Bernard Laporte : " Le pouvoir appartient aux présidents de clubs "

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L'entraîneur de Toulon Bernard Laporte est en campagne pour briguer la présidence de la Fédération française de rugby. Depuis le 1er septembre 2015, l'ancien sélectionneur des Bleus parcoure la France à la rencontre des présidents des 1885 clubs de rugby avec comme objectif de réformer la FFR.

Bernard Laporte, pouvez-vous nous parler de votre campagne ?
On fait le tour de France depuis le 1er septembre 2015. Nous en sommes à notre 28eme réunion. Je vais à la rencontre des présidents de club pour leur expliquer le pourquoi du comment nous avons souhaité avec mon équipe nous engager dans cette candidature. Nous présentons nos idées mais c'est surtout beaucoup d'échanges sous forme de questions-réponses avec des gens concernés.

Les autres candidats paraissent absents de cette campagne, cela joue-t-il pour vous ?
Je ne sais pas, je ne regarde pas les autres. J'ai besoin de montrer aux présidents de clubs que je vais les voir, c'est la première des choses. Ces réunion nous permettent de créer des liens, des affinités, de voir et d'analyser leurs problématiques. C'est vrai que j'en sais vingt fois plus que lorsque j'ai commencé le 1er septembre parce qu'à force de parler de leurs problèmes qui reviennent, qui sont récurrents, j'assimile tout cela et je trouve des solutions. Donc oui c'est toujours intéressant d'aller à leur rencontre. Si les autres ne le font pas, c'est leur problème mais moi je trouve utile et respectueux de venir les voir, et surtout de leur faire comprendre que le pouvoir politique ce sont eux qu'ils l'ont. On leur a tellement supprimé depuis longtemps qu'il faut qu'il le retrouve.

Changer le mode de scrutin en installant le vote décentralisé pour l'élection du président, pensez-vous que c'est possible ?
Bien sûr que c'est faisable. J'aimerais que ce soit même plus que décentralisé parce que je souhaiterais que les présidents puissent voter depuis leur club tout simplement car cela me semble très important. On serait alors véritablement en démocratie. Et pourquoi pas, lorsqu'il y aurait de grandes idées pour le rugby français, faire des référendums pour que tout le monde puisse voter. Cela me semble judicieux. Encore une fois dans le statut, le pouvoir appartient aux présidents de clubs, c'est normal de les consulter.

« L'idée d'un stade appartenant à la FFR est une bonne idée, judicieuse même »

En 2007 vous étiez secrétaire d'Etat chargé des Sports, pourquoi ne pas avoir tenté de réformer la FFR à ce moment-là ?
Parce que lorsqu'on est secrétaire d'Etat chargé des Sports, on ne s'occupe pas des fédérations. Et surtout pas des modes d'élections des fédérations. Il faut savoir que les modes d'élections ne sont pas les mêmes selon les fédérations. Ce n'est pas le rôle du secrétaire d'Etat chargé des Sports de dire aux fédérations ce qu'elles doivent faire. On ne peut pas changer cela, ce n'est pas possible.

La Cour des Comptes a émis un avis défavorable concernant le projet de grand stade voulu par l'actuelle présidence de la FFR. Est-ce une victoire pour vous ?
Non ce n'est pas une victoire pour moi. Je ne suis pas là pour dire que j'ai raison ou j'ai tort. J'essaye d'être logique. L'idée d'un stade appartenant à la FFR est une bonne idée, judicieuse même. Mais faut-il encore en avoir les moyens. Et quand ce n'est pas le cas, il faut oublier cette idée et c'est ce que la Cour des Comptes a dit. Attention à ne pas mettre en danger l'avenir de votre fédération. C'est ce que je dis depuis le début.

A quoi serviront les 100 formateurs fédéraux que vous voulez créer ?
Le but est d'accompagner tous les éducateurs de clubs, d'apporter de la formation à domicile. Il faut former sur place les éducateurs de clubs. Ce sont des bénévoles, des gens qui donnent de leur temps, de leur vie de famille. Et en plus on leur dit souvent : ‘’vous allez vous former et cela coûte tant au club, vous devrez prendre trois-quatre jours sur vos jours de congés’’. C'est inadmissible. Ces gens-là, il faut les valoriser. Ils sont tellement méritants que c'est pour cela qu'il faut leur apporter de la formation à domicile.

« Il n'y a jamais eu de tensions entre Guy et moi »

En parlant de formation, vous voulez 100 % de joueurs français en équipe de France…
Aujourd'hui, comme on ne fait plus de formation, c'est quoi le résultat ? C'est qu'au bout du tuyau, il n'y a plus de joueurs français et on prend des étrangers. On a choisi la facilité et ça je n'en veux pas. Je veux mettre beaucoup de moyens dans la formation pour faire en sorte que dans dix ou quinze ans à la sortie du tuyau il y ait un maximum de joueurs français.

Mais vous-même, vous avez fait appel à des joueurs « étrangers » lorsque vous étiez sélectionneur, comme Tony Marsh ou Pieter de Villiers. Vous comprenez la contradiction entre votre proposition et ce que vous avez fait ?
Bien sûr. Quand on les a lancés c'est parce qu'on n’avait pas de joueurs à leur place. Ce sont des gens qui sont restés 10-12 ans en France. Ce n'est pas comme aujourd'hui où on dit ‘’lui il a joué trois ans en France on le fait jouer de suite’’. Et on en fait même une politique sportive. C'est-à-dire qu'on va les chercher, on attend trois ans et on les fait jouer. C'est ça qui me dérange. Quand un joueur arrive à 18 ans et qu'il en part à 32 ans de France pour moi il n'y a pas de soucis. Mais pour valoriser et pour dire aux clubs « formez, vous serez récompensés’’, il faut qu'on donne l'exemple. L'équipe de France doit s'appuyer sur des joueurs qui, pour moi, doivent avoir la nationalité française.

Si vous êtes élu président de la FFR, vous allez devoir travailler avec Guy Novès, le sélectionneur des Bleus. Or, il paraît que vous ne vous entendez pas très bien tous les deux…
Il n'y a jamais eu de tensions entre Guy et moi. Je l'ai encore eu lundi dernier au téléphone pour la sélection de Florian Fresia. Je n'ai jamais dit que je ne le garderais pas en tant que sélectionneur. J'ai beaucoup de respect pour ce qu'il a fait. On vient du même monde. On a gagné tous les deux beaucoup. Et je pense que cela ferait un beau duo.

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