Biocarburants : une facture élévée

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Un bilan énergétique peu favorable, une pertinence écologique contestée, et un coût élevé pour le consommateur: le bilan de la cour des Comptes sur le soutien public aux biocarburants est sévère.

L'automobiliste français sait-il qu'en faisant le plein de super ou de gazole, il finance «la totalité de la politique française en faveur des biocarburants»? Sait-il que son gazole contient «très certainement du biodiésel»? Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes a posé ces questions concrètes en préambule de la présentation du rapport, mardi, sur «l'évaluation de la politique d'aide aux biocarburants».

Développés dès les années 1970 pour réduire la dépendance aux énergies fossiles de l'Hexagone, les biocarburants ont bénéficié au fil des ans d'aides motivées par des objectifs «trop nombreux, peu explicités et mal hiérarchisés», pointe Didier Migaud.

La Cour a calculé que le coût total des deux filières, bioéthanol (issu de la betterave) et biodiésel (issu du colza ou du tournesol) s'est élevé pour l'État à 820 millions d'euros dans la période 2005-2010. Les pouvoirs publics aident la filière notamment par le biais d'une réduction de la TIC (taxe intérieure sur la consommation, ex-Tipp) accordée aux producteurs d'éthanol ou de biodiésel. Mais c'est le consommateur qui a en réalité financé l'essentiel de la filière, en supportant sur cette même période un surcoût de près de 3 milliards d'euros.

Explication: les mélanges contenant des biocarburants sont moins énergétiques. Un litre de bioéthanol pur permet de parcourir seulement 69% de la distance parcourue avec un litre d'essence pure.

Surconsommation

Conséquence, l'incorporation de biocarburants a entraîné une surconsommation de carburant. S'ajoute à la facture des automobilistes le coût de production des biocarburants, supérieur aux carburants pétroliers, répercuté à la pompe. Enfin, les distributeurs qui n'incorporent pas assez de biocarburants dans leurs mélanges paient en pénalité la TGAP (taxe générale pour les activités polluantes), elle aussi répercutée sur le consommateur. Au final, la Cour estime que les biocarburants coûtent à l'automobiliste 4,6 centimes par litre d'essence, ou 1,2 centime par litre de gasoil. Des chiffres en apparence insignifiants qui, multipliés par les milliards de litres consommés aboutissent à ce montant de 3 milliards d'euros.

À quelles fins, ces dépenses? Le bilan énergétique des biocarburants n'est «pas aussi favorable qu'on pourrait le croire», pointe la Cour. Pour avoir un impact significatif en terme d'indépendance énergétique, il faudrait incorporer davantage de biocarburants, ce qui supposerait pour les constructeurs de produire des moteurs adaptés et de consacrer une part excessive des surfaces agricoles aux cultures énergétiques.

Le bilan écologique, seulement esquissé par la Cour, est également contesté.

Reste un bilan «légèrement positif» pour l'agriculture, en particulier la filière colza qui a bénéficié d'importants débouchés, malgré des importations massives d'huiles de palme. L'industrie des biocarburants emploierait quelque 18.000 personnes en France.

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  • paumont1 le mercredi 25 jan 2012 à 12:37

    payer les agriculteurs a fabriquer de l'essence au lieu de céréales renchérit les prix de celles-ci, d'ou l'augmentation du prix du pain, des pâtes etc.... une superbe c.....ie

  • lecorr le mercredi 25 jan 2012 à 11:39

    Les producteurs de bio-carburants américains ont avoué devant le sénat qu'il fallait entre 1 et 1.5 litres de carburant issus du pétrole pour faire un litre de 'bio-carburant'... Cherchez l'erreur. Pendant ce temps, un plein coute 300Kg de nourriture. Ce qui est la consommation d'un européen sur 6 mois (et un an en Afrique?). Donc, un plein égal un mort...

  • nosphe le mercredi 25 jan 2012 à 10:17

    Ca fait des annee que la thailande a imposer que les transports public ( bus taxi.. ) les camion et car fonctionne exclusivement au gaz... si on applique ca a la france... sa donnerais quoi ??

  • diosmus le mercredi 25 jan 2012 à 09:52

    comme d'hab, "on" ne tiendra pas compte de... la Cour des Comptes !

  • jean.coq le mercredi 25 jan 2012 à 09:48

    Les Allemands avaient développé pendant la guerre un procédé de liquéfaction du charbon. Dans les années 70-80 une société allemande d'ingénierie a contruit deux usines de liquéfaction du charbon en Afrique du Sud.

  • migemont le mercredi 25 jan 2012 à 09:44

    comme quoi en subventionnant on fausse les lois du marché et au final c'est le contribuable qui paie ou le consommateur.on a le meme probleme avec le solaire ou les fabricants se sont gavés et en plus ils n'etaient pas fraçais et c'est l'ensemble des consommateurs par une nouvelle ligne de facturation sur les factures EDF qui paient la subvention.et on va vous parler d'environnement!!!!!!!!!

  • khmane08 le mercredi 25 jan 2012 à 09:43

    nous on préfère le rhum c'est vrai :)mais on fait pousser des bananes au Maroc et en France on n'arrive pas pour la canne à sucre ?

  • jean.coq le mercredi 25 jan 2012 à 09:42

    Faire du biocarburant est un scandale humanitaire. Utiliser des surfaces cuultivables a autre chose que produire de quoi nourrir le monde est une hérésie. Il y a encore beaucoup trop de monde sur terre qui litteralement meurt de faim, pour se livrer a de telles stupidités. Cela devrait etre boycotté. Il y a d'autres sources de production de carburant.

  • Aeldar le mercredi 25 jan 2012 à 08:06

    Nan : le cas du Brésil n'est pas portable en Europe. Ils utilisent la canne à sucre bienplus efficace (rendement...) mais qui malheureusement n'est pas adapté en France...Utiliser du colza ou de la betterave est effectivement une fausse bonne idée.Manger ou rouler, camarade, choisis ton camp.

  • khmane08 le mercredi 25 jan 2012 à 07:36

    peut être envisager un séjour au Brésil mais pas pour le carnaval