Bielsa, l'homme de la situation ?

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Bielsa, l'homme de la situation ?
Bielsa, l'homme de la situation ?

A l'OM, la folie des grandeurs pourrait bientôt porter un nom, celui de Marcelo Bielsa. Le technicien argentin est en négociation avec Vincent Labrune depuis ce week-end et les discussions ont bien avancé. Selon Veronica Brunati, journaliste argentine de Marca qui avait annoncé l'arrivée de Tata Martino au Barça, l'accord a même été trouvé entre les deux parties ce mardi. Un contrat de trois ans est acté. L'ancien entraîneur de l'Athletic Bilbao est retourné en Argentine pour finaliser les derniers détails et rejoindre sa famille avant un accord définitif qui devrait intervenir dimanche. Mais « El Loco », comme on le surnomme en Argentine, a demandé des garanties pour rejoindre la cité phocéenne. Et notamment celle d'avoir les pleins pouvoirs. Quand on connaît l'organigramme de l'OM depuis de nombreuses années, on est certain qu'un homme demeure gênant : José Anigo, directeur sportif devenu entraîneur par la force des choses, est en plus dans le collimateur des supporters phocéens. Son départ semble devenu inéluctable. Impossible de toute façon de voir les deux hommes cohabiter car si Bielsa vient à l'OM, c'est avec ses hommes. Une armée d'adjoints à tous les étages du staff (technique, formation, physique, recrutement). Bref, une vraie révolution du côté de la Canebière. Les amoureux du club ont demandé du changement. Avec l'Argentin, ils devraient être servis.

Un amoureux du 3-4-3

Notamment dans le jeu, où en grand amoureux du football précis, juste et ordonné, l'ancien sélectionneur du Chili est un adepte du 3-3-1-3 (ou 3-4-3). Une évolution tactique qui changerait radicalement le visage d'un OM sans fondement de jeu cette saison. Imaginez plutôt, c'est le style de jeu qu'utilisait le FC Barcelone sous la houlette de Johan Cruyff. Le mieux placé pour en parler d'ailleurs. « Jouer ainsi revient à donner des cannes d'aveugle si on ne l'applique pas bien, expliquait-il à l'époque. Avec ce système, que personne ne s'y trompe : soit tu le fais parfaitement, soit c'est un suicide collectif ! » Une façon de jouer très répandue en Amérique du Sud mais qui a du mal à s'exporter en Europe. Seuls l'Ajax Amsterdam de 1995 (Rijkaard, Davids, Seedorf, R.de Boer, Overmars, Finidi ou Litmanen en faisaient partie) ou le Milan AC d'Alberto Zaccheroni s'y sont essayés. Car ce système, à vocation ultra-offensive, demande une rigueur de tous les instants et une débauche physique au-delà de la normale. Mais bien réalisé, il permet d'étouffer son adversaire et de monopoliser le ballon. Autant dire qu'il s'agirait plus qu'une révolution dans un club où la possession de balle est aujourd'hui régulièrement laissée à l'adversaire, faute de mieux.

Un exemple pour Pep Guardiola

Il faudra donc au technicien argentin un collectif prêt à rentrer dans ce schéma de jeu. A l'heure actuelle, l'effectif olympien semble bien incapable d'y parvenir. Et c'est là où Marcelo Bielsa a demandé des garanties dans le recrutement. Celui-ci aurait d'ailleurs exigé la refonte totale de la cellule chargée du Mercato, en incluant évidemment ses hommes de main. Ce passionné du moindre détail et cet acharné de travail a séduit bon nombre de personnages du football qui ont eu la chance de le croiser. Véritable mentor de Gabriele Batistuta, Bielsa fait partie de ces maîtres-tacticiens souvent cités en exemple. Pep Guardiola en a d'ailleurs fait l'éloge à maintes reprises. « Parfois, on ne voyait jamais les attaquants et les milieux de terrain, expliquait récemment l'ancien défenseur international argentin Roberto Ayala. On s'entraînait tous séparément, avec des ateliers très spécifiques. Du coup, cela renforçait nos liens entre défenseurs. C'est quelqu'un de très novateur, sûrement l'un des coaches duquel j'ai le plus appris. »

Le Barça et la Roma ont pensé à lui

Véritable institution du côté des Newell's Old Boys, dont le stade porte son nom, Marcelo Bielsa a laissé une trace partout où il est passé. Qu'elle soit positive ou négative, il ne laisse jamais insensible. Sa philosophie de jeu, où tout le monde attaque et tout le monde défend, lui a permis de briller avec l'Argentine (victoire lors des JO de 2004 et finale de la Copa America en 2005) et le Chili, qu'il avait emmené en huitièmes de finale de la Coupe du Monde 2010. Mais depuis un an et son départ de l'Athletic Bilbao, personne n'a réussi à le convaincre de tenter un nouveau challenge (ndlr : il a refusé Palmeiras et le Pérou). Lui n'est pas de nature à se précipiter et se fait même très rare dans les médias. Capable de refuser deux minutes d'entretien individuel, il peut en revanche passer trois heures en conférence de presse après un match de son équipe. Un paradoxe qui résume bien la complexité du personnage. Reste à savoir si l'OM a besoin d'un pragmatique en ce moment. Il y a peu, le Barça (qui cherchait un remplaçant à Tito Vilanova) et la Roma (qui a finalement préféré Rudi Garcia) se sont posé la question. Vincent Labrune semble en tout cas plus que jamais décidé à ferrer le technicien argentin. Peut-être ne mesure-t-il pas précisément l'ampleur de la transformation que devra opérer l'OM? Après Otto Gloria qui avait fait remonter l'OM en première division en 1962, Fernando Riera arrivé en cours de saison 1973-74, et Abel Braga resté seulement quatre mois en 2000, Marcelo Bielsa serait le quatrième entraîneur sud-américain à tenter l'aventure dans la cité phocéenne. On lui souhaite meilleure réussite que ses prédécesseurs.

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