Blair et Major plaident d'une seule voix contre le Brexit

le , mis à jour à 16:44
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 (Actualisé avec Bill Clinton § 10) 
    BELFAST, 9 juin (Reuters) - Tony Blair et John Major ont 
plaidé d'une seule voix jeudi en Irlande du Nord pour le 
maintien du Royaume-Uni dans l'Union européenne, estimant qu'une 
victoire du "Brexit" au référendum du 23 juin mettrait en 
question l'unité du pays. 
    Un divorce avec l'UE, ont argumenté les deux anciens 
Premiers ministres, pourrait raviver le mouvement 
indépendantiste écossais et faire dérailler les accords de paix 
nord-irlandais. 
    A deux semaines jour pour jour du scrutin, le travailliste 
Tony Blair et le conservateur John Major, qui ont tous deux joué 
un rôle important dans le processus de paix en Irlande du Nord 
dans les années 90, s'exprimaient ensemble à l'Ulster University 
de Londonderry. 
    "Renoncez à notre appartenance à l'Europe mais ne soyez pas 
surpris si au final, en conséquence, nous renonçons 
accidentellement aussi à notre union", a déclaré John Major, qui 
a dirigé le gouvernement entre 1990 et 1997. "L'union la plus 
fructueuse de l'histoire du monde pourrait se disloquer pour de 
bon." 
    Si les Ecossais votent pour le maintien dans l'UE mais que 
le Royaume-Uni dans son ensemble choisit de divorcer de 
l'Europe, la pression en faveur d'un nouveau référendum sur 
l'indépendance de l'Ecosse "pourrait s'avérer incontrôlable et 
politiquement irrésistible", a-t-il dit.  
    En 2014, les Ecossais avaient rejeté l'indépendance par 55% 
des voix. "Si le Royaume-Uni sortait de l'Union européenne, je 
pourrais bien envisager un résultat différent", a ajouté John 
Major. 
    Tony Blair, qui lui a succédé au 10, Downing Street jusqu'en 
2007, a insisté pour sa part sur les conséquences d'une victoire 
du Brexit sur le processus de paix nord-irlandais. 
    L'Accord de paix pour l'Irlande du Nord d'avril 1998 a mis 
fin à 30 années de troubles entre catholiques nationalistes 
partisans d'un rattachement à l'Irlande et protestants 
loyalistes partisans d'un maintien dans le Royaume-Uni. Ces 
troubles ont fait plus de 3.600 morts. 
    "Si nous devions partir le 23 juin, cela mettrait l'avenir 
de l'Irlande du Nord en danger, cela mettrait notre union en 
danger", a-t-il dit, appelant à empêcher que le pays ne s'engage 
dans une "direction imprudente". 
    Dans une tribune que publie jeudi le magazine britannique 
New Statesman, l'ancien président américain Bill Clinton, autre 
artisan du processus de paix nord-irlandais, reprend le même 
argument. "Je redoute, écrit-il, que la prospérité et la paix 
futures en Irlande du Nord puissent être remises en question si 
la Grande-Bretagne se retire" de l'UE. 
     
    SOROS CROIT EN UNE VICTOIRE DU "IN" 
    Opposante au maintien du Royaume-Uni au sein de l'UE, la 
secrétaire d'Etat pour l'Irlande du Nord, Theresa Villiers, 
estime que les propos de Blair et Major sont irresponsables. 
"Quels que soient les résultats du référendum, l'Irlande du Nord 
ne reviendra pas aux troubles de son passé. Suggérer autre chose 
serait hautement irresponsable", a-t-elle déclaré. 
    Le camp du Brexit a en revanche perdu un soutien, jeudi, en 
la personne de la députée conservatrice Sarah Wollaston, 
indignée par ceux qui accréditent l'idée d'un meilleur 
financement des services de santé britanniques en cas de sortie 
de l'UE. 
    Selon elle, les dirigeants de la mouvance "Vote Leave" ont 
"en connaissance de cause inscrit un mensonge au coeur de leur 
campagne". Elle faisait allusion au chiffre de 350 millions de 
livres (446 millions d'euros) que, selon Vote Leave, le 
Royaume-Uni verse chaque semaine à l'UE, chiffre que contestent 
les partisans du "In" et des économistes en faisant remarquer 
que le rabais consenti à Londres n'est pas pris en compte. 
    Vote Leave suggère d'investir cette somme dans le service de 
santé publique, le NHS. 
    De son côté, le financier George Soros dit avoir bon espoir 
que le camp du maintien dans l'UE l'emporte le 23 juin, rapporte 
le Wall Street Journal. Le risque demeure toutefois, selon lui, 
que l'UE s'effondre du fait de la crise migratoire, des déboires 
de la Grèce et du risque de "Brexit". 
    "Si la Grande-Bretagne se retire, cela provoquera un exode 
général, et la désintégration de l'Union européenne deviendra 
pratiquement inévitable", a-t-il dit au Wall Street Journal. 
     
    VOIR AUSSI 
    LE POINT sur le référendum du 23 juin:   
 
 (Freya Berry et Conor Humphries; Danielle Rouquié, Eric Faye et 
Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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