Bleus : Le jour où Laurent Tillie a autorisé le terme " Yavbou "...

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Bleus : Le jour où Laurent Tillie a autorisé le terme " Yavbou "...
Bleus : Le jour où Laurent Tillie a autorisé le terme " Yavbou "...

Voici une semaine qu'il enchaîne les rendez-vous, qu'il tente d'honorer les sollicitations médiatiques, si nombreuses d'un coup. Laurent Tillie nous reçoit à la table d'un restaurant, avec pour seule décoration le trophée ramené de Sofia. Peu à peu, l'effervescence autour du premier titre majeur de cette équipe retombe. Accompagné de Victoria Ravva, icône du volley français, fraichement retraitée, Laurent Tillie cause volley, sans détour. Morceaux choisis...

La véritable origine de la Team Yavbou…

C’est la base du renouveau de l’équipe de France de volley. L’état d’esprit hallucinant, au service du sportif, est insufflé par ce surnom. Si Earvin N’Gapeth en est à l’origine, l’image d’une équipe qui « bouyave » ses adversaires a mis du temps à s’imposer, bloquée par les réticences de la Fédération… et du sélectionneur.

Laurent Tillie : « Au début, je ne voulais pas en entendre parler. Ils ont commencé à évoquer le nom il y a presque trois ans. J’étais choqué. Je n’aimais pas ce mot (ndlr : en argot, bouyaver signifie « faire l’amour violemment »). Je disais que ça n’adhérait pas aux prétendues valeurs d’une équipe nationale. Mais nous, on n’avait pas forcément de règles, de sponsors, de médias… Je me suis dit que si ça les faisait gagner, alors pourquoi pas ? Donc un soir, avant la Ligue Mondiale 2014, pendant un match difficile, je leur ai dit : ‘‘ Les gars, ça ne va pas. Ce soir on va avoir besoin d’une équipe Yavbou pour gagner ’’. Ils n’en revenaient pas d’entendre ce mot de ma bouche. A partir de là, c’est comme si j’avais validé le terme. Ils ont commencé à faire le cri ‘‘ Yavbou ’’ dans le vestiaire, et je leur ai dit qu’il fallait que l’adversaire entende, donc ils l’ont fait dans le couloir à partir de ce moment-là. Et pour la première fois, après la victoire en finale de l’Euro, ils l’ont fait en public, sur le terrain. »

La règle, c’est qu’il n’y (presque) pas de règle

Tillie, en tant que joueur, n’a jamais été fan de consignes et règles strictes imposées par son staff. Il a su se servir de cette expérience pour bâtir un cadre souple, sans aller à l’encontre du naturel. Chaque individu à su y trouver sa place. Le monde entier envie aujourd’hui aux Bleus ce fonctionnement hors du commun, alchimie entre travail, sérieux, partage et autodérision, rendu possible par un staff particulièrement à l’écoute de ses joueurs.

Laurent Tillie : « Il ne faut pas être politiquement correct. On vit. On a déjà tellement de règles… On n’a rien à perdre. Si on est trop lisse, tout le monde étouffe et on n’avance pas. Une anecdote révélatrice. Au Mondial 2014, l’Italie était en train de plonger. Un jour, des Polonais ont surpris les Italiens en train de fumer, et ont posté ça sur internet. La Fédération a gueulé, et les sponsors italiens ont menacé de mettre fin aux contrats. Nous, on était morts de rire. Fumer, c’est la vie c’est comme ça. Ce n’est pas parce que ce sont des sportifs de haut niveau qu’ils ne fument pas. Nous, on a aucun sponsor, on s’est dit pourvu que Marlboro nous voie en train de fumer ou que Jack Daniels nous surprenne en train de boire. »

Comment Victoria Ravva a ré-ouvert la voie des Bleus à Pierre Pujol…

Capitaine d’une génération compliquée, où les égaux ont souvent pris le dessus sur le collectif, Pierre Pujol a vu la Team Yavbou naître sans lui. Mais après trois ans loin de l’équipe de France, il y a fait son retour grâce à un formidable changement d’état d’esprit, permis par les conseils de Laurent Tillie, et de son amie proche Victoria Ravva. Les deux carrières de Pierre Pujol en Bleu illustrent parfaitement la métamorphose de l’état d’esprit en sélection.

