Blair tancé par la commission d'enquête sur la guerre en Irak

le , mis à jour à 18:56
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 (Actualisé avec Blair, réaction de Bagdad) 
    par Michael Holden et William James 
    LONDRES, 6 juillet (Reuters) - Tony Blair a promis au 
président George W. Bush de le soutenir "quoi qu'il en soit" 
huit mois avant l'intervention en Irak et il s'est basé sur des 
renseignements et des justifications biaisés pour engager le 
Royaume-Uni dans le conflit, conclut le rapport d'une commission 
au terme de sept ans d'enquête. 
    Le rapport fustige l'attitude de l'ancien Premier ministre 
sur une longue série d'aspects, notamment sur la question des 
armes de destruction massive (ADM) que le régime de Saddam 
Hussein était accusé de détenir. 
    Pour les membres de la commission d'enquête, dirigée par 
John Chilcot, ces accusations ont été montées en épingle et 
l'intervention qui a suivi a été mal préparée. 
    Blème et tendu, Tony Blair s'est exprimé deux heures durant, 
assurant avoir pris de bonne foi la décision de participer à la 
guerre en Irak et dit qu'il acceptait la "pleine responsabilité" 
de ses éventuelles erreurs. 
    "Je n'ai pas induit ce pays en erreur. Il n'y a pas eu de 
mensonge, de tromperie ou de duperie", a déclaré Tony Blair 
devant les journalistes. 
    Une note visée dans le rapport montre que le 28 juillet 
2002, soit huit mois avant l'invasion de l'Irak, Tony Blair a 
fait part de ses réserves auprès du président américain de 
l'époque, George Bush, tout en l'assurant qu'il le soutiendrait 
"quoi qu'il arrive". 
     
    CATALOGUE D'ERREURS 
    La guerre a mené au renversement du président irakien Saddam 
Hussein et a coûté la vie à 179 militaires britanniques, 
rappelle le rapport. 
    La commission d'enquête ne s'est pas exprimée sur le fait de 
savoir si une intervention militaire était légale, a précisé 
John Chilcot aux journalistes en présence d'une partie des 
proches des soldats tués en Irak. 
    "Nous avons toutefois conclu que les conditions dans 
lesquelles il a été décidé qu'une intervention militaire était 
juridiquement fondée étaient loin d'être acceptables", a-t-il 
ajouté. 
    John Chilcot a présenté un catalogue d'erreurs effectuées 
avant et après la guerre. 
    Dans les jours qui ont précédé l'entrée en guerre en Irak, 
a-t-il dit, il avait été demandé à Tony Blair de confirmer que 
l'Irak avait bien enfreint une résolution du Conseil de sécurité 
des Nations unies, ce qui aurait justifié la guerre. 
    "Les renseignements que nous avions à l'époque de l'entrée 
en guerre se sont avérés faux. Les suites ont été plus 
difficiles, plus longues et plus sanglantes que nous ne l'avions 
imaginé." 
    "Pour tout cela, j'ai davantage de chagrin et de regrets que 
vous ne pourriez jamais l'imaginer." 
         
    L'IRAK N'ETAIT PAS UNE MENACE 
    Des proches des soldats britanniques tombés en Irak ont 
prévenu qu'ils étudieraient le rapport pour se déterminer sur 
l'opportunité de porter plainte contre les responsables de 
l'entrée en guerre. 
    "Nous nous réservons le droit de demander aux parties visées 
de répondre de leurs actes devant la justice s'il s'avérait 
qu'un tel processus était viable", a déclaré Roger Bacon, dont 
le fils est mort en Irak. 
    La commission d'enquête souligne qu'à ses yeux, le régime de 
Saddam Hussein ne constituait pas une menace à l'époque de 
l'invasion de l'Irak et qu'il aurait fallu réfléchir à ses 
retombées pour la région. 
    Pour Tony Blair, toutefois, la chute de Saddam Hussein était 
la meilleure des solutions et le terrorisme qui sévit 
aujourd'hui au Moyen-Orient et ailleurs n'est pas lié à la 
situation créée par l'intervention. 
    "(...) Il y a eu une décision, et cette décision était 
controversée, de chasser Saddam et de se tenir au côté des 
Etats-Unis. Je pense avoir pris la bonne décision et que le 
monde est meilleur et plus en sécurité depuis", a dit Tony 
Blair. 
    Entre 2003 et 2009, au moins 150.000 Irakiens, des civils en 
grande majorité, ont péri et plus d'un million d'autres ont été 
déplacés. Aucune arme de destruction massive n'a jamais été 
retrouvée en Irak. 
    A Bagdad, où des bombes explosent presque chaque semaine, le 
chaos perdure. 
    "J'aimerais tant que Saddam revienne, il a tué beaucoup de 
gens de ma famille, mais il était bien meilleur que ces 
politicieux et ces religieux qui ont mis l'Irak dans cette 
situation", a déclaré Kadhim Hassan al Djabouri. 
    A l'époque de la chute du dictateur, il avait été filmé 
attaquant à la masse une statue de Saddam Hussein. 
     
    L'ONU AMOINDRIE 
    Le rapport souligne enfin que la Grande-Bretagne a accepté 
de participer à l'invasion sans avoir épuisé toutes les options 
qui auraient pu permettre d'éviter de recourir aux armes et 
qu'elle a ainsi contribué à saper l'autorité des Nations unies. 
    "Il est à présent évident que la politique vis-à-vis de 
l'Irak a été fondée sur des renseignement et sur des 
considérations biaisées. Ils n'ont pas été remis en question 
comme ils auraient dû l'être", a déclaré John Chilcot. 
    Invité à s'exprimer sur les conclusions de la commission 
d'enquête, l'actuel Premier ministre britannique, David Cameron, 
a estimé qu'il était important de tirer les leçons de cette 
intervention tout en appelant les députés britanniques à ne pas 
s'exonérer de leurs responsabilités, eux qui ont voté en faveur 
de l'invasion de l'Irak. 
    "La décision de partir en guerre a été votée dans cette 
chambre et les membres de tous bords ont voté en faveur de 
l'action militaire, nous devons prendre notre part de 
responsabilité", a-t-il déclaré à Westminster. 
    Le chef de l'opposition travailliste, Jeremy Corbyn, qui 
s'était à l'époque opposé à l'entrée en guerre du Royaume-Uni, a 
jugé que ce dossier montrait qu'il était important que Londres 
s'émancipe des Etats-Unis pour éviter qu'une telle erreur se 
reproduise. 
    "Comme l'a dit Sir John Chilcot, la guerre n'était pas le 
dernier recours", a déclaré Jeremy Corbyn au Parlement. 
"Franchement, il s'agissait d'un acte d'agression militaire 
lancé sous un faux prétexte, comme le dit la commission 
d'enquête", a-t-il dit. 
    "Il y a beaucoup de leçons à tirer de la guerre en Irak. 
Parmi elles, il y a la nécessité d'une relation plus ouverte et 
plus indépendante avec les Etats-Unis et celle de fonder la 
politique étrangère sur le respect du droit international et 
l'autorité des Nations unies", a ajouté Corbyn. 
 
 (Nicolas Delame pour le service français) 
 
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  • M4661438 il y a 5 mois

    il n'y a qu'à le pendre pour expier ses fautes !