Biocarburants: "coup de poignard" de Bruxelles aux agriculteurs

le
24
La Commission souhaite réduire de manière draconienne la part des biocarburants de première génération dans les carburants des transports entre 2021 et 2030 ( AFP/Archives / JOHN THYS )
La Commission souhaite réduire de manière draconienne la part des biocarburants de première génération dans les carburants des transports entre 2021 et 2030 ( AFP/Archives / JOHN THYS )

"Inadmissible" ! Les cultivateurs européens sont dans une colère noire après la proposition surprise de la Commission européenne de freiner le recours aux agrocarburants d'ici 2030.

"C'est un coup de poignard dans le dos": Eric Lainé, planteur de betteraves et patron des betteraviers français, n'en revient pas.

La Commission a annoncé mercredi qu'elle souhaitait réduire de manière draconienne la part des biocarburants de première génération dans les carburants des transports entre 2021 et 2030: ils tomberaient ainsi à 3,8% alors que l'objectif est à 7% pour 2020.

Concrètement, il s'agit de réduire l'ajout de bioéthanol issu de céréales ou de betteraves dans l'essence vendue en Europe, et du biodiesel produit à partir d'oléagineux, comme le colza ou le tournesol dans le gazole.

A l'inverse, la Commission table sur des objectifs croissants d'incorporation de biocarburants dits avancés, fabriqués à base de déchets agricoles et forestiers ou de microalgues, pour atteindre 3,6% en 2030.

Alors que les betteraviers font partie des seuls agriculteurs français dont les perspectives demeuraient encore un peu prometteuses, avec notamment la fin des quotas de sucre en octobre 2017, cette proposition tombe comme une douche froide.

Une telle mesure est "inadmissible", dit Dietrich Klein, du Copa-Cogeca, qui rassemble les syndicats et les coopératives agricoles européens.

"Ces carburants sont la seule alternative réelle sur le long terme aux carburants fossiles, lesquels sont moins respectueux de l'environnement que les biocarburants conventionnels. Sans eux, l'UE ne parviendra pas à réaliser ses objectifs en matière de climat et d'énergie", estime-t-il.

Une thèse contraire à celle de nombreuses ONG: longtemps vu comme l'alternative idéale aux carburants fossiles, les agrocarburants sont depuis plusieurs années épinglés en raison de leur impact négatif sur la production alimentaire, la déforestation et à terme le climat.

Marc-Olivier Herman, de l'ONG Oxfam, qui aurait souhaité que la Commission soit encore plus radicale en éliminant tous les agrocarburants de première génération, a même estimé qu'elle avait "cédé à la pression du puissant lobby des biocarburants".

Selon Oxfam, le fait d'utiliser des terres arables à des fins énergétiques diminue les surfaces disponibles pour la production d'aliments. Cela contribue donc à l'augmentation des prix et aggrave le problème de la faim dans le monde.

Le Commissaire européen Miguel Arias Cañete à Marrakesh, le 19 octobre 2016
Le Commissaire européen Miguel Arias Cañete à Marrakesh, le 19 octobre 2016 ( AFP/Archives / FADEL SENNA )

Alors qu'actuellement "le pétrole compte pour 94% de l'énergie utilisée pour faire marcher voitures, camions, bateaux et avions en Europe, ces nouvelles mesures vont doper l'utilisation de biocarburants avancés", a plaidé mercredi le Commissaire européen Miguel Arias Cañete, lors d'une conférence de presse.

- 'Menace pour l'emploi' -

"Faux", rétorquent les betteraviers, qui contestent les effets pervers évoqués par les ONG, et jugent "irréaliste" de vouloir produire des biocarburants "avancés" à ce rythme.

Une usine de traitement de betteraves à Bazancourt, près de Reims, le 26 novembre 2014
Une usine de traitement de betteraves à Bazancourt, près de Reims, le 26 novembre 2014 ( AFP/Archives / FRANCOIS NASCIMBENI )

"On va se battre contre ça et ça ne va pas rester en l'état", menace Alain Jeanroy, directeur général de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB).

