Bleus / D.Henderson : " Chaque année, on repart de zéro "

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Bleus / D.Henderson : " Chaque année, on repart de zéro "
Bleus / D.Henderson : " Chaque année, on repart de zéro "
Mercredi matin, Dave Henderson a dévoilé son groupe pour participer au Championnat du monde à partir de samedi en République tchèque. La veille, en conférence de presse, le sélectionneur tricolore est revenu sur le système de jeu des Français ainsi que les joueurs clés de l'équipe.

Dave Henderson, le fait de jouer sur une patinoire européenne (ndlr : elles sont plus grandes qu’aux Etats-Unis), ça vous arrange, non ?
On développe un jeu qui est plus fluide et technique donc ça ne nous pose pas de problème. Il y a huit ou neuf ans, on aurait préféré jouer sur une petite glace car on avait moins de capacité offensive, mais maintenant on a un jeu beaucoup plus aéré. On est capable de mieux jouer avec le palet.

Surtout si vous alignez Stéphane Da Costa et Julien Desrosiers sur la première ligne.
Ça a très bien marché à Lyon (ndlr : dimanche dernier en amical face à la Suisse) avec Antoine Roussel, donc c’est un bloc qui travaille bien. L’année dernière, on avait Pierre-Édouard Bellemare à la place de Julien, mais il est forfait. On avait plusieurs options, on a essayé Julien avec eux et ça a bien marché. Cet essai a commencé à Grenoble (ndlr : vendredi 24 avril, face à la Suisse) mais Antoine n’était pas là. Pour le deuxième match contre la Suisse, dimanche soir, ça c’est avéré intéressant offensivement, surtout dans la production de buts.

Un joueur du championnat de France sur la première ligne, cela veut-il dire que le niveau de jeu a augmenté en Ligue Magnus ?
Je pense que Julien Desrosiers a toujours été un joueur talentueux (ndlr : Il évolue à Rouen). C’est l’un des meilleurs buteurs en France, on connaît ses capacités sur la construction de jeu, comme celle de Stéphane Da Costa, qui est clairvoyant, il trouve toujours de bonnes passes. Associé à la combativité d’Antoine Roussel, qui est un joueur plein de finesse puisqu’il se bat pour récupérer des palets dans des petits espaces, c’est une ligne qu’on a mise ensemble pour voir ce qu’elle pouvait produire, et pour le moment on est content du résultat. Mais cette année, je pense que dans les quatre blocs, on a la capacité de marquer des buts. On a changé notre ligne qui était avec Laurent Meunier, Yorick Treille et Julien Desrosiers pour être plus dangereux dans les quatre blocs et je trouve que ça commence à prendre forme.

Quelle est la différence entre un international qui joue en Amérique du Nord et un international qui joue en France ?
Le jeu nord-américain est connu pour être plus rude, plus physique. Il y a moins d’espace pour produire du jeu. Il faut être plus vif, plus rapide dans ses décisions. En Europe, on a plus de temps parce que les patinoires sont plus grandes, ce qui laisse aussi plus d’espace pour trouver une ouverture dans les lignes défensives de l’autre équipe. Mais les deux restent du haut niveau. La NHL, c’est connu pour être la meilleure ligue au monde, les espaces sont réduits donc la réaction des joueurs, les espaces avec lesquels ils peuvent performer les obligent à jouer vite. Ce qui fait que quand ils reviennent avec l’équipe de France, ils ont cette rapidité, cette intensité mais surtout mentalement ils sont plus à même de prendre les bonnes décisions. Après, en Europe, dans les grandes lignes, il n’y a pas de temps non plus. L’intensité est là, les quatre blocs sont toujours à plein régime. Nous, notre souci en début de préparation, c’est de faire en sorte que les joueurs qui jouent en Ligue Magnus se mettent au niveau international, et ça prend trois semaines pour qu’ils montent en intensité et qu’ils soient performants au Championnat du monde.

« Antoine, sur la glace, il laisse tout »

Est-ce votre principal travail ?
C’est un des axes de travail. La Ligue Magnus c’est un très bon niveau, mais le niveau international, c’est encore au-dessus. Pour ramener progressivement ces joueurs au niveau, il faut les trois semaines. On a eu de la chance cette année, on a joué les Danois, c’était aussi le début pour eux, mais ça permet de faire augmenter le niveau des joueurs de Ligue Magnus. Ensuite, progressivement, par les différentes rencontres on a continué de faire augmenter le niveau d’intensité. Pour les joueurs de Ligue Magnus ça prend un petit peu plus de temps. Quand les joueurs arrivent chez nous il faut passer un cap. C’est encore plus flagrant depuis qu’on est passé, il y a deux ans, sur un style de jeu à quatre lignes. Avant, en France on jouait à trois lignes, mais le système à quatre lignes arrive progressivement. On voit que les deux derniers finalistes du Championnat ont joué avec quatre blocs. On remarque que ça apporte quelque chose en plus.

