Birmanie-Les partisans de Aung San Suu Kyi confiants après l'élection

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* 30 millions de Birmans appelés aux urnes * Premier scrutin libre depuis vingt-cinq ans * La LND d'Aung San Suu Kyi part favorite * L'armée assure qu'elle reconnaîtra le résultat * Même en cas de victoire, Suu Kyi ne pourra pas devenir présidente * Les Etats-Unis qualifient le vote d'étape importante mais qui a été "loin d'être parfaite" (actualisé commentaires de John Kerry) par Hnin Yadana Zaw et Antoni Slodkowski RANGOUN, 9 novembre (Reuters) - Les partisans de l'opposante Aung San Suu Kyi ont explosé de joie dimanche, à l'issue de la première consultation générale libre en 25 ans en Birmanie, un scrutin qui doit parachever la transition amorcée en 2011 par les ex-dirigeants militaires. Même si le résultat du vote ne sera pas connu avant au moins 36 heures, une foule dense a bloqué une route très fréquentée située le long de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi, applaudissant à tout rompre et agitant des drapeaux rouges. La LND devrait remporter la plus large part des suffrages des quelque 30 millions de Birmans qui ont désigné, parmi plusieurs milliers de candidats, leurs représentants au parlement et dans les assemblées régionales. Une clause de la constitution empêche la lauréate 1991 du prix Nobel de la paix de briguer la présidence du fait de la nationalité étrangère de ses enfants, qu'elle a eus avec le Britannique Michael Aris, mort depuis plus de quinze ans. Mais Aung San Suu Kyi a réaffirmé cette semaine qu'elle dirigerait le gouvernement si son parti remporte les élections législatives, disant qu'elle serait "au-dessus du président." ID:nL8N13006H Les bureaux de vote ont fermé à 16h00 (09h30 GMT) et le résultat des élections devrait se dessiner très progressivement au cours de la journée. Des responsables ont dit que le nom des vainqueurs de sièges serait connu en fin de journée mais que le résultat global ne serait pas communiqué avant mardi matin. Un observateur international de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), Durudee Sirichanya, a déclaré que "Sur la base des dizaines de personnes à qui nous avons parlé depuis six heures du matin, tout le monde a dit avoir pu voter pour qui il voulait, en toute sécurité". Un responsable de la LND, Aung Than Htun, a déclaré en qualité de scrutateur dans un bureau de vote avoir découvert des morts sur les listes électorales, mais à part cela, a-t-il dit, "tout est correct". Ces élections sont les premières depuis qu'un gouvernement "quasi civil" a succédé en 2011 à la junte militaire qui était au pouvoir depuis près d'un demi-siècle. C'est le premier scrutin libre depuis les législatives de 1990, largement remportées par la LND, mais dont le résultat avait été ignoré par l'armée. Suu Kyi était déjà en résidence surveillée. Au total, la "dame de Rangoun" a vécu quelque quinze années de privation de liberté. HANDICAP Aung San Suu Kyi, qui a 70 ans, est allée voter dans un bureau de Rangoun où elle a été accueillie par une nuée de photographes de presse. Des cris de "Victoire ! Victoire !" fusaient parmi la foule rassemblée sur place. Khin May Oo, un électeur de 73 ans, s'est dit convaincu de vivre un tournant historique pour le pays, tout en se disant inquiet quant à la réaction de l'armée. "Je ne suis pas certain qu'ils accepteront les résultats", a-t-il dit. A Naypyitaw, la capitale construite par la junte, le commandant en chef de l'armée, Min Aung Hlaing, a assuré que ces élections ne seraient pas comparables à celles de 1990. "Si le peuple choisit (la LND), il n'y a pas de raison que nous ne l'acceptions pas", a-t-il dit. La Ligue nationale pour la démocratie est confrontée à un obstacle dans toute constitution éventuelle du gouvernement puisque, même en cas de vote jugé libre, un quart des sièges du parlement restera occupé par des officiers militaires non élus. Cela veut dire que, pour diriger le pays et en choisir le président, la LND, seule ou avec ses alliés, doit remporter plus des deux tiers des sièges mis en jeu. En revanche, le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP) aura, le cas échéant, besoin de beaucoup moins de sièges pour arriver au pouvoir, fort du soutien du bloc militaire. 40.000 POLICIERS DÉPLOYÉS Cela dit, les électeurs devraient largement se détourner de l'USDP, mis sur pied par l'ancienne junte et dirigé par d'anciens officiers militaires, puisqu'il est associé à la la dictature brutale qui a sévi pendant des décennies dans le pays. Un résultat serré pourrait donner à l'un des 91 partis en lice, parmi lesquels des formations représentant les nombreuses minorités ethniques du pays, un rôle clé dans des négociations sur la formation d'un gouvernement. La campagne électorale a été marquée par des tensions religieuses alimentées par les nationalistes bouddhistes qui ciblent la minorité musulmane. Quatre millions de personnes, dont un million de musulmans de la minorité Rohingya, considérés comme apatrides dans leur propre pays, n'ont pas pu voter. John Kerry, secrétaire d'Etat américain, déclare dans un communiqué que les élections ont constitué un important pas en avant, tout en ajoutant que le processus avait été "loin d'être parfait". Il reste des obstacles importants à la mise en plein d'un gouvernemement civil et démocratique de plein exercice, souligne John Kerry, "y compris l'attribution d'un nombre important de sièges, non élus, aux militaires, la marginalisation de groupes de personnes qui avaient voté aux précédentes élections dont les Rohingya (...)". Même en cas de victoire de la LND, l'armée continuerait à disposer d'importantes prérogatives. Des positions ministérielles lui sont réservées, la Constitution lui donne le droit d'outrepasser les décisions du gouvernement dans certaines circonstances, et les militaires détiennent, à travers des sociétés holding, une forte emprise sur l'économie. Quelque 10.000 observateurs avaient été mobilisés pour superviser le scrutin. La sécurité avait été renforcée avec le déploiement de 40.000 policiers spécialement formés pour surveille le déroulement du vote. De nombreux restaurants et marchés sont restés fermés à Rangoun sur ordre du gouvernement. "C'est OK pour nous", a déclaré un vendeur qui tient son échoppe dans une rue de la capitale économique. "C'est notre contribution à l'émergence de la démocratie. (Avec la contribution d'Aung Hla Tun, d'Andrew Marshall, d'Aubrey Belford, de Simon Webb, de Timothy McLaughlin et de Peter Cooney, Henri-Pierre André, Benoît Van Overstraeten, Jean-Stéphane Brosse et Eric Faye pour le service français)

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