Bernard Cazeneuve remplace Jérôme Cahuzac au budget

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PASSATION DE POUVOIR AU MINISTÈRE DU BUDGET
PASSATION DE POUVOIR AU MINISTÈRE DU BUDGET

PARIS (Reuters) - Bernard Cazeneuve a pris mercredi les rênes du ministère du Budget, succédant à Jérôme Cahuzac, contraint de démissionner la veille après l'ouverture d'une information judiciaire notamment pour "blanchiment de fraude fiscale".

Pour tenter de circonscrire l'onde de choc, les responsables du Parti socialiste sont montés au créneau pour souligner le caractère "exemplaire" de la décision qui a conduit au départ de celui qui était en première ligne dans la lutte contre les déficits publics au sein du gouvernement.

Deux magistrats chevronnés du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris, Roger Le Loire et Renaud van Ruymbeke, ont été désignés pour instruire ce dossier qui tourne autour de l'existence présumée, toujours démentie par Jérôme Cahuzac, d'un compte à la banque suisse UBS.

A Genève, les services du procureur ont confirmé avoir reçu une demande d'entraide judiciaire de la France dans cette affaire, dont l'envoi avait été annoncé mardi par le parquet de Paris. La France avait déjà sollicité la Suisse pour une assistance fiscale administrative dans le même dossier.

Jusqu'ici en charge des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve a pris possession du ministère du Budget lors d'une courte cérémonie empreinte d'une certaine émotion à Bercy, en présence du ministre de l'Economie Pierre Moscovici.

"On ne remplace pas Jérôme Cahuzac, on lui succède modestement", a dit le nouveau ministre du Budget. "C'est difficile dans ces circonstances de succéder à un ami, c'est aussi dans ces circonstances une motivation", a-t-il ajouté.

Le ministre démissionnaire a déclaré pour sa part que la nomination de l'ancien député-maire de Cherbourg pour lui succéder avait été pour lui "la seule bonne nouvelle de la journée" de mardi "dont, je crois, je me souviendrai quelque temps".

Invité de la matinale de plusieurs radios, Bernard Cazeneuve avait déclaré auparavant croire en la sincérité de Jérôme Cahuzac. "Je pense que le fonctionnement des institutions aujourd'hui fait que, lorsque des circonstances auxquelles Jérôme Cahuzac est confronté adviennent, il n'y a pas d'autre chemin" que la démission, a-t-il dit sur RTL.

"PRÉTENTION INSUPPORTABLE"

"Mais cela ne change rien quant à mon sentiment le concernant et concernant la véracité de ses propres affirmations", a-t-il ajouté.

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, a insisté sur l'exemplarité d'une décision prise très rapidement après l'annonce de l'ouverture d'une information judiciaire.

"Il a fallu trois heures pour prendre la décision de dire 'à partir du moment où un juge décide d'aller plus loin, il faut qu'il puisse se défendre'", a-t-il déclaré sur Canal+.

"C'est ce qu'il va faire. Moi je lui accorde toujours la même confiance (...) dites-moi dans quel gouvernement précédent les choses se sont passées de la même façon", a-t-il ajouté.

Bruno Le Roux visait à l'évidence le précédent pouvoir de droite, où le ministre du Travail Eric Woerth, mis en cause dans l'affaire Bettencourt, du nom de l'héritière du géant des cosmétiques L'Oréal, n'a été exfiltré qu'à l'occasion d'un remaniement plus large de l'équipe gouvernementale.

Depuis le début de cette affaire, l'UMP a fait preuve de modération dans ses réactions, en reprochant au PS de n'avoir pas affiché la même prudence vis-à-vis d'Eric Woerth à l'époque.

Interrogé sur France Info, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, a ainsi déclaré qu'il fallait "laisser faire la justice".

"Nous en tirerons les enseignements lorsque la justice aura été au bout de son enquête", a-t-il dit. "On ne va pas se comporter de manière ignoble comme le faisait Monsieur Ayrault en colportant des rumeurs médiatiques (...) à l'adresse d'Eric Woerth", a-t-il ajouté.

Seul l'ancien ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, dont la carrière politique a également été pénalisée par des ennuis judiciaires, est allé plus loin, en estimant sur BFM TV et RMC que cet événement "fragilisait considérablement le gouvernement et le président de la République."

"Il y a d'abord cette prétention insupportable de la gauche à faire la morale à tout le monde en se prétendant irréprochable. C'est terminé, tout le monde a ses ennuis", a-t-il dit.

Yann Le Guernigou, avec Chine Labbé, édité par Patrick Vignal

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