Boeing devrait prendre sa revanche sur Airbus à Farnborough

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Boeing devrait prendre sa revanche sur Airbus à Farnborough
Boeing devrait prendre sa revanche sur Airbus à Farnborough

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Boeing devrait prendre sa revanche sur Airbus au salon aéronautique de Farnborough la semaine prochaine, grâce à la version remotorisée de son monocouloir vedette, le B737MAX, un an après le raz-de-marée de commandes engrangé par l'avionneur européen au salon du Bourget.

Ce nouvel épisode de la bataille Airbus/Boeing intervient sur fond de craintes persistantes sur les financements d'avions et de montée en puissance progressive de constructeurs issus des pays émergents qui cherchent eux aussi à se faire une place.

Le salon de Farnborough - qui alterne avec celui du Bourget - ouvrira ses portes lundi prochain près de Londres, une semaine après l'annonce par Airbus de l'implantation d'une chaîne d'assemblage pour son propre monocouloir amélioré, l'A320neo, aux Etats-Unis.

Cette incursion sur les terres de Boeing lui permettra à terme de poursuivre la hausse de ses cadences de production au moment où subsistent des interrogations sur la capacité des sous-traitants à suivre le rythme.

Boeing a de son côté nommé la semaine dernière Ray Conner à la tête de sa branche d'aviation civile.

Airbus avait largement mené le bal au Bourget en 2011, avec 598 commandes fermes contre seulement 47 pour Boeing, alors que le partage avait été plus équilibré à Farnborough en 2010 - 130 commandes fermes pour Airbus et 103 pour Boeing.

"Je ne m'attends pas à un Farnborough aussi exceptionnel que le Bourget de 2011 qui correspondait sans doute à un point haut", estime Guillaume Rochard, consultant chez PriceWaterhouseCooper, citant la présence de nouveaux modèles d'avions et le prix du pétrole alors plus élevé.

Boeing, qui a engrangé 451 commandes fermes pour le 737MAX depuis son lancement en août 2011, s'est fixé comme objectif d'atteindre le millier d'ici la fin de cette année. Airbus, lui, s'est déjà assuré plus de 1.400 commandes fermes pour l'A320neo.

La déferlante de commandes des deux géants mondiaux, soutenue par la croissance du trafic attendue en Asie, suscite des craintes sur la constitution d'une "bulle", qui pourrait éclater en cas de net ralentissement économique.

"Les compagnies américaines et européennes ont compris que leur survie dépendait d'une certaine discipline - notamment de ne pas inonder le marché de capacités", tempère Olivier Fainsilber, du cabinet Oliver Wyman. "Du coup elles sont beaucoup plus mesurées dans leurs achats d'appareils et on est beaucoup moins susceptible de voir des effets de bulle".

"Quand il y a une annulation de commande, il y a toujours quelqu'un dans la file d'attente qui en bénéficie", ajoute-t-il.

ARRIVÉE DE NOUVEAUX ACTEURS

Les analyses convergent cependant pour penser que les craintes sur les financements des avions, apparues après le désengagement des banques européennes du secteur l'an passé, ne sont en revanche pas dissipées.

"Si vous êtes une compagnie du Moyen-Orient, c'est plus difficile de lever des fonds importants pour financer votre programme de livraisons qu'il y a trois ans, même si votre situation est plus solide, parce qu'il y a moins de sources de financement sur le marché", explique Neil Poland, consultant spécialisé dans l'aviation au cabinet Norton Rose Group.

"Nous sommes dans une grande phase de transition. La question est de savoir qui va combler le vide laissé par les banques qui sont sorties du marché", ajoute son collègue chez Norton Rose, Richard Skipper.

Diogenis Papiomytis, consultant chez Frost & Sullivan, dit que les loueurs d'avions, peu présents ces derniers mois, devraient assurer une part plus importante des commandes que d'habitude.

Il s'attend également à au moins une centaine de commandes pour les constructeurs des pays émergents comme le chinois Comac et le brésilien Embraer.

"La vraie question sur le segment court courrier ne se limite pas à Airbus-Boeing mais à l'introduction de nouveaux acteurs de marchés émergents, notamment la Chine", constate de son côté Ali Rekik, consultant chez Roland Berger.

Le Russie, elle, devra d'abord restructurer son industrie avant de se positionner sur la scène mondiale, ajoute-t-il.

Farnborough pourrait également constituer un test pour le C-Series de Bombardier, soulignent les analystes.

"C'est un programme où il y a encore peu de commandes et ce Farnborough pourrait être un révélateur de l'avenir de cet avion", note Guillaume Rochard (PWC).

Cyril Altmeyer, édité par Jean-Michel Bélot

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