Laurent Tillie : « Avant, il était dans une équipe où chacun ne pensait qu’à sa gueule. Chacun voulait être le meilleur. Le groupe des anciens a explosé en 2012 à cause d’un conflit de générations entre les vieux et les nouveaux. Il n’y avait plus de communication. Pierre, je suis allé le voir à Cannes, parce que je vais voir tous les matches. Il rate une passe, il ne regarde pas une seule seconde ses attaquants. Je suis allé lui parler pour lui reprocher cela. Il est le centre de l’équipe mais il s’exclut. Et il a énormément changé. Il a fait une super saison, et sportivement il avait le niveau pour revenir. Il m’a dit qu’il voulait refaire partie de la sélection, qu’il connaissait le contexte, et qu’il revenait pour l’équipe, et non pas pour sa pomme. J’ai essayé, et en effet, il est désormais là pour le groupe à 100%, c’est super. Il sait qu’il est la doublure du capitaine, Benjamin Toniutti. Il a remplacé Yoann Jaumel, chez qui un blocage s’était instauré. J’en suis peut-être responsable, je ne l’ai peut-être pas fait assez joué, du coup il s’est mis une pression énorme, une crispation s’est installée avec ses attaquants, ça lui a fait perdre de la précision. »

Victoria Ravva : « Pierre, c’est mon ami. Pierre était un provocateur, et moi je ne l’ai jamais été. J’ai été mise en avant par les médias, presque contre mon gré. Il était un peu égoïste, très caractériel. Mais en vrai, c’est un amour. Il a le caractère d’un attaquant, alors qu’il est passeur. Il a souffert de ne plus être dans le groupe. Au Mondial 2014 (ndlr : la France a pris la quatrième place), il y a certains matchs qu’il ne pouvait plus regarder. Il m’a parlé de sa frustration. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il change quelque chose. Je l’ai renvoyé vers Laurent, mais il n’osait pas. Puis, une bonne saison avec Cannes l’a relancé. En club, il a pris son rôle de capitaine à cœur, il a grandi, il a compris des choses qu’il ne comprenait pas avant. Il a commencé à penser à l’équipe en priorité. Il a changé pour revenir en équipe de France. »

Ligue A : Une polémique pour lancer les fesses… tivités

Les Championnats de France hommes et femmes ont repris. Parmi les affiches du week-end, une a retenu l’attention. Celle sur laquelle trône le fessier de Sanja Bursac, mis en avant pour promouvoir la rentrée à domicile du RC Cannes face à Béziers. Le cliché a fait le tour du web. Du sexisme pour certains, mais surtout un coup de com’ réussi, et signé Victoria Ravva en personne, pour qui le sportif est bel et bien mis en avant sur l’affiche. Laurent Tillie, lui « ne va surtout pas s’en plaindre ».

Victoria Ravva : « On voulait faire une affiche esthétique, pour une fois. J’assume cette idée totalement. C’est glamour, certes, mais c’est la tenue de base d’une volleyeuse. On a essayé plusieurs tenues, on a retenu celle-ci. Quand on a fait notre calendrier, on avait essuyé des critiques, mais aussi beaucoup d’encouragements. On a voulu surtout, avec cette photo, montrer les femmes athlètes de haut niveau sous un autre angle. La sportive n’est pas forcément, forte, baraquée, dégueulasse. »

Laurent Tillie : « En tant que volleyeur, ça ne me choque pas, je suis habitué à voir des joueuses comme ça. Je ne vais surtout pas m’en plaindre, c’est comme ca que j’ai rencontré ma femme ! Quand je vois ça, je regarde plus le ballon que les fesses. Ceux qui sont de ma génération reconnaitront la tenue de l’époque. »

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