Birmanie-Le processus de désignation du gouvernement débute lundi

le
0
    par Hnin Yadana Zaw et Antoni Slodkowski 
    NAYPYITAW, Birmanie, 29 janvier (Reuters) - La Birmanie 
entame lundi le processus de désignation de son premier 
gouvernement démocratique depuis près d'un demi-siècle avec la 
session inaugurale du Parlement issu des législatives de 
novembre remportées par la Ligue nationale pour la démocratie 
(LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi. 
    La LND a obtenu près de 80% des sièges pourvus au suffrage 
universel lors du scrutin qui a marqué la dernière étape d'une 
transition démocratique après 49 ans d'un régime de junte. Les 
militaires avaient transmis en 2011 le pouvoir au réformateur 
Thein Sein et à un gouvernement semi-civil. Ils conservent un 
quart des membres du Parlement. 
    Suu Kyi, qui a passé 15 années en résidence surveillée sur 
ordre du général Than Shwe après la répression sanglante du 
mouvement pro-démocratique mené à la fin des années 1980, ne 
peut prétendre à la présidence. 
    La Constitution de 2008 rédigée par les généraux prévoit que 
la fonction ne peut être confiée à une personne dont le conjoint 
ou les enfants sont d'origine étrangère. Les deux enfants de Suu 
Kyi sont britanniques. 
     La loi fondamentale assure par ailleurs aux militaires de 
conserver la main sur trois ministères clés, l'Intérieur, la 
Défense et les Affaires frontalières, et de disposer d'un quart 
des sièges de l'Assemblée de l'Union composée de deux chambres. 
    La fin de la législature a été marquée vendredi par des 
célébrations réunissant élus sortants et entrants de tous les 
partis lors d'une cérémonie animée par des danses 
traditionnelles et un banquet à Naypyitaw, la capitale. 
    "Je suis très contente d'être là. Je vais travailler dur 
pour promouvoir les droits des femmes et créer de nouvelles 
opportunités en leur faveur", a dit Myint Myint Soe, nouvelle 
députée de la LND. 
     
    SUU KYI NÉGOCIE EN COULISSES 
    Si l'atmosphère est plutôt à l'optimisme, les prochains mois 
pourraient être marqués par des tensions après un demi-siècle 
d'affrontements politiques entre civils et militaires. 
    Les dirigeants de la LND se sont appliqués ces dernières 
semaines à rassurer les généraux, promettant qu'ils entendaient 
se concentrer sur l'avenir et qu'ils souhaitaient tourner la 
page du passé.  
    "La stratégie actuelle de la LND est de ne pas faire peser 
de pression sur les militaires", a commenté Tin Oo, général en 
retraite et membre influent du parti de Suu Kyi. 
    Les parlementaires éliront leur président la semaine 
prochaine puis procéderont à la désignation d'un chef de l'Etat 
pour remplacer Thein Sein, dont le mandat arrive à terme fin 
mars. 
    Dans les prochaines semaines, la Chambre des représentants 
(chambre basse, 440 sièges), l'Assemblée nationale (chambre 
haute, 224 sièges) et le bloc des militaires non élus 
présenteront chacun un candidat à la présidence. 
    Le Parlement votera alors pour désigner un chef de l'Etat 
qui aura la charge de former un gouvernement et diriger le pays 
à partir du 1er avril. 
    Pour l'instant, la LND entretient le mystère sur le candidat 
qu'elle soutiendra pour la présidence et évite de brusquer les 
soldats dans les intenses tractations menées en coulisses. 
    Avant le scrutin, Suu Kyi avait affirmé qu'elle dirigerait 
le pays en se plaçant "au-dessus du président" mais pour être 
désignée, elle doit obtenir une réforme de la Constitution et 
pour cela obtenir le soutien d'une partie des parlementaires 
nommés par l'armée. 
    La LND a indiqué ne pas vouloir exiger une réforme de la loi 
fondamentale dans l'immédiat. Les spéculations tournent donc 
autour de la désignation d'un fidèle de Aung San Suu Kyi sur 
lequel la "Dame de Rangoun", sans avoir de fonction officielle, 
pourrait exercer son influence après 30 ans de marche vers le 
pouvoir. 
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant