BNP Paribas: des bancaires trop sévèrement sanctionnées ?

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(CercleFinance.com) - En dégringolade de 27,5% depuis le début de l'année, l'indice sectoriel Euro Stoxx Banks des grands établissements de crédit de la zone euro sous-performe significativement un indice généraliste EuroStoxx 50 (- 16,7%) déjà bien mal orienté. Des d'analystes estiment cependant que ce mouvement reflète une perception excessive des risques qui pèsent sur le secteur.

En effet, les facteurs d'inquiétudes bancaires ne manquent pas. Aux Etats-Unis, les conséquences éventuelles de l'effondrement des cours du pétrole sur les producteurs de brut non conventionnels, souvent financés par endettement, sont de plus en plus évoquées. En Italie, la prise en compte (tardive) des créances douteuses, banque par banque, pourrait entraîner des provisions et des levées de fonds, craignent certains spécialistes. La capitalisation de Deutsche Bank et de Société Générale a aussi suscité des doutes ces derniers jours et dans les pays périphériques de la zone euro, les taux souverains se tendent de nouveau : au Portugal, le 'dix ans' est passé de 2,5% fin décembre dernier à 4%, rappelant de mauvais souvenirs.

Mais chez Lazard Frères Gestion, l'inquiétude n'est pas de mise. “Les banques européennes vont-elles un nouveau 2008 ?”, s'interrogent les spécialistes. Les établissements du Vieux Continent ne sont pas épargnés par les craintes américaines, alors même que les taux longs baissent. Ce qui peut laisser craindre des refinancements difficiles.

Mais il ne faut pas exagérer, selon Lazard : “le système bancaire européen n'a que peu changé. Il ne nous semble pas plus risqué qu'il ne l'était en 2015”, jugent les spécialistes, qui ajoutent : “le choc pétrolier pourrait réduire la profitabilité à court terme pour les banques, avant qu'elles n'en retirent des bénéfices à moyen terme. La baisse du coût de l'énergie est en effet une bonne nouvelle macroéconomique”.

Selon Lazard, les banques d'Europe pourraient, dans le pire des scénarios, encourir 28 milliards d'euros de pertes en raison des créances pétrolières. Conséquences prévisibles ? “Si pareil montant de perte était concentré sur 2016, il serait suffisant pour amputer de 25% la capacité bénéficiaire du secteur. L'impact sur les fonds propres durs serait lui inférieur à 3%. Ceci n'est pas négligeable, mais sans commune mesure avec les pertes connues en 2008 lors de la crise des subprimes et ne justifie pas les mouvements de panique actuels”, sanctionne Lazard.

Son de cloche similaire chez Natixis : 'la baisse du prix du pétrole ne suggère pas seulement de possibles pertes (...), elle suggère surtout un ralentissement économique plus violent que prévu. Le secteur bancaire étant au coeur du financement de l'économie, sa capacité bénéficiaire pourrait être affectée par une moindre croissance des encours de crédits', contextualise une note.

De plus, l'action de la BCE n'est pas si avantageuse pour les banques : certes, grâce à la BCE, les liquidités quasi-gratuites ne manquent pas et le coût du financement bancaire baisse. Mais les banques n'en tirent guère parti car 'les taux négatifs pèsent sur les marges des banques d'autant plus que cela ne se traduit pas, pour l'instant, par une réelle accélération de la croissance des encours de crédits', explique Natixis.

Les actions bancaires, qui se payaient environ 0,4 fois leur valeur d'actif après l'effondrement de Lehman Brothers, s'échangent actuellement 0,6 fois. Soit, mais “nous voulons cependant attirer l'attention des investisseurs sur le fait que le niveau de valorisation actuel suggère un coût du capital implicite de 14%, soit un niveau particulièrement élevé si l'on considère le renforcement de la solvabilité et de la liquidité des banques depuis le début de la crise', nuancent les spécialistes.

Et Natixis de conclure : 'nous considérons que le sell-off (sur les bancaires) est exagéré si nous ne devons regarder que les considérations opérationnelles. Nous recommandons aux investisseurs de profiter de la période actuelle pour se renforcer sur les banques solides.'

EG


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