Bettencourt-Ouverture du procès de la juge Prévost-Desprez

le , mis à jour à 10:42
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BORDEAUX, 8 juin (Reuters) - Le procès pour "violation du secret professionnel" de la juge de Nanterre (Hauts-de-Seine) Isabelle Prévost-Desprez, troisième volet de l'affaire Bettencourt, s'est ouvert lundi matin pour deux jours devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. La magistrate est soupçonnée d'être à l'origine de fuites présumées au profit de deux journalistes du Monde au sujet d'une perquisition qu'elle avait supervisée au domicile de Liliane Bettencourt à Neuilly-sur-Seine le 1er septembre 2010 et des auditions de deux employées de l'héritière de l'Oréal. Isabelle Prévost-Desprez risque jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende. La présidente de la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre devra s'expliquer sur les informations obtenues par les journalistes Gérard Davet et Jacques Follorou, qui avaient mis en ligne un article alors que la perquisition était en cours. La trace de deux SMS envoyés par la juge à Jacques Follorou pendant la perquisition a été retrouvée pendant l'instruction. La magistrate et le journaliste avaient co-signé quelques mois auparavant un livre intitulé "Un juge à abattre". Isabelle Prévost-Desprez a reconnu l'existence des deux messages, dont les enquêteurs n'ont pas eu le contenu. Mais elle a assuré que le premier confirmait un rendez-vous avec l'éditeur de l'ouvrage commun et qu'elle avait, dans le second, nié être présente lors de la perquisition. L'enquête a en outre établi que la magistrate avait eu de nombreux échanges avec une quinzaine de journalistes ou organes de presse entre le 23 juillet et le 1er septembre 2010. Comme dans l'ensemble des dossiers de l'affaire Bettencourt, tout est parti de la plainte déposé par Françoise Bettencourt-Meyers, fille de l'héritière de L'Oréal, contre le photographe François-Marie Banier fin 2007 pour abus de faiblesse. Il a cependant fallu attendre juin 2010 et la remise aux enquêteurs des enregistrements clandestins de conversations au domicile de Liliane Bettencourt, effectués par le majordome, pour relancer l'affaire. Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, a alors ordonné plusieurs enquêtes, confiées à Isabelle Prévost-Desprez. Le 1er septembre 2010, jour de la perquisition au domicile de Liliane Bettencourt, l'avocat de la milliardaire, Me Georges Kiejman, déposait plainte pour violation du secret professionnel et le 26 octobre, le procureur de Versailles ouvrait une information judiciaire contre X. Finalement, comme l'ensemble du dossier, cette affaire était dépaysée à Bordeaux en novembre 2010. Deux volets ont déjà été jugés. Dans le premier, pour abus de faiblesse, huit des dix prévenus ont été condamnés à des peines allant d'une amende de 250.000 euros pour l'homme d'affaires Stéphane Courbit à trois ans de prison dont six mois avec sursis et 350.000 euros d'amende pour François-Marie Banier, par ailleurs condamné à verser 158 millions d'euros de dommages et intérêts à la tutelle de Liliane Bettencourt. Dans le deuxième, celui du trafic d'influence, l'ancien ministre UMP Eric Woerth, déjà blanchi dans le volet "abus de faiblesse", et l'ancien gestionnaire de fortune de la milliardaire, Patrice de Maistre, ont été relaxés. (Claude Canellas, édité par Gregory Blachier)

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