Bernard Cazeneuve, le soldat de Bercy promu à l'Intérieur

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BERNARD CAZENEUVE SUCCÈDE À MANUEL VALLS AU MINISTÈRE DE L?INTÉRIEUR
BERNARD CAZENEUVE SUCCÈDE À MANUEL VALLS AU MINISTÈRE DE L?INTÉRIEUR

PARIS (Reuters) - Bernard Cazeneuve, qui a gagné ses galons au ministère du Budget après le séisme de l'affaire Cahuzac, a succédé à Manuel Valls au ministère de l'Intérieur à la faveur d'un compromis entre le chef de l'Etat et son nouveau Premier ministre.

François Hollande espérait placer François Rebsamen, l'un de ses proches en charge du dossier sécurité lors de sa campagne présidentielle, mais Manuel Valls lui préférait le député Jean-Jacques Urvoas.

Bernard Cazeneuve, homme d'appareil et juriste qui a été député-maire de Cherbourg (Manche), est plus au fait des questions de défense et d'industrie nucléaire que de sécurité intérieure. Mais cet homme de dossiers pourra mettre en avant place Beauvau les qualités dont il a fait preuve à Bercy, alliant rigueur et autorité.

Lors de la passation de pouvoir, Manuel Valls a dit quitter la place Beauvau avec "un pincement au coeur car il y a sans doute un goût d'inachevé". S'adressant à Bernard Cazeneuve, il a ajouté : "Mais une grande confiance car vous me succédez. C'est le choix du président de la République".

Saluant en Manuel Valls "un grand ministre de l'Intérieur", son successeur a dit espérer "être la hauteur."

Bernard Cazeneuve a su appliquer à Bercy sans rechigner la ligne de redressement des comptes publics fixée par l'exécutif et imposer à ses collègues les 50 milliards d'économies que le gouvernement devrait prochainement dévoiler, en même temps que le Pacte de stabilité.

Cet adepte des bonnes manières, qui aura 51 ans en juin, partage avec François Hollande un sens de l'humour presque aussi britannique que ses costumes en tweed.

Mais c'est un fabiusien d'origine, l'actuel ministre des Affaires étrangères l'ayant envoyé en Normandie où il s'est taillé un fief, fusionnant notamment Cherbourg et Octeville, un fait d'arme qu'il prend en exemple de bonne utilisation des deniers publics.

Sa dernière contribution au Budget est le plan concocté avec son supérieur des Finances, Pierre Moscovici, visant à trouver 50 milliards d'euros d'économies pour poursuivre la réduction du déficit public.

Un redressement compliqué par un net dérapage des comptes l'an dernier par rapport aux prévisions, dont Bernard Cazeneuve a refusé d'endosser la responsabilité.

LE MINISTRE QUI DIT "NON"

Au contraire, a-t-il répété, les dépenses de l'Etat ont évolué conformément aux prévisions et, si les recettes ont été bien faibles que prévu, c'est en raison d'une croissance économique presque nulle, une façon de ne pas reconnaître que les prévisions de recettes étaient bien trop optimistes.

Son humour froid lui a servi à repousser les attaques de l'opposition au Parlement et, à en croire certains ministres, à obtenir d'eux des coupes budgétaires parfois douloureuses.

Aux Affaires européennes, le poste qu'il occupait avant de prendre à Bercy la place traditionnelle du ministre "qui dit 'non'", il s'était déjà fait remarquer par sa loyauté à François Hollande.

Partisan du "non" au référendum sur la Constitution européenne en 2005, il s'était ainsi retrouvé en première ligne pour défendre le traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) prônant davantage de discipline budgétaire au grand dam de la gauche du PS et des écologistes.

Bernard Cazeneuve est "presque né socialiste" puisque son père dirigeait la fédération du PS dans l'Oise, son département natal. François Hollande en avait fait l'un de ses quatre porte-parole durant la campagne présidentielle.

Diplômé de l'IEP de Bordeaux, juriste à La Banque populaire, ce père de deux enfants avait travaillé dans plusieurs cabinets ministériels dans le gouvernement de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002.

Fervent défenseur de l'énergie nucléaire, position qui a provoqué une rupture avec les écologistes dans son département, Bernard Cazeneuve a plaidé pour l'implantation d'un réacteur de troisième génération (EPR) dans le Cotentin.

Rapporteur de la mission parlementaire sur l'attentat de Karachi, qui tua 11 Français en 2002, Bernard Cazeneuve a publié en 2011 un livre "Karachi, l'enquête impossible" dans lequel il dénonce le poids du système du secret-défense.

(Elizabeth Pineau et Jean-Baptiste Vey, avec Gérard Bon, édité par Gérard Bon)

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  • d.e.s.t. le mercredi 2 avr 2014 à 19:41

    Le petit comptable endosse une tenue de flic, n'importe quoi chez les bobos!

  • Gary.83 le mercredi 2 avr 2014 à 19:35

    c'est la danse des canards ...