Cette proposition de la Commission est en effet encore loin d'être adoptée et effective.

La Commission avait déjà appelé il y a quelques années à limiter à 5% le taux d'incorporation des biocarburants de première génération, mais le Parlement européen s'y était opposé.

Nicolas Rialland, responsable bio-éthanol à la CGB, redoute une "double peine": selon lui cette décision s'ajouterait à une baisse "considérable" de la demande en carburant, en raison du renouvellement du parc automobile.

"On aurait des fermetures d'usines, c'est une menace pour l'emploi", estime-t-il, chiffrant à 10% la production betteravière française qui serait menacée.

"Cela aura également un effet négatif sur les marchés agricoles européens, principalement pour le secteur des oléagineux" (colza, tournesol...), met en garde Dietrich Klein.

"Le premier débouché des oléagineux français est le biocarburant", déclare à l'AFP Gérard Tubéry, producteur d'oléoprotéagineux dans l'Aude, qui craint la mise en péril de toute une filière.

"Le traitement dans ce projet de texte des biocarburants de première génération est inacceptable", a réagi le Syndicat des énergies renouvelables (SER), principale organisation professionnelle du secteur dans l'Hexagone, mettant également en garde contre la mise à mal "des sites industriels et plusieurs dizaines de milliers d'emplois en France".

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M8252219 il y a 2 jours

    Réaction uniquement financière les betteraviers voyaient à terme un maintien des profits .

  • M5626052 il y a 2 jours

    Vive les écolos ! quelle cohérence ! Entre ceux qui ont milité pour le développement des agro-carburants et ceux qui en dénoncent les effets négatifs, on ne serait pas surpris que ces soient les mêmes. De plus, au nom de la bonne conscience, ils tuent le tourisme à la Réunion (les requins) alors qu'ils ne sont même pas des natifs de l'île. Sans compter les Grünen, plus gros producteurs de CO2 dans le monde, en ayant fait fermer les centrales nucléaires allemandes.

  • pape4530 il y a 2 jours

    Pour une fois que l'Europe arrive à prendre une décision de bon sens, il faut s'en féliciter et la relayer, ce n'est pas si souvent.

  • pcostepl il y a 2 jours

    on ne produit pas de la nourriture pour faire des carburants !!!!!là c est du gachis!!!

  • M8603854 il y a 2 jours

    La France ne deviendra pas un grand champ de betteraves. Merci Bruxelles!

  • M7097610 il y a 2 jours

    et puis les agriculteurs en question ne sont plus agriculteurs depuis longtemps... Ce sont des industriels de l'agriculture qui font faire le travail par quelques smicards à vie pendant qu'ils descendent les pistes de Courchevel ou se dorent la pilule à St Barth

  • c.thom31 il y a 2 jours

    Remplacer la jachère pour cultiver des biocarburants (céréales, betteraves) est aberrant, la jachère sert à reposer la terre , pour qu'elle puisse à nouveau être fertile.

  • M7097610 il y a 2 jours

    la commission reculera car les betteraviers sont un Etat dans l'Etat. Courage monsieur le commissaire européen, on vous soutient contre les aristocrates de la fnsea

  • BARIL22 il y a 2 jours

    Bruxelles à raison pour une fois. Les terres agricoles doivent être utilisées pour nourrir la population. Les biocarburants sont une farce pour capter l'électorat agricole.

  • uran il y a 2 jours

    A une époque relativement récente on mettait des terres en jachère à cause des excédents européens. Les bio-carburants de 1ere génération étaient considérés comme une alternative à la jachère.La faim dans le monde peut être causée par des prix trop élevés mais on l'oublie trop souvent aussi par des prix anormalement bas qui ruinent les producteurs locaux des pays pauvres et facilitent les importations de produits agricoles au détriment de la production locale.