David Dolan à Oncupinar, Tom Perry à Beyrouth, Robin 
Emmott et Tom Koerkemeier àb Amsterdam; Jean-Stéphane Brosse et 
Tangi Salaün pour le service français) 
 
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