Si on vous dit qu’Antoine Roussel est un joueur bagarreur, parfois violent, est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?
Non ! C’est un joueur qui a envie de gagner. Il utilise sa dimension physique, c’est sûr. C’est un joueur qui se fait respecter, mais qui va toujours être là pour ses coéquipiers. Si on parle des bagarres, ça peut arriver dans notre sport. C’est quelque chose qui se pratique depuis toujours en Amérique du Nord, mais il n’a pas été pris par Dallas pour ça. Il a été pris pour son intensité, ses combats en coin pour gagner le palet et faire de l’espace pour ses coéquipiers. C’est un joueur très intense qui a envie de gagner. Donc violent dans le mauvais sens du terme, non ! C’est un joueur qui en veut, qui va dans le coin, qui gagne des palets, qui gagne de l’espace pour tout le monde. Quand on parle de talent, il y a le talent de jeu avec la clairvoyance, l’instinct, comme peut jouer Stéphane Da Costa. Mais quand on parle d’Antoine Roussel ou Laurent Meunier, ils ont le talent du travailleur. Il y a le talent des virtuoses, mais il y a aussi le talent des mecs qui aident ces personnes là à développer leur jeu. Le gars qui va dans le coin chercher le palet, celui qui fait le repli défensif, qui bloque un shoot, c’est un talent aussi. Quand le palet t’arrive dessus à 200 à l’heure et que tu le bloques avec ton pied, ta hanche ou ta poitrine, ça ne fait pas du bien. Vous me parlez des bagarres d’Antoine mais sur la glace, il laisse tout. Son rôle essentiel avec nous, c’est de se battre sur tous les palets, de faire ce qu’on attend de lui. Son rôle il le connaît, ce n’est pas un virtuose avec le palet, mais il en marque des buts et il en fait marquer. Je n’aime pas le fait qu’on le décrive comme un bagarreur.

L’année dernière, il avait fait un grand Mondial. Cette année, attendez-vous encore plus de lui ?
Je n’en attends pas plus de lui, ni d’aucun joueur individuellement. Ce que je veux, c’est qu’ils travaillent, qu’ils donnent tout ce qu’ils peuvent. Je sais qu’ils le feront et c’est un des traits de cette équipe. Par exemple, le premier match (ndlr : amical, le 16 avril) contre les Allemands, on a pris 3-0. On n’avait plus rien dans les jambes, ça faisait trois semaines et demie qu’on s’entraînait. On savait qu’on allait être un petit peu fatigué. On était déçu de perdre 3-0, on n’arrivait pas à bouger les Allemands. Mais là où je suis fier des gars, c’est qu’ils m’ont donné tous ce qu’ils avaient. C’est tout ce que je peux demander à l’équipe, en plus, bien sûr, de suivre les tactiques, d’être disciplinés. Quand ils font ça, je suis satisfait, et souvent ça nous amène aux victoires.

« C’est sûr qu’on aimerait faire mieux que se maintenir »

Est-ce que le Championnat du monde de l’an dernier vous donne des certitudes ?
Aucune ! Tous les ans, on repart de zéro, même si notre équipe est assez stable. Elle n’est pas concernée par les play-offs NHL, mais chaque année notre objectif c’est le maintien. On ne peut pas se dire que le fait d’avoir été en quarts de finale l’année dernière (ndlr : défaite 3-0 contre la Russie, future championne du monde) nous oblige à jouer des demi-finales cette année. Ce n’est pas possible. L’objectif de l’équipe de France depuis qu’on est dans le groupe A, c’est le maintien. Quand on aura acquis le maintien on pourra regarder plus loin. Le but, c’est de rester humble pour faire les meilleures performances. C’est sûr qu’on aimerait faire mieux que se maintenir, mais on va faire ça étape par étape. On a 2017 dans deux ans (ndlr : La France accueillera, avec l’Allemagne, le Championnat du monde), on va s’assurer avec ce Championnat du monde à Prague que tout est en bonne voie pour cette compétition.

Les années passent mais Cristobal Huet (39 ans) est toujours avec vous…
Ça a toujours été un des joueurs clés. On n’aurait pas eu les résultats qu’on a depuis quelques années sans un grand gardien. Il nous l’a montré à plusieurs reprises. Le match que l’on gagne contre les Canadiens l’année dernière en est la preuve parfaite. On fait 2-2, on les emmène aux tirs aux buts, il n’en prend pas un. L’importance d’un bon gardien au hockey, c’est primordial. Cristobal, il tient la baraque quand on est en difficulté.

Au handball, on dit qu’un gardien c’est 50% de la performance de l’équipe. Est-ce la même chose en hockey sur glace ?
Je pense que ça avoisine ce résultat. Le gardien, c’est la dernière ligne de défense quand il y a des défaillances. Cristobal nous apporte beaucoup, mais avant tout c’est l’équipe, et il fait partie de l’équipe donc on est bien content de l’avoir. Il était énorme l’année dernière dans les matchs décisifs. On compte sur lui, c’est sûr. Sa présence est rassurante, il est très calme et dégage de la sérénité quand il joue avec nous. Et ça c’est important pour les autres joueurs.

Est-ce que, pour l’avenir, c’est quelqu’un qui pourrait intégrer le staff de l’équipe de France ?
Je pense qu’avec son expérience, ça serait une bonne acquisition pour l’équipe de France, mais pour l’instant on veut le voir sur la glace, dans les buts.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Maître

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