Bleus : Comment construit-on une liste ?

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A quelques heures de l’annonce de la liste des 23 pour l’Euro 2016, plongez dans les coulisses de la construction d’une liste. Quels facteurs sont pris en compte par les sélectionneurs ? La forme du moment et la notion de groupe sont-elles si importantes que cela ? Explications avec les prédécesseurs de Didier Deschamps.

[gallery ids="2502575,2464947,2451789,2448337,9333,167137,216437"] Tous les deux ans, c’est le même refrain. Les médias fleurissent de plates-formes permettant à chaque internaute de composer sa liste des 23 et chaque journal dresse la probabilité de voir tel ou tel joueur présent. Mais au fond, le seul à posséder un pouvoir, le seul à savoir avant les autres, c’est le sélectionneur. Accompagné de son staff, Didier Deschamps a peut-être déjà arrêté les noms des 23 chanceux qui représenteront la France à l’Euro dans un mois. Peut-être est-il aussi en train de peaufiner les derniers réglages. Car au moment de coucher 23 noms sur une feuille blanche, plusieurs paramètres entrent en compte. Comment se construit une liste ? Les expériences racontées par les prédécesseurs du sélectionneur actuel permettent d’en savoir un peu plus sur l’un des secrets les mieux gardés du printemps.

Domenech : « Quand tout se vaut, tout devient discutable »

Comme à chaque fois, Didier Deschamps a sans doute en tête une vingtaine de noms depuis quelques semaines, voire quelques mois. C’est le principe même de la compétition sportive. Certains, meilleurs que d’autres, s’imposent d’eux-mêmes très rapidement. On pourrait appeler ça l’ossature, la colonne vertébrale du groupe. « Si rien ne s’impose, c’est qu’il n’existe aucune certitude, écrivait Raymond Domenech dans son livre « Tout Seul » il y a quatre ans. Quand tout se vaut, tout devient discutable et tout est discuté. En 2006, nous avions dressé la liste des joueurs sélectionnés en une heure. Deux ans plus tard, les réunions ont été longues et nombreuses, des circonstances qui ont aidé les journalistes à décrire un sélectionneur incohérent. »

Une construction de plusieurs mois

Ces choix qui s’imposent d’eux-mêmes n’émergent pas au dernier moment. Pour la majorité de la liste, les noms suivent un processus qui se déroule les deux années qui précèdent la grande compétition. « Bien avant de coucher 23 noms pour un Euro ou une Coupe du Monde, il faut déjà préparer une liste de joueurs pour le premier match qui vous attend en tant que sélectionneur, raconte cette semaine Jacques Santini dans France Football. Je m’étais basé sur le noyau dur existant que j’ai ensuite entouré par des joueurs qui avaient pris de l’importance, des valeurs sûres. Et finalement, ce n’est que le début mais c’est déjà à ce moment-là que l’on commence son puzzle. »

Santini : « Dans les dernières semaines, l’état de forme compte »

Sauf qu’une fois dans les derniers noms, les hésitations sont légitimes. Entrent alors en compte plusieurs facteurs très différents. La notion de groupe, jugée très importante par tous les sélectionneurs pour un rassemblement qui peut durer au mieux deux mois. Ou la forme du moment, qui peut aussi permettre à des joueurs très en forme en fin de saison de continuer sur leur lancée avec la sélection. « Quand on arrive dans les derniers noms, on regarde comment ils s’impliquent dans le groupe, comment ils sont acceptés. Une sélection ne regroupe pas forcément les meilleurs joueurs, poursuit Jacques Santini. Tous les sélectionneurs, qu’ils soient français ou étrangers, choisissent deux ou trois joueurs par rapport à cette notion de groupe et d’équilibre. Et puis, dans les dernières semaines, il y a l’état de forme qui intervient et qui fait réfléchir. Moi, ce sont des garçons comme Steve Marlet, Jérôme Rothen et Louis Saha qui ont sauté dans les dernières places. »

Domenech : « Un joueur capable d’apporter de la bonne humeur »

Plus étonnant, certains joueurs peuvent devoir leur place à leur côté « ambianceur ». Sans aller jusqu’à dire qu’ils avaient sélectionné Vincent Candela et Pascal Chimbonda uniquement pour leur capacité à mettre de la bonne humeur à l’intérieur du groupe, Aimé Jacquet (1998) et Raymond Domenech (2006) ont reconnu que cet aspect avait son importance. « J’avais besoin d’un bon remplaçant, d’un joueur capable aussi d’apporter de la bonne humeur comme Vincent Candela y était parvenu en 1998. Les Guignols de l’Info renforcèrent mon opinion en transformant Pascal en star de l’été », écrit Domenech au sujet de Chimbonda. Deux personnalités faisaient en revanche polémique depuis longtemps : Robert Pires et Ludovic Giuly, auxquels je préférais Florent Malouda et Franck Ribéry. Pourquoi ? Parce que les deux premiers ne correspondaient pas à l’idée que j’avais d’un groupe solide. »

Jacquet : « Prendre des risques, ce serait une folie »

Ce jeudi soir, Didier Deschamps pourrait joindre à sa liste des 23 une liste de réservistes. Mais contrairement à ses prédécesseurs, l’ancien entraîneur de Marseille préfère distinguer les deux d’entrée de jeu. Le fruit de son expérience passée, notamment en 1998. Mais à l’époque, Aimé Jacquet avait justifié sa décision de communiquer dans un premier temps un groupe de 28 joueurs. « Prendre des risques comme ça, ce serait une folie. Quand on a six ou sept joueurs qui sont en train de jouer des championnats avec des objectifs tellement importants, avec des finales de coupes nationales et avec la Ligue des Champions, la sagesse et le professionnalisme veulent que l’on prenne toutes les garanties. » Raymond Domenech a également confié la dureté de l’épreuve d’annoncer aux recalés qu’ils quitteraient le groupe avant le début de la compétition. Notamment auprès de Djibril Cissé et Mickaël Landreau avant l’Euro 2008, deux joueurs qu’il porte en haute estime. Preuve que si certaines règles dans la construction d’une liste sont immuables, d’autres peuvent naître d’expériences personnelles et peuvent être fonction de la personnalité du décideur.
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