BILAN-M&A-La France recule malgré des entreprises plus offensives

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    * Recul de 30% des transactions en France en 2015 à $160,8 
mds 
    * Bond de 26% des acquisitions des groupes français à 
l'étranger 
    * Les fonds activistes aux portes des entreprises 
 
    par Matthieu Protard 
    PARIS, 22 décembre (Reuters) - Alors qu'au niveau mondial 
les fusions et acquisitions ont renoué en 2015 avec leurs plus 
hauts d'avant la crise financière, portées par les Etats-Unis, 
le marché français s'inscrit à contre-courant avec un net recul 
des transactions. 
    Pour autant, les entreprises françaises se sont révélées 
plus conquérantes que par le passé en se lançant dans des 
opérations d'acquisitions à l'étranger, surtout 
outre-Atlantique. Un appétit qu'elles devraient conserver en 
2016, de l'avis de plusieurs banquiers d'affaires. 
    La chute des Bourses asiatiques cet été, sur fond 
d'inquiétudes sur l'état de santé de l'économie chinoise, a fait 
prendre conscience que les économies émergentes n'étaient pas la 
panacée. Et les entreprises se tournent de plus en plus vers les 
Etats-Unis pour diversifier leurs activités à l'international. 
    En témoignent le rachat en novembre de l'américain Airgas 
 ARG.N  par Air Liquide  AIRP.PA  ou l'acquisition au début du 
printemps d'Igate par Capgemini  CAPP.PA .   
  
    AccorHotels  ACCP.PA  s'est de son côté renforcé 
outre-Atlantique avec la reprise de FRHI Holdings, le 
propriétaire des prestigieuses chaînes hôtelières Fairmont, 
Raffles et Swissôtel.   
    "Nous avons assisté cette année à une très nette 
accélération du dialogue transatlantique", explique Sophie 
Javary, responsable corporate finance chez BNP Paribas pour 
l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique. "Il devient plus 
difficile de convaincre les conseils d'administration de faire 
des opérations dans les pays émergents." 
    D'après les données de Thomson Reuters, les acquisitions 
d'entreprises étrangères par des groupes français ont crû cette 
année de 26% pour atteindre 64,1 milliards de dollars (58,71 
milliards d'euros).  
    "Les perspectives résilientes de croissance aux Etats-Unis 
face à une conjoncture européenne atone et au ralentissement des 
économies chinoise et brésilienne contribuent à accélérer les 
réflexions stratégiques de certains groupes qui cherchent 
désormais à renforcer leur présence américaine par des 
acquisitions", souligne Catherine Soubie, responsable de la 
banque d'affaires chez Barclays pour la France, la Belgique et 
le Luxembourg. 
     
    DES ACTIVISTES EN EMBUSCADE 
    Cet appétit pour les acquisitions à l'international n'a 
toutefois pas empêché le marché français du M&A de reculer en 
raison d'une contraction des rachats d'entreprises françaises 
par des groupes étrangers après une année 2014 particulièrement 
faste. 
    En France, le volume des transactions a baissé de 30% cette 
année à 160,8 milliards de dollars (147,21 milliards d'euros) 
contre 229 milliards en 2014, d'après l'étude de Thomson 
Reuters. Au niveau mondial, il a bondi de plus de 40% et dépassé 
les niveaux d'avant la crise financière, porté par des 
opérations comme la fusion des chimistes américains Dow Chemical 
 DOW.N  et DuPont  DD.N .   
    "La France s'inscrit à contre-courant de cette tendance 
mondiale", commente Pierre Hudry, codirecteur de la banque 
d'affaires de Goldman Sachs pour la France, la Belgique et le 
Luxembourg. "Cette pause n'est pas fondamentalement justifiée. 
Tous les facteurs sont là pour favoriser les transactions." 
    "Je pense que 2016 sera plus actif", pronostique pour sa 
part Cédric Léoty, coresponsable de la banque d'affaires de Citi 
en France. "On sent que les entreprises ont la volonté de faire 
des transactions au premier semestre avec en toile de fond le 
début de la campagne pour l'élection présidentielles après 
l'été." 
    Les fonds activistes, déjà à la manoeuvre en Allemagne et en 
Grande-Bretagne, pourraient d'ailleurs venir enflammer le marché 
français du M&A en forçant certaines entreprises à se 
restructurer. La charge de l'américain Carson Block sur Casino 
 CASP.PA  a d'ailleurs fait prendre conscience de la menace. 
  
    "La menace des fonds activistes reste bien présente et met 
les grands groupes sous pression, en particulier ceux dont les 
activités sont très diversifiées", prévient Alexandre Courbon, 
responsable corporate finance pour la France à la Société 
générale. 
    "Toutes les entreprises sont des cibles potentielles, même 
celles qui ont l'Etat à leur capital", fait remarquer de son 
côté Matthieu Pigasse, directeur général de Lazard en France. 
"Les entreprises aux structures d'organisation complexes ou aux 
cours de Bourse décotés sont des cibles privilégiées." 
     
    L'étude Thomson Reuters sur le marché français du M&A: 
    http://bit.ly/1kehc2G 
 
 (Edité par Dominique Rodriguez) 
 

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